Là où de nombreux gérants de fonds, participants des marchés d'actions et économistes ne voient que de sombres perspectives, malgré le soulagement général apporté par la détente des cours pétroliers, les
dirigeants de certains groupes européens voient des opportunités de croissance.
Les groupes des secteurs cycliques, dont les modèles économiques solides contrastent avec leur performance en Bourse, avec des actions à leur plus bas multiples historiques -, commencent à susciter l'intérêt de rivaux dotés de bilans solides, ce qui indique que certains
dirigeants voient un plancher pour le marché.
Le suisse
Adecco a ainsi confirmé avoir approché son concurrent Michael Page en vue d'une éventuelle offre d'achat. Le français Saint-Gobain a de son côté été associé à des spéculations de rachat impliquant des acteurs du secteur britannique des matériaux de construction. Quant à l'espagnol
Banco Santander, il vient de conclure la première grosse opération bancaire transfrontalière cette année en acquérant le britannique Alliance & Leicester.
Dans le cas de Michael Page, la logique de l'acquéreur paraît simple. La performance opérationnelle du spécialiste de recrutement s'est révélée solide cette année, mais les investisseurs craignent que cela ne dure pas si le ralentissement marqué observé au Royaume-Uni, où le groupe réalise 32% de son chiffre d'affaires, se traduit par des suppressions d'emplois et un gel de l'embauche parmi les principaux clients du groupe.
Mais il y a là encore une opportunité pour
Adecco. Michael Page constitue un moyen peu onéreux de gagner une exposition aux secteurs juridique et bancaire, dans lesquels le groupe suisse est relativement faible. L'action se négocie avec une décote de 15% par rapport au multiple de 8,4 fois l'excédent brut d'exploitation déboursé par le groupe néerlandais Randstad pour Vedior au mois de mai, malgré la hausse de 32% enregistrée par le cours de Bourse du groupe britannique en réaction à l'annonce de l'approche mardi.
La forte baisse de la valeur de marché des actions cycliques est souvent justifiée.
L'action de Wolseley, groupe de construction britannique également actif aux Etats-Unis, a par exemple plongé de 67% en un an après des avertissements sur résultats et la suspension du dividende. Wolseley a vendu des actifs et procédé à des suppressions d'emplois mais les perspectives du groupe restent sombres.
A première vue, cela n'en fait pas une cible d'acquisition attrayante pour des groupes comme Saint-Gobain. En revanche, pour un groupe disposant d'un bilan solide et souhaitant s'exposer sur le long terme aux marchés importants de la construction au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, la valorisation actuelle de Wolsley, à 3,2 fois l'excédent brut d'exploitation estimé, semble ridiculement basse. A titre de comparaison, l'allemand HeidelbergCement a payé un multiple de 12,1 fois l'excédent brut d'exploitation pour le groupe de matériaux de construction britannique Hanson lors de la dernière opération en date dans le secteur.
Les acquéreurs potentiels doivent encore procéder à l'étape importante de l'audit préalable de leur cible. Le risque est que les cours de ces valeurs continuent à baisser, alors qu'il y a de bonnes chances pour que le prochain mouvement de hausse soit plus lent et plus modéré que lors des dernières reprises cycliques, ce qui pourrait punir les groupes oubliant trop vite la prudence.
-Molly Neal Dow Jones Newswires.
(END) Dow Jones Newswires
August 07, 2008 05:57 ET (09:57 GMT)