(La Vie Financière) -
Vous venez d'être nommé président exécutif de Saur. Séché bénéficie en outre d'une option d'achat accordée par CDC, qui vous permettra d'acquérir le contrôle financier de l'entreprise d'ici à 2012. Pourquoi ne pas l'avoir fait tout de suite ?
J. S. Une grosse attente se manifestait à la Saur pour une évolution du management, ce que nous avons réalisé avec ma nomination à sa tête ainsi que celle d'Olivier Brousse en qualité de directeur général. Suivra tout naturellement une évolution capitalistique se traduisant par une prise de contrôle majoritaire de Saur par Séché. Mais les conditions de marché, et notamment de crédit, ne permettent pas aujourd'hui de financer l'opération. Dès que le contexte sera redevenu plus normal, nous exercerons l'option d'achat qui nous donne la possibilité d'acquérir auprès de CDC 18 % du capital du
holding de contrôle de Saur, Hime, avant le 26 mai 2012. Séché sécurise ainsi sa montée progressive dans le capital de Saur.
Cela veut-il dire que vous financerez cette opération par endettement et qu'il n'y aura pas d'augmentation de capital ?
Notre intention est de nous endetter pour réaliser cette acquisition, et certainement pas de faire appel au marché. Je ne souhaite pas que ma part dans le capital de l'entreprise soit diluée.
Ne craignez-vous pas que la consolidation de la dette de Hime ne soit un handicap pour Séché ?
Non. De 1,5 milliard d'euros, la dette de Hime, sans recours, est garantie par les actifs de Saur. Les métiers d'infrastructures, dans lesquels nous opérons, sont en effet caractérisés par des contrats de longue durée offrant une bonne visibilité. Ensuite, l'endettement net de Séché, qui s'élevait, fin 2007, à 266 millions, pourrait être augmenté sans problème jusqu'à 500 millions. Nous ne devrions donc pas avoir de difficultés à financer l'acquisition de 18 % du capital de Hime pour 130 millions d'euros, auxquels il faudra ajouter un intérêt de 8 % par an depuis le 27 avril 2007, comme le prévoit notre accord.
Ce prix n'est-il pas trop élevé ?
Il correspond au prix payé l'an dernier par Hime pour la reprise de Saur. Il faut replacer les événements dans leur contexte. A l'époque, la compétition pour la reprise de Saur avait été vive. De plus, il s'agissait de l'un des derniers acteurs de cette taille à vendre dans le secteur. Un an après cette acquisition, nous avons revu à la hausse notre business plan. Désormais, nous tablons sur une croissance moyenne du chiffre d'affaires de 3,5 % à l'horizon 2010 et sur une amélioration annuelle de 8 % de l'excédent brut d'exploitation.
Faut-il entendre ces objectifs comme un minimum à atteindre ?
Ces objectifs s'entendent en effet sur la base de ce que peut délivrer aujourd'hui l'entreprise ; mais cela ne tient pas compte des fruits de notre action commerciale future. Notre souhait est de réveiller cette belle endormie. L'environnement de marché est propice puisque nous entrons dans une phase de renouvellement de contrats en France. De plus, une attente forte de la part des collectivités locales et des industriels se fait sentir pour qu'émerge un challenger dans le métier de l'
eau en France, face aux deux géants du secteur que sont
Suez et Veolia. Notre objectif est d'apporter à Saur la visibilité qui lui manquait peut-être lorsqu'elle était gérée par des fonds. A cela s'ajoute un réservoir important d'amélioration des marges encore à explorer. Nous avons le sentiment que le potentiel est énorme, mais il faudra quelques années pour le transformer en chiffres.
Confirmez-vous les objectifs de Séché pour 2008 ?
Nous venons de réaliser un excellent premier trimestre, notamment dans le traitement des déchets dangereux. Nous ne constatons pas en effet de ralentissement du côté de nos clients industriels. Nous sommes donc très à l'aise par rapport à notre objectif d'une croissance de notre activité de 7 % en interne et à une nouvelle amélioration de 1 point de notre marge opérationnelle, à 18 %
Propos recueillis par Christophe Descamps et Xavier Diaz
Interview parue dans la Vie Financière n°3286