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| "Nous ne sommes pas en 1929" - Christian de Boissieu, président du conseil d’analyse économique | |
| Mardi 23 Septembre 2008 à 09:35 Catégorie : Interview du Jour | |
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(La Vie Financière) - Avez-vous été surpris par la faillite de Lehman Brothers ?
Pas vraiment. Cela fait des mois que la crise couvait. Il y a eu des défaillances de gouvernance et des erreurs de gestion. Les dirigeants, d’ailleurs non sans arrogance, ont pratiqué volontiers la politique de l’autruche, répétant haut et fort qu’ils étaient les meilleurs. La faillite de la banque est la conjugaison de la crise des subprimes et des carences du management. La décision des autorités américaines de ne pas venir à la rescousse de la banque était-elle la bonne ? Trop c’est trop. Après Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac, il fallait mettre un point d’arrêt à cette succession qui donnait le sentiment que l’irresponsabilité n’était pas sanctionnée. Si la Fed et le Trésor américain avaient cédé, ils ne pouvaient plus rien refuser. Ils auraient été amenés à réaliser des opérations de sauvetage à répétition. C’est « l’aléa moral » qu’il fallait contenir : ce n’est pas grave de prendre des risques, puisqu’il y a de toute façon un parapluie pour nous protéger. Cela dit, le sauvetage d’AIG le lendemain du « lâchage » de Lehman signifie que les autorités américaines ont pesé les risques respectifs à la lumière des informations dont elles disposaient… Quelles conséquences peut-on attendre d’une telle faillite ? Elles sont de deux ordres : symbolique et mécanique. Lehman Brothers, l’un des fleurons de la finance mondiale, tombe. Personne n’est a priori épargné. L’autre aspect, plus fâcheux, est l’effet directement mécanique de la disparition de la banque. Placée sous le chapitre 11 de la loi sur les faillites, Lehman Brothers, qui travaillait avec beaucoup d’établissements financiers, ne peut plus honorer ses engagements de contrepartie. Le phénomène de contagion peut être élevé. Sur ce point, je suis incapable de mesurer l’ampleur de ces risques de contrepartie. Doit-on s’attendre à une tempête financière ? Nous ne sommes pas en 1929. La réactivité des autorités américaines est forte, qui doit permettre de contenir les risques systémiques. On l’a vu avec le prêt accordé par la Fed à l’assureur AIG pour éviter le désastre. Les injections de liquidités par les banques centrales sont également un élément fort, assurant la continuité du marché. Cela ne veut pas dire que cette crise est finie. Elle peut durer encore 6 mois, voire un an. Elle durera tant que les prix de l’immobilier baisseront aux Etats-Unis et que les pertes sur les instruments financiers ne seront pas circonscrites et totalement extériorisés. La crise a néanmoins un effet latéral : elle devrait permettre d’accélérer le processus de consolidation du secteur bancaire et des assurances. Une nouvelle étape vient d’être franchie avec le rachat de Merrill Lynch par la Bank of America. Peut-on craindre la faillite d’autres établissements financiers ? On ne peut pas exclure que d’autres établissements soient touchés par des difficultés importantes. On vient de le voir avec l’assureur AIG, qui reste dans une situation périlleuse, malgré l’argent qui vient de lui être apporté. L’Europe est-elle à l’abri des déboires financiers américains ? Il n’y a pas de « découplage » entre les continents. Du fait de la globalisation des marchés, nous sommes dans le même bateau. Le contexte dans lequel évoluent les banques européennes est toutefois moins défavorable. Néanmoins des banques importantes comme UBS en Suisse, Northern Rock en Grande-Bretagne, certaines banques régionales allemandes ont été fortement malmenées. Les banques françaises s’en sortent globalement plutôt bien, à deux-trois exceptions près en cours de règlement. Que faut-il faire pour éviter ces crises à répétition ? Je crois qu’il ne faut pas, contrairement à ce que disent certains, durcir fortement la réglementation ce qui ne ferait qu’engendrer une nouvelle vague d’innovations, alors même que la complexité financière a accentué la crise actuelle. Une partie des innovations est bien souvent une réponse aux durcissements des réglementations. Je crois qu’il faudrait, à l’instar de ce qui a été fait au lendemain de la guerre sur les taux de change avec les accords de Bretton Wood, réunir une conférence internationale sur la finance, qui dépasserait le cadre du G7 ou G8, pour repenser le cadre des fondamentaux et redéfinir, entre autre, le rôle du FMI. Que conseillez-vous actuellement aux épargnants ? Il faut qu’ils placent une part de leur épargne sur des produits à court terme, peu risqués. Ils ne doivent cependant pas rester complètement à l’écart du marché actions. Il y a des secteurs qui demeurent intéressants, comme ceux de l’énergie, de l’environnement, de la sécurité… Ce n’est pas parce que le marché actions souffre qu’il faut tout vendre. Il devient même intéressant de racheter certaines actions clairement bradées… Je resterais néanmoins prudent sur l’or qui a beaucoup bougé depuis un an. Mais le métal jaune n’a clairement pas le monopole de la volatilité ! Propos recueillis par Michel Blanchot Pour retrouver l'avis de Philippe Dessertine, directeur de l'Institu de haute finance (IFI) et professeur à Paris-X cliquez ici |
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