(La Vie Financière) - Comment réagissez-vous à l'accueil plutôt frais que le marché a réservé à vos résultats 2007 et à vos perspectives 2008 ?
J.-P. A. Très sereinement. L'action avait beaucoup progressé deux jours avant l'annonce des résultats. Le repli correspond à des prises de bénéfices logiques. Il n'y a rien qui puisse susciter d'inquiétude et je suis confiant dans notre objectif d'une croissance de 6 à 8 % du chiffre d'affaires pour cette année. Certes, un ralentissement s'est fait jour en Amérique du Nord. Nos ventes du premier trimestre s'inscriront sans doute vers le bas de notre objectif annuel. Mais notre programme de lancements de produits et d'ouvertures de filiales est chargé. Par ailleurs, l'économie américaine, qui dispose de solides fondamentaux, est très réactive. Elle peut repartir aussi vite qu'elle a ralenti. Surtout, nous pouvons compter sur l'incroyable effet turbo des nouveaux marchés, capable de compenser largement des faiblesses ponctuelles ailleurs.
Quel est le potentiel des pays émergents ?
L'émergence rapide d'une classe moyenne dans un grand nombre de ces pays transforme véritablement le marché des cosmétiques. Aujourd'hui, ils représentent 60 % de la croissance du marché et de L'Oréal. Si la dynamique se poursuit, ils pourront atteindre près de 50 % du marché mondial en 2017, contre 33 % aujourd'hui. Leur poids pourrait égaler, d'ici quatre ans, celui de notre premier marché, l'Europe (46 % du chiffre d'affaires). En outre, ces pays sont devenus très rentables : notre marge d'exploitation y est passée en un an de 14,5 à 16,6 %. Elle rattrapera celle de l'Amérique du Nord dans les années à venir. Déjà , en valeur absolue, leurs bénéfices sont équivalents à ceux des Etats-Unis. Le potentiel est énorme.
Qu'en est-il du marché européen ?
L'Europe n'est pas dans la situation des Etats-Unis. On constate une évolution contrastée selon les pays, avec des marchés britannique et espagnol en forte hausse, alors que le marché français est stable. Je suis confiant dans le fait que nos ventes connaîtront une hausse assez solide cette année. L'important, c'est que notre présence sur tous les continents, dans tous les métiers des cosmétiques et dans toutes les gammes de prix nous protège contre les accidents de parcours : c'est une caisse de compensation multidimensionnelle.
Vous offrez 1,15 milliard d'euros pour racheter Yves Saint Laurent Beauté. N'est-ce pas trop élevé ?
Cette opération nous semble parfaite pour L'Oréal, et le prix est très raisonnable compte tenu de la qualité de la marque Saint Laurent et de son potentiel de croissance des ventes et de rentabilité. Certes, cette acquisition pèsera à court terme sur la rentabilité de la division luxe, mais nous escomptons que, à terme, elle figurera parmi les plus rentables.
Avez-vous d'autres projets d'acquisition ? Etes-vous intéressé par Clarins ?
Je ne répondrai pas au sujet de Clarins. Mais il est clair que la consolidation du secteur est faible. Nous sommes leader mondial avec seulement 15,3 % de part de marché. Il existe des segments sur lesquels L'Oréal n'est pas présent, mais nous n'en dirons pas plus. En revanche, nous ne voulons pas aller dans la distribution. En rachetant The Body Shop, nous avons surtout acquis une marque positionnée sur le marché des produits naturels, qui dispose en outre de ses propres magasins. A nous, désormais, d'améliorer sa rentabilité.
Comment améliorer des marges déjà élevées ?
Nous avons mis en place une spirale vertueuse, qui repose avant tout sur une croissance de 6 à 8 % par an des ventes, mais aussi sur l'innovation, qui permet de proposer environ 15 % de nouveaux produits par an, plus efficaces et à plus forte valeur ajoutée. Enfin, les efforts de productivité sont constants. Je ne vois pas cette spirale s'arrêter ni ralentir.
Etes-vous prêt à célébrer un quart de siècle de hausse à deux chiffres du bénéfice par action ?
Nous faisons tout en ce sens. En 2007, nous avons enregistré notre vingt-troisième année de progression à deux chiffres du bénéfice par action, et nos actionnaires ne peuvent que s'en réjouir. Le titre a beaucoup progressé ces deux dernières années. Le pay-out est relevé régulièrement. Le dividende, qui a plus que doublé en cinq ans, va augmenter de 16,9 % cette année, ce qui traduit notre confiance pour 2008
Propos recueillis par Annie Courty
Interview parue dans La Vie Financière du 22 au 28 février 2008