par Matthias Blamont
LAUPHEIM (Allemagne) (Reuters) - Fort d'un carnet de commandes solide et de budgets de défense récurrents, Thales maintient ses objectifs financiers pour 2008 même si son P-DG,
Denis Ranque, estime que ces derniers constituent un "
défi" pour l'entreprise dans le cadre de la crise financière actuelle.
"Nous maintenons nos prévisions de croissance (du chiffre d'affaires, ndlr) et de résultats, l'incertitude sur les ventes porte sur une fraction de pourcentage. En matière de résultat, une marge opérationnelle à 7,25% va représenter un
défi pour Thales mais c'est un
défi à plus ou moins 0,1 ou 0,2%, grâce aux facteurs de stabilité de l'entreprise", a-t-il dit à des journalistes en marge d'un déplacement à Laupheim (Allemagne).
Pour 2008, le spécialiste de l'électronique pour l'aéronautique, la défense et la sécurité, vise une marge d'exploitation de 7,25%, à comparer à 7% en 2007, ainsi qu'une augmentation de 6% de son chiffre d'affaires.
Le groupe, qui collabore étroitement avec les constructeurs aéronautiques européen Airbus et américain Boeing, avait annoncé fin juillet un bénéfice opérationnel en baisse de 6% et un résultat net divisé par près de moitié au titre du premier semestre, sans pour autant remettre en question ses ambitions pour l'ensemble de l'exercice.
"La crise nous impacte relativement peu pour une série de raisons, nous avons plus de deux ans de carnet de commandes donc toutes les évolutions conjoncturelles sont lissées et, à l'heure actuelle, nous ne voyons rien sur nos commandes", a expliqué
Denis Ranque.
"Nos clients ont des situations financières fortes, plus de 80% d'entre eux sont des gouvernements ou des opérateurs d'infrastructures qui ont des revenus réguliers, ils ne subissent pas la crise. De plus, notre bilan est équilibré : nous ne sommes pas endettés et nous ne sommes pas du tout dépendants de financements extérieurs", a-t-il ajouté.
INQUIÉTUDES SUR LES FOURNISSEURS
Le dirigeant a toutefois reconnu qu'une source d'inquiétudes se situait du côté des fournisseurs de Thales.
"Autant nous avons de grands clients, autant nous avons des fournisseurs de toutes tailles et, pour les petits, nous avons lancé une étude pour voir qui serait touché par la crise du crédit et si nous avions un fournisseur défaillant, nous ferions en sorte qu'il ne le reste pas", a souligné
Denis Ranque.
EADS, la maison mère d'Airbus, a de son côté fait savoir début octobre qu'elle viendrait à l'aide de son équipementier Latécoère, actuellement en difficulté financière.
Aux côtés du conglomérat allemand Diehl Aerospace, Thales a signé début août l'acquisition du site industriel de Laupheim auprès d'Airbus, une opération s'inscrit dans le cadre du plan d'économies "Power 8" du constructeur.
Le site de Laupheim, spécialisé dans les aménagements de cabine, permet à Thales de devenir un partenaire de rang 1 (Tier one) pour Airbus en fournissant des équipements pour les
familles A320, A330/A340, A380 et A350 XWB.
François Quentin, directeur général adjoint de Thales en charge des activités aéronautiques, a expliqué que son entreprise avait significativement augmenté sa position sur le futur long courrier A350 XWB, lequel viendra concurrencer à partir de 2013 le 787 de Boeing.
"Avec une part de marché de 40% - le groupe affronte la concurrence Panasonic - nous allons être en mesure de dégager un chiffre d'affaires de sept millions de dollars par avion", a-t-il dit.
"Avec la montée en puissance des programmes A350 et A380, le site devrait tourner autour de 400 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2011", a précisé François Quentin.
Le titre Thales recule de 5,62% à 31,55 euros vers 16h25 à la Bourse de Paris. Depuis le début de l'année, il a perdu près de 22,6%.
Matthias Blamont, édité par Benjamin Mallet