Nathalie Boschat et Mimosa Spencer,
DOW JONES NEWSWIRES
PARIS (Dow Jones)--Le groupe de luxe et de distribution PPR SA (12148.FR) a décidé d'accélérer la mise en oeuvre des mesures visant à améliorer son efficacité opérationnelle, en raison de la détérioration récente de la consommation au niveau mondial, a déclaré le président-directeur général du groupe François-Henri Pinault dans un entretien accordé à Dow Jones Newswires.
Cependant, F.-H.Pinault ne s'attend pas à une nouvelle dégradation de l'environnement de la distribution et s'est dit confiant dans la capacité du groupe à atteindre son objectif d'une amélioration des performances financières cette année.
"Nous ne voyons pas de reprise, c'est vrai, mais pas non plus de cassure. On pouvait craindre une dégradation de nos activités grand public aux Etats-Unis où nous avons souffert récemment de la baisse de trafic dans les galeries commerciales, mais cela n'a pas été le cas. On observe même une légère amélioration, dans un contexte qui reste difficile", a-t-il déclaré.
PPR a publié vendredi un résultat net des activités poursuivies hors éléments exceptionnels de 344 millions d'euros au titre du premier semestre 2008, en hausse de 17,3% par rapport à la même période de l'an dernier, grâce à la performance de son réseau de distribution spécialisé en Afrique CFAO, du pôle de luxe Gucci Group ainsi que de la chaîne de distribution de produits culturels la Fnac.
Le résultat opérationnel courant a progressé de 24% à 742 millions d'euros, soit 7,7% du chiffre d'affaires, ce qui représente une amélioration de 0,7 point par rapport à la même période de l'an dernier.
"Ces solides résultats constituent un véritable motif de satisfaction car ils confirment la capacité de notre groupe dans son ensemble à générer une croissance rentable même dans une conjoncture défavorable", a souligné F.-H. Pinault.
Selon le PDG de PPR, les résultats du premier semestre valident la stratégie du groupe, positionné à la fois sur des marchés "exclusifs" et sur d'autres plus "ouverts", avec une importante diversification géographique. Certains analystes ont pourtant critiqué cette stratégie, qu'ils assimilent à celle d'un conglomérat, et ont appelé le groupe à se concentrer sur ses activités de luxe, génératrices de marges plus élevées et de forte croissance.
Malgré sa confiance dans le modèle du groupe et son optimisme prudent pour le reste de l'année, F.-H. Pinault estime que PPR doit amplifier les plans visant à améliorer l'efficacité de son fonctionnement, face à un environnement dégradé. Cet effort ne s'apparente pas à un gel des coûts et ne conduira pas le groupe à sacrifier ses investissements d'avenir, a expliqué le PDG du groupe, mais plutôt à renforcer son efficacité commerciale et à accélérer l'optimisation de ses structures.
"On ne sacrifie pas la croissance à moyen et long terme du groupe à cause de difficultés conjoncturelles. Mais, en période de ralentissement, on sait que les investissements qui vont contribuer au développement futur de l'entreprise ne seront pas absorbés par la croissance de la marge brute. Donc il faut optimiser nos structures de coût", a déclaré F.-H.Pinault.
L'amélioration de la chaîne logistique et du fonctionnement des approvisionnements ainsi que la réduction des dépenses administratives à travers la mutualisation de certaines ressources font partie des mesures envisagées par PPR. L'amplification du plan d'efficacité pourra aussi se traduire par la fermeture de certains magasins dont le point mort est considéré comme trop élévé, au profit d'ouvertures dans des zones jugées plus porteuses.
"Cela se traduit, par exemple, par une politique d'abaissement de nos points morts, qui nous permet de créer à court terme les conditions d'amélioration de nos performances et à plus long terme de rebondir quand le cycle se retournera", estime le PDG de PPR.
F.-H. Pinault s'est toutefois refusé à chiffrer l'impact financier de ce plan. Il a précisé qu'il concernerait toutes les branches du groupe, y compris celles qui se portent bien comme Gucci Group et CFAO, même si l'accent sera mis sur Conforama et Redcats, qui ont connu le plus de difficultés au premier semestre.
PPR est déterminé à redresser ces deux divisions, a affirmé F.-H. Pinault. Certains analystes ont évoqué la possibilité d'une cession de Conforama et de Redcats.
"Les difficultés actuelles de Conforama et de Redcats ne remettent pas en cause la vision que nous avons du potentiel de croissance rentable de ces secteurs. Le marché de la vente à distance et celui de l'ameublement en Europe de l'Ouest ont un potentiel important", a estimé le dirigeant.
Accroître la proportion des ventes réalisées sur Internet dans le total des ventes à distance de Redcats contribuera à améliorer la performance du pôle, a souligné le PDG de PPR. Internet représente aujourd'hui 48% du chiffre d'affaires de la vente à distance de Redcats et PPR ambitionne de porter ce chiffre entre 60% et 70% des ventes dans les mois qui viennent, ce qui améliorera la rentabilité de Redcats.
F.-H.Pinault ne voit pas le secteur de la distribution se détériorer davantage dans les mois à venir et il n'exclut pas un redémarrage aux Etats-Unis avant la fin de 2009. "Je pense que 2009 sera une année de transition pour le secteur", a-t-il dit.
Le dirigeant a également souligné la vigueur des résultats de la marque Gucci, dont les ventes avaient déçu les investisseurs au premier trimestre. "Cela confirme la pertinence de la stratégie de montée en gamme mise en place depuis 2004 et qui continue à porter ses fruits", a-t-il affirmé, s'inscrivant en faux contre l'idée que Gucci se positionne sur des produits d'entrée de gamme afin de gagner des parts de marché.
Gucci Group a vu son résultat opérationnel courant progresser de 13% au premier semestre en données réelles et de 36% à taux de changes comparables.
Le PDG de PPR a estimé que le secteur du luxe devrait continuer à bien se comporter malgré un environnement plus difficile caractérisé par le ralentissement des marchés matures, en raison du dynamisme des marchés émergents et notamment de la Chine.
"Un éventuel ralentissement économique en Chine n'aura probablement pas d'impact sur le marché du luxe", a affirmé F.-H.Pinault.
-Nathalie Boschat et Mimosa Spencer, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 73; mimosa.spencer@dowjones.com
(END) Dow Jones Newswires
August 29, 2008 08:14 ET (12:14 GMT)