par Michele Gershberg et Anupreeta Das
NEW YORK/SAN FRANCISCO (Reuters) - La direction de Yahoo devra s'efforcer lundi de démontrer qu'elle a fait le bon choix en rejetant l'offre de rachat de
Microsoft, car de nombreux actionnaires s'interrogent sur la stratégie choisie par le groupe
internet.
L'action Yahoo pourrait plonger de plus de 30% à l'ouverture du Nasdaq mais la chute pourraient être moins vertigineuse si
Jerry Yang, le directeur général du groupe, parvient à convaincre Wall Street qu'il dispose d'une alternative.
Selon des sources proches du dossier, Yahoo pourrait tenter de se rapprocher de Google afin de nouer un partenariat centré sur la publicité liée aux recherches en ligne. Pour de nombreux observateurs, le savoir-faire de Google, perçu comme le grand vainqueur du bras de fer ayant opposé Yahoo Ã
Microsoft, pourrait permettre de doper les performances à court terme de Yahoo.
"C'est le moment de faire un geste en direction de Google", estime Jeffrey Lindsay, analyste chez Stanford C. Bernstein. "Espérons juste qu'ils ne bluffent pas."
Yahoo envisagerait également un rapprochement avec un autre acteur d'
internet, qui pourrait être la filiale AOL de Time Warner selon des sources proches des discussions.
Mais en l'absence de toute nouvelle initiative concrète, la direction de Yahoo risquerait de subir le feu nourri de ses actionnaires qui pourraient notamment se lancer dans des procédures juridiques.
"Deux choses peuvent soutenir le cours de l'action: la capacité de
Microsoft à revenir et la capacité de Google de parvenir à un accord", juge Calyton Moran, analyste à Stanford Group.
Selon lui, le titre Yahoo pourrait dégringoler entre 25 dollars et 20 dollars dès lundi alors qu'il a fini vendredi à 28,67 dollars. Pour d'autres, la chute pourrait être plus brutale et l'action pourrait glisser aux alentours de 19,18 dollars, son cours du 31 janvier, veille de l'annonce de l'offre de
Microsoft.
ACTIONNAIRES MÉCONTENTS
À l'inverse, le marché devrait saluer le retrait de l'offre de l'éditeur de
logiciels qui n'a pas cédé au marchandage de sa cible.
Samedi, la firme de Seattle avait déjà relevé son offre, la portant e 31 dollars à 33 dollars par action, avant de jeter l'éponge devant l'opiniâtreté de
Jerry Yang, campant sur son exigence de 37 dollars.
Jerry Yang a estimé que même à 33 dollars, l'offre de
Microsoft ne valorisait pas justement le prix de Yahoo et de ses investissements dans les
technologies de recherche.
Il a ensuite passé sa journée de dimanche à tenter de convaincre ses
salariés qu'il avait pris la bonne décision.
"Nous avons un esprit et une culture qui n'existe que chez Yahoo", écrit-il dans un courriel adressé à ses employés et dont Reuters a eu connaissance. "Rester ce que nous sommes nous à permis de traverser avec succès les derniers événements."
Tandis que certains investisseurs espéraient que
Jerry Yang obtienne de
Microsoft un relèvement de son offre à 35 dollars par action, un actionnaire dissident a prévenu qu'il allait lancer une campagne pour inciter les autres propriétaires de titres Yahoo à retirer leur confiance à tous les
administrateurs lors de la prochaine assemblée générale annuelle.
"Les actionnaires n'ont même pas eu la possibilité de voter, mais le conseil a négocié à notre détriment", a déclaré Eric Jackson, qui dirige "Plan B", un groupe de quelque 140 actionnaires qui détiennent collectivement deux millions d'actions Yahoo.
GOOGLE GAGNANT
Jeffrey Lindsay estime qu'en cas d'accord avec Google, Yahoo pourrait être valorisé à 35 dollars l'action, et même 37 dollars au prix de suppressions de postes, mais que le titre pourrait chuter à 25 dollars si aucun accord n'était trouvé.
Yahoo a mené des études avec Google, afin de sous-traiter certaines recherches, mais il a également tissé des liens avec AOL et News Corp, le groupe de Rupert Murdoch.
Une source proche du dossier a toutefois déclaré dimanche que la piste News Corp s'étaient rafraichie ces dernières semaines.
"Il est de plus en plus vraisemblable que Yahoo tente de s'associer avec Google sur le terrain de la recherche", pense Clayton Moran. "Vue la position de Google sur le marché, un accord avec eux leur attribuerait le contrôle et limiterait à long terme la création de valeur par Yahoo."
Dans une lettre adressée Ã
Jerry Yang, qui détaille longuement les motifs de son retrait, Steve Ballmer a souligné que les options à la dispositions de Yahoo étaient plutôt maigres, insinuant qu'un accord avec Google exclurait un rapprochement avec
Microsoft.
Qu'il s'agisse des applications
internet, du courriel ou de la messagerie instantanée, Google et
Microsoft apparaissent de plus en plus en concurrence directe.
La proposition de rachat de Yahoo devait permettre Ã
Microsoft de créer un rival solide face à Google et à sa puissance de feu dans le domaine de la publicité sur
Internet.
"Le vrai vainqueur de tout cela semble être Google", juge Colin Gillis, analyste chez Canaccord Adams. "Il n'y aura pas de numéro deux puissant" sur le marché du web, dit-il.
Avant l'échec des négociations, il avait recommandé d'acheter des titres Yahoo avec un objectif à 35 dollars. "Nous reconnaissons que cela n'était pas basé sur les fondamentaux", a-t-il dit.
Par ailleurs, Steve Ballmer a prévenu
Jerry Yang qu'il risquait de devoir renoncer à son partenariat avec Google et de perdre certains de ses meilleurs ingénieurs.
Certains observateurs désapprouvent l'opinion du patron de
Microsoft, estimant que les résultats de Yahoo profiteraient sans doute d'un accord avec Google.
Version française Nicolas Delame