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Préférez les hérétiques aux Prix Nobel
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Vendredi 23 Mai 2008 à 13:56
Depuis quarante ans, la « théorie moderne de portefeuille » est enseignée dans toutes les universités comme le must de la gestion. Elle repose pourtant sur des postulats erronés, mais elle est tellement rassurante...
(La Vie Financière) - An de grâce 1952. Un certain Harry Markowitz, étudiant à l'université de Chicago, met en évidence une relation aujourd'hui considérée comme une vérité absolue : risque et rentabilité sont étroitement liés. Et Markowitz de mettre en équation la notion de volatilité, c'est-à-dire la propension des cours de Bourse à varier. Dix ans plus tard, un autre américain, Bill Sharp, enfonce le clou en établissant une relation entre la volatilité d'un titre et celle du marché : le célèbre facteur bêta. L'industrie de la gestion allait enfin disposer d'outils mathématiques lui permettant de quantifier, donc de contrôler le niveau de risque d'un portefeuille ! En 1963, Eugène Fama, autre chercheur américain, complète le puzzle avec sa théorie du marché efficient. Des travaux de ces trois universitaires - les deux premiers furent récompensés par le prix Nobel -, deux enseignements majeurs ont été tirés : seul un portefeuille plus risqué que la moyenne peut être plus performant que le marché ; et seule une large diversification est à même de réduire le risque d'un portefeuille. Le b.a.-ba du bon sens, pourrait-on croire. Et pourtant...

Postulats inexacts

Pour le célèbre investisseur américain Warren Buffett et ses apôtres, ces enseignements, baptisés « Théorie moderne de portefeuille * », reposent sur des postulats inexacts selon lesquels les investisseurs sont rationnels, donc les marchés sont efficients, donc le risque se mesure par la volatilité des prix, en conséquence de quoi la seule façon de réduire le risque est de diversifier largement son portefeuille. Une absurdité, selon Warren Buffett, pour qui les investisseurs ne sont pas rationnels mais, au contraire, émotifs, l'euphorie cédant régulièrement la place au pessimisme... Les marchés ne peuvent donc certainement pas être efficients, si bien que seuls les investisseurs qui sont prêts à consacrer du temps à l'évaluation des entreprises décèleront des opportunités leur permettant de battre le marché. Et cela à moindre risque, car celui-ci ne se mesure pas à l'aune des variations passées [Ndlr : la fameuse volatilité], mais sur la base de caractéristiques économiques propres à l'entreprise considérée. De fait, le portefeuille optimal ne sera pas largement diversifié, comme le concluent nos trois universitaires, mais au contraire focalisé, explique Warren Buffett, sur un petit nombre d'entreprises à la probabilité de succès importante et au risque économique faible. Désormais, on comprend mieux pourquoi le chef de file de ces hérétiques, affirme que « la diversification sert à vous protéger contre l'ignorance ». Alors qu'une large majorité des industriels de la gestion restent attachés au bêta pour composer leurs portefeuilles, ceux d'entre vous qui, sereinement, se focaliseront sur leurs convictions, feront à terme la différence.

Christophe Descamps

* A ceux qui auraient reçu un enseignement universitaire sur le sujet, nous recommandons la lecture des ouvrages consacrés à Warren Buffett aux éditions Valor. Une véritable cure de désintoxication.


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