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| "Quand Jean-Claude Trichet fait des cauchemars" | |
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Vendredi 20 Juin 2008 à 15:22
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Edito
Inflation, le retour. Après plusieurs décennies d'accalmie, les prix sont repartis à la hausse : + 0,6 % en mai , + 3,7 % sur un an dans la zone euro. De quoi troubler le sommeil du président de la BCE.
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(La Vie Financière) - C'est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : les années 1970, une inflation à deux chiffres et la première crise pétrolière. Aujourd'hui, la hausse des prix que les banquiers centraux avaient cru rangée au magasin des accessoires renaît : elle a atteint 3,7 % en un an dans la zone euro, un chiffre plus élevé que prévu et au diapason de la contre-performance française, de 3,7 % également. C'est presque le double du plafond que s'était fixé la Banque centrale européenne (2 %), ce qui ne peut qu'augmenter la probabilité d'un relèvement des taux d'intérêt brandie par son président, Jean-Claude Trichet, pour la prochaine réunion de l'institution, le 3 juillet. Officiellement, on* parle d'une « possible certitude » (sic). Les prix montent, les taux d'intérêt aussi, la recette est classique mais le moule est cassé.
Tout petit déjà, le jeune Jean-Claude jouait à terrasser le dragon de l'inflation. Devenu gouverneur de la Banque de France, il a bataillé. Promu président de la BCE, il a poursuivi le combat, sans grands efforts toutefois, puisque l'hydre s'était endormie. Elle s'est réveillée, le grand argentier fait des cauchemars et les Français ont des insomnies. Bien sûr, pour les optimistes, la conjoncture n'est pas si mauvaise, la hausse des prix s'explique par des phénomènes exogènes, flambée du pétrole et des matières premières. Sans tenir compte du brut, avec quand même un super 95 à près de 1,50 euro le litre, l'inflation française sous-jacente, comme ils disent, reste faible. Hors énergie, alimentation, alcool et tabac, elle ne ressort qu'à 1,3 % sur douze mois. Sans les hausses, les prix sont quasi stables ! Voilà pour la lapalissade. Il n'empêche qu'il n'y a pas de contagion aux autres secteurs. Une bonne nouvelle, si ce n'est pas déjà le signe d'un recul de la demande qui se diffuse à toute l'économie. En France, par exemple, le secteur de l'habillement et de la chaussure, où les ventes sont au plus bas depuis 1994, affiche, avant les soldes d'été, la progression des prix la plus faible sur l'année, avec + 0,7 %. La source de l'inflation n'est pas en Europe. Logiquement, la solution non plus. Le durcissement des conditions de crédit ne devrait pas changer grand-chose à l'explosion des prix du baril, que certains voient déjà à 200 dollars. La hausse des salaires dans le collimateur Si le remède n'est pas efficace, pourquoi s'acharner ? Jean-Claude Trichet est obstiné, mais il n'est pas idiot. Ce qu'il craint c'est ce que la Banque de France appelle un « effet de second tour [...] le souhait partagé par les entreprises et les ménages de compenser les pertes de marges bénéficiaires et de pouvoir d'achat [...] pourrait entraîner une spirale de hausses de salaires. » Traduction : le vrai danger n'est pas la hausse des prix mais celle des salaires. Attention, pourtant, un second tour n'est jamais gagné d'avance. D'autant que la mondialisation ne garantit même plus la fourniture de travailleurs low-cost, comme l'a montré la récente grève chez Dacia, filiale roumaine de Renault. Vite, un somnifère pour Jean-Claude ! * Yves Mersch, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE. FRANçOISE REY |
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