(La Vie Financière) -
Récession aux Etats-Unis, ralentissement du marché du bâtiment en Europe, Rexel parviendra-t-il à résister ?
J.-C. P. Sur notre premier marché, l'Europe, nous anticipons une croissance limitée en 2008. La demande est plutôt bien orientée dans le bâtiment commercial et dans le secteur industriel, mais reste contrastée dans le résidentiel. Aux Etats-Unis, nous n'espérons pas de reprise dans la construction résidentielle avant 2009. Dans le commercial, un recul limité de notre activité cette année est probable. Le secteur industriel, qui représente plus de la moitié de nos ventes en Amérique du Nord, reste en croissance. Rexel, sur son périmètre actuel, devrait enregistrer une hausse de 2,5 % de son chiffre d'affaires au premier trimestre.
L'acquisition d'Hagemeyer étant désormais effective, quelles sont vos prévisions pour le nouveau groupe ?
Pour 2008, nous tablons sur une croissance limitée du chiffre d'affaires et sur une marge d'exploitation avant amortissement des actifs incorporels (Ebita) comparable à celle de 2007 en données retraitées. Ces objectifs s'entendent sur la base de 1 euro à 1,50 dollar et intègrent d'éventuelles acquisitions de petite taille. Au-delà de ces chiffres, cette opération nous permet de rééquilibrer notre activité au profit de l'Europe, qui représente désormais 59 % de nos ventes, et d'asseoir notre leadership dans la distribution d'équipements électriques au niveau mondial. Forts d'un chiffre d'affaires de 14,3 milliards d'euros en données pro forma 2007, nous détenons 9 % d'un marché particulièrement morcelé. Avec Hagemeyer, nos parts de marché dans presque tous les pays européens dépassent 10 %. Or qui dit parts de marché dit amélioration de la rentabilité.
Vous tablez sur une amélioration de 100 points de base de votre marge d'ici à 2011... soit le même niveau que Rexel seul avant cette opération. Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Notre marge sera identique mais sur une base bien plus importante, puisque le volume d'affaires devrait plus que doubler en 2011 par rapport à Rexel seul en 2005. Pour y parvenir, nous allons évidemment continuer notre travail pour optimiser nos leviers opérationnels et profiter des économies encore à réaliser sur Gexpro. A cela s'ajoutent les synergies liées à l'intégration d'Hagemeyer. Nous les estimons à 50 millions d'euros par an à partir de 2011, soit 1,5 % du chiffre d'affaires pro forma 2007 acquis. Forts de notre réussite, notamment avec Gexpro, nous sommes très confiants dans la réalisation de notre plan.
Vous financez cette opération entièrement par endettement. N'est-ce pas courir un risque, alors que les conditions de crédit se sont durcies ?
Nous avons renégocié en décembre 2007 la totalité de notre dette, mais, compte tenu des cessions d'actifs Ã
Sonepar, notre endettement net devrait représenter 4 fois l'excédent brut opérationnel du nouvel ensemble. De plus, nos conditions d'emprunt sont tout à fait satisfaisantes et notre priorité va clairement au remboursement de notre dette. Grâce à notre importante capacité de désendettement, notre objectif est de ramener ce ratio entre 2 et 3 à l'horizon 2011.
La chute de 30 % du titre depuis son retour en Bourse fragilise-t-elle les relations avec les fonds actionnaires ?
Nos trois grands actionnaires ont largement soutenu l'opération Hagemeyer. La récente déclaration de l'un d'entre eux,
Eurazeo, confirme qu'il croit au potentiel de développement de notre société. Alors que le marché résidentiel ne représente que 8 % de notre activité en Amérique du Nord, le marché surestime notre exposition à l'économie américaine, ce qui a ramené le titre à de faibles niveaux de valorisations. Nous espérons que les investisseurs reverront leur jugement sur le groupe à travers les performances et la valeur que nous atteindrons avec Hagemeyer. Notre modèle est efficace et a démontré sa pertinence
Propos recueillis par Xavier Diaz et Frédéric Cazenave
Interview parue dans la VF du 04 au 10 avril 2008 (n° 3278)