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| "Les spéculateurs manquent généralement de vision à moyen ou à long terme" - Éric Le Coz, membre du directoire d'investissement à Carmignac Gestion | |
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Lundi 28 Juillet 2008 à 08:50
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Interview du Jour
Les bonnes performances de la société de gestion lui ont permis d'attirer à elle des capitaux à placer, alors que la profession souffre de « décollecte ».
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(La Vie Financière) - Selon la théorie du découplage, les économies des pays émergents devraient résister à un ralentissement des économies développées. Quelle est votre opinion à ce sujet ?
E. L. C. Une chose est déjà certaine : il n'y a pas eu de découplage sur les marchés boursiers. Ils ont baissé. Sur le plan économique, les choses sont différentes. Nous sommes dans une situation inédite. Les Etats-Unis ne sont plus le seul moteur de la croissance mondiale. Les pays émergents y contribuent désormais de façon significative. Le ralentissement des pays développés se fait certes ressentir sur les exportations de certains pays manufacturiers, en particulier la Chine, mais il a peu d'effet sur des pays tels que l'Inde, le Brésil ou la Russie. L'impact est donc modéré, alors même que la croissance de ces pays, qu'elle soit d'origine domestique ou qu'elle résulte d'échanges entre pays émergents, reste très forte. Comment ces pays vont supporter la flambée des matières premières ? La flambée des matières premières a pour effet de limiter la croissance économique mondiale. L'élasticité de l'offre est faible, alors que la demande en matières premières est très forte. Cette hausse des prix des ressources naturelles a des effets sur les économies des pays importateurs : elle constitue une ponction sur le pouvoir d'achat des ménages. Il s'opère donc un véritable transfert de richesses des pays dépendants vers les pays producteurs. Dans ce contexte, les pays développés souffrent davantage que les pays émergents, qui bénéficient d'une croissance économique très forte. La hausse des prix des matières premières alimente l'inflation, et il est normal que les banques centrales s'en inquiètent. Mais je pense qu'elles aboieront plus qu'elles ne mordront : leur politique monétaire restera finalement accommandante car elles sont confrontées à la faiblesse de l'activité en Europe et aux Etats-Unis. Quant aux cours des matières premières, ils devraient rester élevés. La croissance des pays émergents génère en effet une demande structurellement forte pour les ressources naturelles. Quelle est la composante spéculative de la hausse des matières premières et du pétrole ? Il y a une composante spéculative, mais ce n'est pas elle qui explique fondamentalement la flambée des prix. Par exemple, les prix de la potasse et du minerai de fer, pour lesquels il n'existe pas de produits financiers dérivés, ont progressé très fortement. Par ailleurs, en ce qui concerne les céréales, il faut savoir que les prix de référence des marchés financiers correspondent à une catégorie bien précise de produits. Dans de nombreux pays, ces prix ne correspondent pas à ceux qui sont pratiqués lors des échanges physiques. Au mieux, seuls 8 % de la production mondiale de grains sont négociés sur la base de ces prix financiers. Ainsi, en Inde et en Chine, le prix du riz est resté sous contrôle. En réalité, la hausse des matières premières s'explique par un rapport entre l'offre et la demande qui favorise les producteurs. Pour avoir longtemps travaillé à Chicago sur les marchés de matières premières, je peux vous dire que les spéculateurs manquent généralement de vision à moyen ou à long terme. Ils sont donc rarement à l'origine d'une tendance forte. Ils ne font que s'engouffrer dans un marché et se font porter par le vent. Ils ne font qu'accentuer le mouvement existant en faisant les dix ou vingt derniers pour-cent d'une hausse ou d'une baisse. Les indices ont fortement chuté. Où peut se situer le point bas ? Je me méfie des indices et de leur composition sectorielle. J'ai depuis longtemps une défiance pour les valeurs financières. Globalement, nos portefeuilles ont très bien résisté, grâce à nos choix de gestion et à notre diversification géographique. Par exemple, dans le secteur de la distribution, nous préférons Colruyt, en Belgique, ou BIM, en Turquie, aux grands classiques français Carrefour ou Casino. Dans le secteur de la banque, il se présentera des affaires quand le marché aura capitulé et lorsque les prix seront à la casse. En attendant, nous avons déniché National Bank of Greece et la Banque cantonale vaudoise. Nous sommes très actifs dans le domaine des matières premières, qui constitue un axe majeur de notre stratégie d'investissement. Parmi nos valeurs favorites, je peux citer : Xstrata, BHP, Syngenta (protection des cultures), Seadrill et Fred Olsen (équipements de forage)... Le meilleur baromètre de la reprise des actions sera la reprise du dollar et un fléchissement des cours du pétrole. Propos recueillis par Jean-Jacques Avédissian Interview parue dans la Vie Financière n°3294 |
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