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| "Personne n’a de propositions claires face à l’immense défi qui nous attend " - Nicolas Veron, économiste au centre de réflexion européen Bruegel | |
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Lundi 29 Septembre 2008 à 08:55
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Interview du Jour
La crise économique qui secoue la planète est de très grande ampleur. Ses conséquences sont encore difficilement mesurables. Il est tout aussi délicat de savoir quel système financier émergera des décombres
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©dr
(La Vie Financière) - Est-ce que la crise financière est dramatique ?
Depuis quinze jours, il n’y a plus guère de doute sur la question. Ce qui se passe est sans précédent de mémoire d’homme. Saurons-nous trouver des réponses adéquates et les responsables politiques sauront-ils prendre les mesures adaptées pour que le marché s’assainisse, c’est une autre question. Le plan de 700 milliards de dollars mis en place par les autorités américaines va-t-il suffire pour endiguer la crise ? Tout d’abord sa mise en œuvre n’est pas définitivement acquise puisque les discussions au Congrès sont très serrées. C’est surtout un pari à haut risque, car le Trésor américain utilise là une grosse cartouche et il n’en a pas beaucoup d’autres de ce calibre en réserve. Certes, l’effet immédiat a été d’apaiser les marchés. Mais les obstacles au succès du plan sont très nombreux. N’oublions pas que tant que les prix de l’immobilier baissent, l’ampleur des répercussions de la crise est difficile à apprécier. Espérons que le calcul du Trésor aura été le bon, mais rien n’est sûr à l’heure où nous parlons. Quelles sont les conséquences de cette débâcle ? Les responsables actuels, chargés de la régulation, n’ont jamais été confrontés à un choc aussi brutal. Ceux qui étaient aux responsabilités au moment du krach de 1929 ne sont plus là. L’effet conjoncturel à court terme est une poursuite de la baisse des prix des actifs, notamment immobiliers, et une réduction drastique de la distribution de crédit. Mais ce qui se passe aujourd’hui s’inscrit dans un cadre plus vaste. C’est la structure même du système financier qui est remise en cause. Les grandes banques américaines d’investissement ont disparu en tant que catégorie autonome. C’est un bouleversement considérable quand on sait qu’elles ont joué un rôle majeur dans le développement de l’industrie financière au cours des quinze dernières années. Il est très difficile, au jour d’aujourd’hui, de savoir quel nouveau système financier va émerger de ces décombres. Il y a trop de paramètres incontrôlables qui rentrent en ligne de compte pour tracer un contour de l’avenir. Ce que l’on peut néanmoins dire, c’est que les années 2002-2008 seront perçues avec le recul comme une période de grande prospérité. Suggérez-vous que l’on rentre dans une ère de vaches maigres, voire très maigres ? Les conséquences sur l’économie réelle sont palpables dès maintenant. La réaction de la FNAIM donne le ton. L’immobilier va être durement touché en France comme il l’a déjà été ailleurs. Le resserrement de la distribution de crédits a commencé. A partir de là, il y a des scénarios très pessimistes et d’autres modérément optimistes, encore une fois il est trop tôt pour avoir des certitudes. A qui la faute ? Aux régulateurs, aux banques, à l’ingénierie financière ? La responsabilité est collective. Il est bien difficile de pointer le doigt sur un tel ou un tel acteur. L’étoile d’Alan Greenspan ne brillera certainement plus autant que dans le passé récent. Beaucoup d’acteurs financiers ont pris des risques dont nous découvrons qu’ils étaient inconsidérés. Et les autorités publiques ont, non sans arrière-pensée idéologique, estimé que le marché trouverait en lui-même ses points d’équilibre. Désormais, l’idée que le marché ne se régule pas seul revient en force. N’est-ce pas un peu facile d’invoquer la responsabilité collective dans cette crise ? Je le répète, les deux points de vulnérabilité du système qui ont conduit à ce désastre sont clairement identifiés. D’un côté, des acteurs financiers qui ont pensé qu’ils pouvaient gagner rapidement beaucoup d’argent, en prenant ainsi des engagements périlleux. De l’autre, l’incapacité des autorités publiques à imposer un meilleur contrôle des risques. La supervision du système revient aux autorités publiques. Leur devoir est de protéger l’économie contre les risques systémiques. L’idée d’une défaillance de grande ampleur a cessé d’être complètement théorique. L’idéologie néo-conservatrice, qui a influencé l’administration Bush, n’a-t-elle pas joué un rôle néfaste dans cette affaire ? Ainsi va-t-on vers la fin du capitalisme financier ? Les néo-conservateurs autour de Bush ne sont pas seuls responsables, car les excès de la dérégulation financière avaient commencé avant, au moins dès l’administration Clinton. Quant au capitalisme, il faut relire Fernand Braudel pour savoir qu’il se transforme et se réinvente sans cesse. Ses caractéristiques ne seront sans doute plus les mêmes à l’avenir, mais il ne disparaîtra évidemment pas, ni sa composante financière. Peut-on, toutefois, dresser quelques pistes de réflexions ? Je pense que la majorité des acteurs vont accepter l’idée que, sans bonne régulation, le marché va dans le mur. Je ne crois pas néanmoins qu’un discours simpliste anti-marché, voire populiste, nous apporte les bonnes solutions. Certaines positions prises récemment sont d’ailleurs discutables : interdiction des ventes à découvert, diabolisation des agences de notation ou appels à l’assouplissement des normes comptables. Cela ne constitue pas une réponse crédible à la crise. Compte tenu de l’interdépendance des marchés et de leur complexité, personne, il me semble, n’a aujourd’hui de propositions claires face à l’immense défi qui nous attend. Le silence des hommes politiques européens n’est-il pas surprenant ? Un pays comme la France est trop petit pour peser sur les destinées économiques et financières du monde. Il ne peut même pas peser sur son propre environnement financier. Au niveau européen, il n’y a pas de consensus. Il faudrait au moins que les trois grands pays que sont la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France adoptent une position commune. Dans cette crise, le travail intergouvernemental apparaît pour l’instant paralysé. La sophistication des mécanismes financiers est-elle en cause ? On incrimine volontiers la titrisation. Cette technique financière n’est pas condamnable en soi, mais certains investisseurs ont investi dans des produits trop complexes qu’ils ne comprenaient pas. Ce n’est à mon avis pas tant l’ingénierie financière qui est en cause que la légèreté de certains responsables d’investissements. Certains membres des états-majors des banques avouent qu’ils ne comprennent pas tout de ces produits financiers ? On ne demande pas aux dirigeants d’Edf de comprendre tous les détails d’une centrale nucléaire, mais il est en revanche impératif qu’ils s’assurent du contrôle des risques. La politique organisationnelle et managériale de certains établissements a été défaillante. En France, l’affaire Kerviel nous en donne un exemple douloureux. Les banques françaises, bien que moins exposées aux subprimes que les autres, n’en sont pas pour autant toujours bien gérées. Et sur les quatre banques françaises d’investissements, BNP, Société Générale, Natixis et Calyon, deux ne joueront sans doute plus en première division. Propos recueillis par Michel Blanchot |
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