PARIS (AP)--Les questions demeurent vendredi autour du trader de la Société générale, qui a été présenté comme agissant seul et ayant réussi à déjouer tous les systèmes de contrôle et de vérification bancaires pendant un an, dans le cadre d'une fraude colossale qui va coûter près de cinq milliards à la banque. Pour ces experts, un trader ne travaille jamais seul.
Le jeune homme a accumulé des positions pour "des dizaines de milliards d'euros", a précisé vendredi un responsable de la banque sous couvert d'anonymat, alors que le chiffre revenant le plus souvent dans la bouche des observateurs avoisine les 50 milliards d'euros, soit le PIB de la Slovaquie.
Une somme qui demeure stupéfiante pour une banque dont la capitalisation boursière est de 35,9 milliards d'euros.
Salarié de la SG depuis trois ans, Jérôme Kerviel a travaillé pour deux des trois maillons de la chaîne de la salle des marchés, à savoir au "front office", où les traders passent des ordres d'achat et d'où il a opéré la fraude.
Auparavant, il était au "middle office", où, une fois la transaction faite, on contrôle notamment que le courtier n'a pas pris une position au-delà de ce qui est permis.
Une expérience qui lui aurait permis de "connaître parfaitement les procédures de contrôle" internes en place à la SG, comme l'a avancé jeudi le PDG de la banque
Daniel Bouton, notamment le moment où les contrôles étaient effectués.
Pour les spécialistes, cette explication paraît mince aux vues des nombreuses et complexes procédures de contrôle existantes. Le directeur général de Montségur Finances, François Cholet a confié à AP "s'interroger" sur cette affaire "parce que, lorsqu'un trader agit en bourse, il agit dans le cadre d'une équipe, il ne travaille jamais tout seul: dans l'équipe qui intervient sur les marchés, il a un collègue à sa droite, à sa gauche, en face de lui".
Le PDG de Montségur Finances Alain Crouzet a précisé de son côté sur France-2 que "ce qui est invraisemblable, c'est que dans les salles de marché toutes les opérations, toutes les conversations sont enregistrées et chaque opération fait l'objet d'un ticket". Pour lui, cette affaire "paraît surréaliste".
"Il y a une équipe de contrôle interne, il y a une équipe administrative qui règle les tickets, qui, le soir, pointe l'ensemble des opérations qui peuvent être passées" dans la journée, a renchéri M. Cholet. Ces services internes de contrôle calculent en temps réel les montants engagés et les risques pris par la banque. Autant d'éléments qui laissent une trace dans le système informatique de la banque.
"Arriver à déjouer à l'intérieur du cadre de proximité comme cela et pour des montants aussi importants, effectivement cela paraît surprenant", a-t-il conclu.
De plus, comme l'explique dans un entretien à l'Associated Press, Axel Pierron, analyste du cabinet d'études et de conseil Celent, "une fois la transaction faite, une chambre de compensation, chargée de garantir l'anonymat des deux parties, joue l'intermédiaire".
Cette chambre dispose d'"outils de gestion de risques pour vérifier que les positions prises par la banque pourront être tenues, voire réévaluées au besoin", a-t-il détaillé. En termes simples, cette chambre contrôle que la banque a les moyens d'acheter, même si le marché augmente. Cette procédure prend trois à quatre jours.
Enfin, la Commission bancaire qui dépend de la Banque de France, exerce également des contrôles au sein de l'entreprise, alors que l'Autorité des marchés financiers (AMF) effectue des contrôles sur place dans les salles de marchés.
Pour Axel Pierron, ce trader "junior n'était pas un génie" mais quelqu'un de "bien formé" aux systèmes de contrôle et "on l'a mis à un endroit où il pouvait" exercer ses connaissances car "il connaissait le système et ses portes d'entrée".
Diplômé en 2000, Jérôme Kerviel avait étudié à Lyon II les activités de contrôle de gestion et de comptabilisation des opérations passées en salle des marchés (back et middle office, en jargon boursier).
Pour tenter de rassurer les marchés et les particuliers, M. Bouton a publié vendredi dans la presse une lettre ouverte pour s'excuser auprès de ses actionnaires des "mauvais" résultats de l'exercice 2007, après l'annonce la veille d'une fraude interne ayant fait perdre à la banque 4,9 milliards d'euros.
"Je n'ignore pas ce que représente pour vous la chute du cours de l'action. Je vous prie d'accepter mes excuses et mes profonds regrets", écrit-il, affirmant "comprend(re) parfaitement" leur "déception", voire leur "colère".
Et d'assurer que "la capacité de la banque à rebondir et à reprendre la croissance rentable qui la caractérise depuis longtemps est absolument intacte", conclut-il.
L'action de la Société Générale a clôturé vendredi sur un repli de 2,6% à 73,87 euros. Depuis le début de l'année, elle recule de 25%, contre une baisse de 13% pour l'indice CAC-40.
(END) Dow Jones Newswires
January 25, 2008 11:41 ET (16:41 GMT)