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Une question d'éthique
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Lundi 15 Septembre 2008 à 15:12
Deux nouveaux managers vont prendre les commandes du groupe Alcatel-Lucent. Espérons qu'ils vont rompre avec les dérives du passé et faire preuve d'audace et d'ambition pour redonner confiance aux investisseurs.
(La Vie Financière) - Tous les actionnaires d'Alcatel-Lucent ont sans doute lancé un « enfin ! » rageur lorsqu'ils ont appris cet été que Serge Tchuruk et Pat Russo allaient quitter la direction du groupe franco-américain. Voilà deux managers qui resteront dans les mémoires pour avoir orchestré une vraie catastrophe industrielle et provoqué un désastre boursier invraisemblable. Le plus sidérant, c'est que leur conseil d'administration ait pu leur attribuer des « parachutes en or », comme on en décerne d'ordinaire aux chefs d'entreprise les plus talentueux. Serge Tchuruk a obtenu 5,6 millions d'euros fin 2006 au moment de la fusion et Pat Russo, elle, va recevoir près de 6 millions à la fin de cette année ! L'octroi de tels « dédommagements » à des dirigeants qui ont échoué est incompréhensible. Le summum a été atteint lors de la dernière assemblée générale avec l'annonce de la décision du conseil d'administration de subordonner la rémunération variable de la directrice générale à de prétendus critères de performance pour 2008 tout à fait grotesques : réalisation de 90 % au moins du chiffre d'affaires attendu ou de 75 % du résultat opérationnel planifié. Patricia Russo avait déjà obtenu l'année dernière 635 000 euros d'intéressement, contre 340 000 en 2006, et reçu 850 000 stock-options exerçables à 3,80 euros, le titre cotant 4,80 euros à la date de l'assemblée générale...

L'entreprise franco-américaine vient d'enregistrer six trimestres consécutifs de pertes, dont le dernier à 1,1 milliard d'euros. Pour mémoire, le déficit atteignait 3,5 milliards pour 2007. Depuis décembre 2006, après une assemblée où l'on nous avait présenté la fusion comme un vrai gisement de création de valeur pour les actionnaires, le cours a dévissé des deux tiers, leur faisant perdre 17 milliards. « Le temps est venu pour cette entreprise, a déclaré Serge Tchuruk au moment de quitter ses fonctions, d'acquérir une identité qui lui soit propre, indépendante de celle des deux sociétés d'origine. Le conseil doit également évoluer et son président doit donner l'exemple, ce que j'ai décidé de faire. » Je crois surtout que le temps est venu pour le conseil d'administration de se démettre en bloc et de convoquer au plus vite une assemblée générale pour lui donner le pouvoir de décision. Aux actionnaires d'approuver ou non la désignation des deux nouveaux managers et à ces derniers de soumettre au vote une stratégie convaincante.

« Crise sectorielle »

Il est difficile d'admettre que, dans un monde de plus en plus consommateur de technologies de communication, une entreprise comme Alcatel-Lucent invoque constamment « une crise sectorielle » pour justifier ses pertes. Certes, le groupe se trouve confronté à de redoutables ruptures technologiques, ainsi qu'à des défis de compétitivité face, notamment, à son rival chinois Huawei, dont les coûts de production sont beaucoup moins lourds ; mais l'entreprise franco-américaine se doit de renouer avec cette audace créative qui a construit la réputation d'Alcatel comme celle de Lucent. Aux nouveaux managers d'exposer une stratégie plus ambitieuse que les restructurations sociales et les rachats d'actions présentés à la dernière assemblée, de développer une vraie prospective au lieu de nous abreuver de jargons technologiques, de constituer un conseil d'administration avec une majorité d'experts en solutions de communication pour l'avenir et de restaurer l'éthique du management.

Jean-Denis Errard Directeur de la rédaction
Edito paru dans la Vie Financière n°3301


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