(La Vie Financière) -
Les autorités sanitaires allemandes ont enfin donné leur feu vert pour le lancement de votre comprimé Oralair Graminées. Stallergènes va-t-il changer de dimension ?
A. S. C'est le début d'une nouvelle ère. Pour obtenir une autorisation de mise sur le marché dans un pays aussi exigeant que l'Allemagne, il fallait présenter un dossier sans faille. Un investissement tout à fait emblématique de notre stratégie : nous allons passer du statut de société de niche à celui de laboratoire pharmaceutique à part entière, spécialisé dans une nouvelle classe thérapeutique : les allergènes. Certes, dans ce domaine, nous ne sommes pas les seuls puisque nous sommes concurrencés par le danois ALK-Abello.
Quelle sera la prochaine étape ?
Avant de passer à l'enregistrement européen, nous allons demander une indication pédiatrique pour Oralair Graminées, que nous espérons obtenir assez rapidement au cours du second semestre 2008. Cela nous permettra de lancer en Allemagne notre comprimé pour l'enfant et l'adulte avant la prochaine saison pollinique. Nous allons ensuite soumettre ce médicament à la reconnaissance mutuelle dans les deux indications pour une autorisation européenne, probablement en mars-avril 2009. Nous négocierons alors un prix sur les différents marchés européens où nous espérons lancer Oralair Graminées fin 2009.
Et aux Etats-Unis ?
Là non plus, la vie n'est pas un long fleuve tranquille. Nous devrons mener de nouvelles études cliniques, sans doute lors de la saison pollinique 2009, pour confirmer les résultats européens. Si tout se passe bien, nous pourrions déposer le dossier d'enregistrement début 2010 et lancer le produit un an plus tard.
Quel est le montant attendu des ventes d'Oralair ?
Le marché mondial de la désensibilisation est aujourd'hui évalué à 600 millions d'euros. Nous prenons le pari que Stallergènes et son concurrent sont capables de développer cinq comprimés dans les années qui viennent contre les allergènes suivants : graminées, acariens, pollen de bouleau, pollen d'ambroisie pour les Etats-Unis et pollen de cèdre pour le Japon. Le marché pourrait atteindre plus de 3 milliards d'euros dans dix ans. Nous espérons en détenir une part de plus de 50 % avec notre (nos) partenaire(s).
Vous êtes donc toujours à la recherche de partenariats aux Etats-Unis et au Japon.
C'est pour nous une nécessité, une société de notre taille ne pouvant s'aventurer seule dans ces deux pays. Après l'obtention de l'autorisation en Allemagne, nous allons reprendre nos pourparlers, sans précipitation.
Certes, un partenaire permettrait d'alléger la charge financière des essais cliniques à conduire aux Etats-Unis et au Japon, mais nous avons les moyens de mener ces essais seuls pour les deux ans à venir et nous pourrions alors conclure un partenariat dans de meilleures conditions encore. La charge financière serait, en 2008-2009, de l'ordre de 15 millions d'euros que nous pourrions financer sans difficulté.
Wendel, qui détient 46,9 % du capital, pourrait-il céder sa participation ?
Depuis une dizaine d'années, les rumeurs de vente de la participation de
Wendel reviennent sur le devant de la scène tous les trois mois, avec une régularité de métronome. Or
Wendel est resté actionnaire de référence de Stallergènes depuis plus de quinze ans. Il a soutenu le développement de la société, sa politique ambitieuse d'investissement industriel et sa recherche-développement, en se contentant d'un dividende qui n'a jamais excédé un tiers du résultat net.
Wendel n'a toutefois pas vocation à rester dans le capital de Stallergènes, mais il ne cédera sa participation que le jour où un meilleur actionnaire se présentera. Il pourrait s'agir du futur partenaire commercial pour les Etats-Unis et le Japon, mais un accord de licence est aussi une solution parfaitement envisageable.
Propos recueillis par Christine Colmont
Interview parue dans la Vie Financière n°3291