PARIS (Dow Jones)--Le groupe bancaire Société Générale (13080.FR) a publié dimanche une note explicative donnant des précisions sur les évènements entourant le soupçon de fraude qui lui a coûté près de 5 milliards d'euros, se défendant notamment d'avoir contribué à provoquer la chute des marchés financiers la semaine dernière et de ne pas avoir dévoilé tous les détails de l'affaire.
Sans nommer l'opérateur suspect, dont on sait désormais qu'il s'agit de Jérôme Kerviel, Société Générale a réitéré son accusation selon laquelle il est responsable d'une "fraude exceptionnelle" et a déclaré qu'il avait utilisé "plusieurs techniques de fraudes", notamment l'usurpation de codes informatiques et la falsification de documents.
L'opérateur incriminé était salarié du groupe depuis 2000 et a d'abord travaillé pendant cinq ans dans les "middle offices" du groupe, le département chargé du contrôle des activités de trading de la banque. "En conséquence, il connaissait très bien l'ensemble des procédures de traitement et de contrôle" du groupe, a souligné Société Générale.
L'opérateur a constitué un portefeuille d'instruments financiers reproduisant l'évolution de grands indices boursiers européens. Ces instruments financiers étaient "bien réels et cohérents avec les volumes traités par une grande banque d'investissement", a souligné la banque. Ils "faisaient l'objet de contrôles quotidiens et notamment d'appels de marges avec les principales chambres de compensation", a-t-elle ajouté.
Mais l'opérateur a contourné les procédures de contrôle du risque en constituant parallèlement un portefeuille d'opérations fictives, "afin de laisser croire que ce portefeuille venait bien compenser le portefeuille A (celui composé d'instruments financiers réels) qu'il avait acheté, alors qu'il n'en était rien", a expliqué Société Générale.
La banque a affirmé avoir découvert la fraude supposée quelques jours avant le 18 janvier, lors qu'une "position anormalement élevée" de risque de contrepartie a été détectée. Le vendredi 18 janvier, la hiérarchie de l'opérateur en cause a été alertée et une première enquête a été lancée.
L'opérateur a reconnu le samedi 19 janvier "avoir commis des irrégularités et, en particulier, avoir créé des opérations fictives", et dans l'après-midi du dimanche 21 janvier, l'ensemble des positions prises par l'opérateur a été identifiée et l'exposition totale, calculée à environ 50 milliards d'euros.
Le président-directeur général du groupe,
Daniel Bouton, a alors "immédiatement" averti le gouverneur de la Banque de France, puis le comité des comptes du groupe, l'informant de sa décision de clore "le plus rapidement possible" les positions du trader. Le dirigeant a ensuite informé le secrétaire général de l'Autorité des marchés financiers, puis a expliqué au Conseil d'administration du groupe qu'il ne pouvait pas communiquer sur les résultats estimés de Société Générale pour 2007, "compte tenu de la découverte de problèmes sur certaines activités de marché qui pourraient conduire à des pertes substantielles".
Entre lundi 21 et mercredi 23 janvier, la Société Générale a procédé au débouclage des positions de l'opérateur, "dans des conditions de marchés particulièrement défavorables".
Le débouclage s'est fait "suivant un mode opératoire contrôlé, qui a conduit Société Générale à ne pas dépasser environ 8% des volumes traités sur les indices futures concernés (Euro Stoxx, DAX et FTSE)", a précisé la banque.
"Des procédures de contrôle spécifiques ont été mises en place afin de rendre inopérantes les techniques de contournement des contrôles imaginées par le trader. (...) Au-delà de ces mesures spécifiques, des contrôles supplémentaires vont être lancés," a-t-elle ajouté.
(END) Dow Jones Newswires
January 28, 2008 02:20 ET (07:20 GMT)