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"On ne peut envisager la fin de la crise financière avant 2009 au plus tôt" - Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo Securities
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Vendredi 11 Juillet 2008 à 09:10
Ce n'est pas parce que le marché a touché des points bas jamais atteints depuis un an que le rebond est proche. La purge n'est pas terminée et la crise économique encore moins.
(La Vie Financière) - Quand pouvons-nous espérer sortir de la crise actuelle ?

B. C. Examinons les éléments de crise sur lesquels nous avons une certaine visibilité. Des excès ont été commis dans le secteur immobilier, aux Etats-Unis mais aussi en Europe, à la faveur de taux d'intérêt bas et d'une grande facilité de crédit auprès de banques qui ne se souciaient pas ou peu du risque. Les excès du boom immobilier sont en train de se purger, en termes de volume d'activité et de prix. Aux Etats-Unis, les mises en chantier ont baissé d'environ 60 % par rapport au pic de 2006. Quant à l'ajustement des prix, plus tardif, après un recul de 15 à 20 %, il reste sans doute encore la moitié du chemin à parcourir. Les prix des logements diminuent fortement au Royaume-Uni et la correction ne saurait tarder en Espagne et en France. Concernant la crise financière, le besoin de recapitalisation des banques est énorme et il faut considérer le rationnement du crédit comme un phénomène durable. A tout cela s'ajoute un choc pétrolier. Nous n'avons pas beaucoup de visibilité sur les prix du pétrole, mais le fait est que leur flambée récente est un facteur d'incertitude pour les investisseurs. Bref, dans un contexte de fléchissement de la croissance aux Etats-Unis et en Europe et d'une poussée de l'inflation qui ampute le pouvoir d'achat des ménages, y compris dans les pays émergents, on ne peut envisager la fin des problèmes immobiliers, bancaires et financiers avant 2009 au plus tôt.

Le marché est au plus bas depuis trois ans ; pensez-vous que la purge est terminée ?

Non, la purge n'est pas terminée. La crise financière qui a débuté l'été dernier a révélé que les excès en matière immobilière et bancaire s'étaient développés en trois à quatre années. Quelques mois ne peuvent suffire à rétablir des bases plus saines. Ce n'est pas parce que le marché boursier a touché récemment des points bas jamais atteints depuis un an que le rebond est proche. La crise financière n'est pas terminée, la crise économique encore moins. Même si les entreprises ne sont pas en première ligne dans ces crises, à la différence des consommateurs, leur rentabilité sera fatalement affectée.

Sommes-nous entrés dans une période de stagflation ?

Sous prétexte que nous avons, à un instant t, une croissance plus faible et une inflation plus élevée, beaucoup parlent de stagflation. Je trouve le raccourci un peu rapide concernant les pays développés qui, rappelons-le, subissent, avec la crise financière, un choc déflationniste. Cela n'a rien à voir avec la stagflation que nous avons connue dans les années 1970, en plein choc pétrolier, sur fond de spirale entre prix et salaires. Certains pays émergents entrent beaucoup plus dans ce cadre-là aujourd'hui, parce que le choc pétrolier touche alors des économies en croissance rapide.

Comment analysez-vous la décision de la BCE, qui a choisi de relever ses taux la semaine dernière ?

Le bien-fondé de ce geste m'échappe. Ce n'est pas une hausse d'un quart de point qui va modifier la dynamique de l'inflation, d'autant que celle-ci est essentiellement liée à la flambée du pétrole. En revanche, j'y vois davantage un signal. Pour les investisseurs d'abord : la BCE leur rappelle que, contrairement à ce qui se passait dans les années 1970, ils ont affaire à une institution indépendante dont l'une des missions est de lutter contre l'inflation. Pour les gouvernements, ensuite, qui devront être vigilants face aux inévitables demandes de la part des agents économiques qui voient leur pouvoir d'achat baisser. Pour la Réserve fédérale, enfin, à laquelle il est rappelé que, en baissant ses taux comme elle l'a fait depuis un an et en laissant filer le dollar, elle a sans doute encouragé la flambée du pétrole. Ce qui est clair, en revanche, c'est que la BCE ne semble pas décidée à relever encore ses taux dans l'immédiat.

Quelle est la prochaine échéance importante attendue par les marchés ?

Au-delà des publications régulières des statistiques économiques, je pense que l'audition semestrielle du patron de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, devant le Congrès américain mi-juillet sera un rendez-vous important. Il y donnera sans doute des précisions sur le timing de sa future politique monétaire. Le cycle de baisse des taux aux Etats-Unis paraît terminé. Les taux de la Fed ne resteront pas indéfiniment à ce niveau bas de 2 % et le prochain mouvement sera à la hausse, ce que le marché prévoit pour septembre. Mais n'est-ce pas un peu tôt ? La Fed est certes attentive à l'inflation, mais, en relevant ses taux trop vite, elle risque de déstabiliser les ajustements en cours, d'autant que l'effet positif de la relance fiscale aura sans doute disparu d'ici deux à trois mois

Propos recueillis par Perrine Delfortrie
Interview parue dans la Vie Financière n°3292
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