(La Vie Financière) -
En lançant Adrexo Mail, vous souhaitiez devenir le premier concurrent privé de La Poste. Pourquoi envisagez-vous aujourd’hui d’arrêter cette activité ?
Nous avons lancé Adrexo Mail au dernier trimestre 2006 de manière « expérimentale » dans les Hauts-de-Seine. A peine avions-nous démarré la phase opérationnelle, début 2007, que la libéralisation totale du marché postal français, que nous tenions pour acquise au 1er janvier 2009, a été repoussée à 2011. La date butoir étant fixée à 2013 pour certains autres pays, un nouveau retard était en outre possible.
Après cette première désillusion, nos craintes se sont trouvées confirmées par les événements de l’automne dernier en Allemagne. Deutsche Post a relevé son salaire minimal, afin de contraindre son concurrent privé PIN AG à faire de même, ce qui a conduit ce dernier au dépôt de bilan. Et, par ricochet, cette affaire a entraîné un report de la libéralisation postale en Hollande. En tant que dirigeant, je n’ai plus la certitude de pouvoir rentabiliser cette activité et il est de mon devoir d’envisager son arrêt.
Ce n’est donc pas sur le plan opérationnel que le projet est un échec…
Absolument pas. Je tiens à dire qu’en 2007, nous avons relevé le
défi opérationnel, tant sur le plan technique que logistique ou commercial. D’ailleurs, le carnet de commandes des trois premiers mois de 2008, que nous honorerons, dépasse déjà le chiffre d’affaires qu’a réalisé Adrexo Mail pour toute l’année 2007.
Aujourd’hui, je suis peiné pour les équipes et les clients qui nous ont fait confiance, comme La Redoute, Dell ou Les 3 Suisses, alors que nous ne couvrions encore que 17 % du territoire.
La distribution de courrier adressé, c’est donc fini pour Spir ?
Non. Nous nous recentrons simplement sur les segments 100 % libéralisés comme la distribution de catalogues et d’annuaires, le colis ou les courses urbaines. Notre marché-cible représente 2,4 milliards d’euros environ et nous détenons actuellement une part de marché de 2,3 %, que nous comptons doubler d’ici trois ans.
Et dans la distribution d’imprimés non adressés, nous enregistrons de bonnes performances, avec un chiffre d’affaires en hausse de 7 % en 2007, alors que le marché a eu une croissance proche de zéro. Même si le contexte économique reste difficile, je pense que nous allons encore être en progression dans cette activité cette année.
Dans votre pôle de presse d’annonces, Internet représente 10 % du chiffre d’affaires. Est-ce suffisant ?
A un horizon de trois ans, ce devrait être le double… a minima. Mais il faut rappeler que nous sommes partis de quasiment zéro il y a trois ans et qu’
Internet représente déjà 33 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2007. Notre filiale
Logic-Immo a quasiment doublé son chiffre d’affaires web l’an dernier et devient le vrai challenger de Seloger.com dans les annonces immobilières sur
Internet. Quant à CarBoatMedia, regroupant le site
Internet Caradisiac et les activités de La Centrale, cette société spécialisée dans les annonces véhicules devrait représenter plus de 40 millions d’euros de revenus cette année, dont à peu près 60% sur
Internet (Spir détient 50 % de cette entité). Les choses sont plus difficiles pour notre presse d’annonces généraliste TopAnnonces, où nous souhaitons, en parallèle aux réductions de coûts engagées, construire une vraie offre bimédia.
Pourquoi avoir décidé de maintenir le dividende à 5 euros (soit environ 100 % du bénéfice par action), malgré la baisse des résultats ?
Il s’agissait d’abord de respecter nos engagements et de rester conformes à la politique de distribution historiquement généreuse de Spir. D’autre part, nous avons toujours la conviction d’être capables de générer de forts cash flows à l’avenir.
Propos recueillis par Emmanuel Schafroth