par Matthieu Protard et Yann Le Guernigou
PARIS (Reuters) -
Natixis annonce un prix très bas et nettement inférieur aux attentes pour son augmentation de capital de 3,7 milliards d'euros, qui témoigne de l'environnement de marché défavorable tout autant que des difficultés de la filiale des
Banques populaires et des Caisses d'épargne.
Contrainte de consolider ses fonds propres en raison du lourd impact de la crise des marchés du crédit sur ses comptes, la banque a fixé un prix de 2,25 euros pour les actions nouvelles, qui fait apparaître une décote de 61,5% par rapport au cours de son action mercredi en clôture sur
Euronext Paris (5,84 euros).
L'opération, dont le principe avait été annoncé en juillet, est lancée avec droit préférentiel de souscription pour les actionnaires actuels, 10 actions détenues permettant de souscrire à 13 actions nouvelles.
"C'est un prix incroyablement bas ! Cela prouve que le placement s'annonçait difficile", dit un analyste, qui anticipait une parité de souscription d'une action nouvelle pour une ancienne et un prix légèrement en-deçà de trois euros.
"
Natixis a peut-être voulu offrir un potentiel de hausse à ses actionnaires, mais cela reflète surtout le fait que l'opération arrive au mauvais moment et que le dossier
Natixis n'est pas bon, le poids de la banque de financement et d'investissement dans ses activités étant trop lourd", ajoute-t-il.
DES FONDS SOUVERAINS SOLLICITÉS
Par comparaison, les augmentations de capital lancées au premier semestre par la
Société générale et le
Crédit agricole pour des montant plus importants l'avaient été à des prix traduisant des décotes inférieures à 40% par rapport à leurs cours de Bourse du moment.
Les conditions de marché se sont depuis durcies et les dernières levées de fonds effectuées cet été par des
banques britanniques ont été difficiles.
Dans son édition datée de vendredi, Le Monde indique que
Natixis a approché des fonds souverains étrangers, dont le singapourien Temasek, pour tenter de les convaincre de participer à son augmentation de capital.
La banque s'est heurtée d'autre part à une fin de non recevoir de la Caisse des dépôts dont le directeur général Augustin de Romanet, cité par Le Monde, a déclaré que l'établissement "n'a pas vocation à renouer un partenariat particulier avec
Natixis". Il a ajouté que la
CDC n'avait pas l'intention "d'effectuer un mouvement stratégique dans
Natixis".
"Nous ne souhaitons pas aller au-delà de ce qu'Augustin de Romanet a dit au Monde", a déclaré à Reuters un porte-parole de la
CDC, qui a toutefois confirmé l'existence, mardi, d'une rencontre entre celui-ci et
Philippe Dupont, le président du directoire de
Natixis.
Natixis n'a en revanche pas fait de commentaires.
Sur les 3,7 milliards d'euros que compte lever
Natixis, 2,5 milliards serviront à rembourser une avance d'actionnaires des
Banques populaires et des Caisses d'épargne, qui détiennent de
concert près de 70% de son capital, ce qui fait que l'opération de placement en tant que telle est limitée à 1,2 milliard d'euros.
COÛT ÉLEVÉ
L'augmentation de capital bénéficie de la garantie d'un syndicat bancaire dirigé par Lazard
Natixis, Crédit suisse et Merrill Lynch, mais les deux grands actionnaires de
Natixis se sont aussi engagés à souscrire les titres qui ne trouveraient pas preneurs.
Cette garantie des
banques explique sans doute en partie la forte décote de l'opération ainsi que le coût élevé de l'opération, - 66 millions d'euros pour la rémunération des intermédiaires financiers et les frais juridiques et administratifs -, qui représente 5,5% du placement contre un maximum de 2% pour des opérations analogues en temps ordinaire.
"Notre cours a baissé, pas notre détermination", proclame la plaquette de présentation de l'augmentation de capital figurant sur le site internet de la banque. Elle doit permettre Ã
Natixis d'améliorer sa solidité financière en portant son ratio de fonds propres Tier One à 9,3% contre 8,5% à fin juin.
Les analystes s'attendaient encore la semaine passée à un prix de souscription des actions nouvelles compris entre 3,35 euros et 5,50 euros, avec un prix moyen de 4,21 euros, d'après un sondage réalisé par Reuters mercredi dernier.
La période de souscription de l'augmentation de capital débute ce vendredi et prendra fin le 18 septembre.
Le droit de souscription dont la valeur théorique est de 2,03 euros au cours de
Natixis mercredi, sera détaché vendredi.
Vers 17h00, le titre gagnait 2,05% à 5,97 euros, après avoir fortement oscillé entre un plus bas à 5,41 euros et un plus haut à 6,60 euros en séance. A ce cours, elle accuse un recul de plus de 50% depuis le début de l'année, le plus important de toutes les
banques françaises.
Matthieu Protard et Yann Le Guernigou, édité par Yann Le Guernigou