PARIS (Dow Jones)--Société Générale (13080.FR) a commencé son travail de guérison après avoir annoncé une perte de 4,9 milliards d'euros liée à une fraude - la plus importante de l'histoire bancaire -, mais plusieurs experts estiment vendredi que la banque pourrait encore être vendue ou démantelée.
L'augmentation de capital de 5,5 milliards d'euros requise pour redresser la situation financière de la banque, qui, selon une source, a de bonnes chances d'être réalisée avec une décote par rapport à son cours de Bourse actuel, devrait permettre à la direction de conserver son indépendance pour l'heure, mais pourrait ne pas suffire sur le long terme.
Les dégâts provoqués par un trader de 31 ans, et les craintes de nouvelles provisions, devraient faire hésiter tout prédateur potentiel, au moins temporairement.
Les
investisseurs institutionnels, qui sont intervenus pour soutenir les grandes
banques internationales en difficulté, soulignent l'incertitude entourant les finances de Société Générale comme une raison de ne pas participer à l'augmentation de capital.
Certains investisseurs asiatiques, dont des fonds souverains, ont récemment investi dans de grandes
banques occidentales et ont envisagé de prendre une participation dans Société Générale avant que la fraude ne soit révélée. Mais la nouvelle de jeudi les a rendus plus prudents, ont indiqué des personnes proches du dossier.
"Nous nous inquiétons du risque de nouvelles dépréciations sur le reste de l'exposition aux crédits hypothécaires à surprime et aux rehausseurs de crédit," écrit Jean-Pierre Lambert, analyste chez Keefe, Bruyette & Woods, qui a un avis performance en ligne sur Société Générale.
"Dans une certaine mesure, (Société Générale) a eu de la chance que cet accident survienne dans l'environnement de marché actuel; aucune banque majeure ne va prendre le risque de payer 40 milliards d'euros pour une banque (...) qui pourrait rencontrer de nouvelles difficultés," souligne un banquier d'affaires.
"Nous reconnaissons qu'il est prématuré d'envisager une opération de fusion-acquisition dans le contexte actuel, et que Société Générale n'est pas contrainte à la vente," relève de son côté Antonio Guglielmi, analyste chez Merrill Lynch, qui a une recommandation d'achat sur le titre.
Avant que ne débute la crise financière l'été dernier, au moment de la bataille pour le contrôle de
ABN Amro, les spéculations liaient le nom de Société Générale à ceux d'autres grandes
banques européennes, dont UniCredit (UC.MI) et sa rivale hexagonale
BNP Paribas (13110.FR).
"Toutefois, nous ne pensons pas que
BNP Paribas fasse une offre sur son concurrent et nous estimons que Société Générale est en mesure de rester indépendante malgré l'intérêt croissant du marché pour une opération de consolidation," souligne Brice Vandamme, de
Deutsche Bank, qui a abaissé son avis sur la valeur d'acheter à conserver
Néanmoins, des sources estiment que l'indépendance de Société Générale a été affaiblie par les événements de la semaine et que toute offre de rachat devrait être sérieusement prise en considération par la banque. Au cours d'une conférence téléphonique jeudi, le président-directeur général de Société Générale,
Daniel Bouton, a déclaré qu'un rapprochement n'était pas une priorité mais que la banque étudierait, comme toujours, tous les dossiers.
"Nous pensons que la direction sera ouverte à toutes les propositions, y compris un démantèlement", souligne Antonio Guglielmi, de Merrill Lynch.
Les analystes de
Goldman Sachs indiquent que les pertes inscrites par Société Générale ont surpris tout le monde, "non seulement parce que ses résultats de 2007 se sont en grande partie volatilisés et que la banque doit lever de l'argent frais, mais aussi parce que les questions autour de la gestion des risques et de l'appétit pour le risque de la banque devraient rester en suspens pendant encore un certain temps".
Gert Van Rooyen, analyste chez
UBS, estime "que le groupe devrait se recentrer sur lui-même, ce qui devrait avoir un impact défavorable sur sa croissance". L'analyste a dégradé son avis sur Société Générale d'acheter à conserver.
"Cela soulève des questions sur le contrôle des risques et sur le type de nouvelles mesures de contrôle qui devront être mises en oeuvre pour éviter que de tels événements se reproduisent," estime pour sa part l'analyste de
Deutsche Bank.
-Nicolas Parasie, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 70; nicolas.parasie@dowjones.com
(Costas Paris à Singapour a contribué à cet article.)
(END) Dow Jones Newswires
January 25, 2008 10:46 ET (15:46 GMT)