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Les banques françaises débutent 2008 dans l'incertitude
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Jeudi 10 Janvier 2008 à 12:16
par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Les banques françaises abordent 2008 dans l'incertitude, privées du principal moteur qui avait alimenté lacroissance de leurs bénéfices ces dernières années : l'essor de la banque de financement et d'investissement (BFI).

Moins exposées au "subprime" américain que nombre de leurs concurrentes étrangères, leur solidité financière n'inspire pasjusqu'ici d'inquiétudes particulières malgré les dépréciations d'actifs qu'elles ont déjà dû ou devront encore passer du fait de lacrise des marchés du crédit.

La diversité de leur portefeuille d'activités est un autre atout. Mais elles entament 2008 avec plusieurs métiers évoluant auralenti dans leurs pôles BFI, qui restaient sur un taux de croissance annuel moyen des bénéfices d'un peu plus de 30% sur lapériode 2004-2006.

Elles devraient être confrontées en outre à un marché de la banque de détail en France plus difficile qu'en 2007.

Après quatre ans de croissance ininterrompue des cours de Bourse, quasi-triplés, les actions des chefs de file BNP Paribas etSociété générale ont connu un coup d'arrêt à la fin du printemps dernier.

La première est parvenue à limiter les dégâts, finissant 2007 sur un recul de 10,2%, soit la moins mauvaise performance desgrandes banques européennes actives dans les métiers de BFI, après avoir prouvé la résistance de son modèle et sa grandeprudence dans des comptes du troisième trimestre très solides.

Société générale a été plus sanctionnée, perdant 23,07% sur l'année et sous-performant ainsi nettement l'indice DJ Stoxx desbanques européennes (-16,87%).

Le recul de son bénéfice net a certes été limité à 11,5% sur le troisième trimestre mais les investisseurs anticipent dans sescomptes annuels des dépréciations bien plus importantes que celles enregistrées jusqu'ici (230 millions d'euros).

QUATRE RISQUES

Le marché a été encore plus sévère pour Crédit agricole SA (-26,4% en 2007) et Natixis (-38,25%).

La première a déjà annoncé que Calyon, sa filiale de banque de financement et d'investissement, serait en perte en 2007 dufait de dépréciations qui dépasseront trois milliards d'euros.

Les importantes plus-values dégagées début 2007 grâce au dénouement de ses liens avec l'italienne Intesa Sanpaolopermettront d'amortir ce choc et le véhicule coté de la banque verte a déjà indiqué que son dividende ne baisserait pas.

Quant à Natixis, elle a payé une dépendance plus forte que ses concurrents vis-à-vis des activités de marché, sa BFI ayantgénéré 47% de ses revenus en 2006, et plus spécifiquement du marché américain.

Elle a été aussi victime des difficultés de sa filiale CIFG, spécialisée dans le rehaussement de crédit, que ses grandsactionnaires Banques populaires et Caisses d'épargne ont promis de racheter en vue d'une recapitalisation de 1,5 milliard dedollars que l'établissement ne pouvait se permettre.

Elle a enfin payé le fait d'être en plein processus de fusion - Natixis est née fin 2006 du rapprochement d'Ixis et de Natexis -dans un environnement défavorable qui risque fort de faire dérailler les objectifs de son plan stratégique.

Plus que sur de nouvelles dépréciations probables dans les comptes du quatrième trimestre 2007, les inquiétudes du marchése concentrent sur l'évolution des bénéfices 2008.

Dans une note récente, les analystes de Crédit suisse pointent quatre risques : l'environnement macroéconomique, les risquesde contrepartie, la solidité des bilans avec la réintégration forcée d'actifs hors bilan et enfin la rentabilité, du fait de moindresrevenus et d'une remontée des provisions.

SOUS-PERFORMANCE

S'agissant de la France, ils ont estimé que la menace la plus forte provenait des revenus de la BFI, d'autant que le marchésemble, selon eux, anticiper que les Bourses resteront solides et que les marchés du crédit se rétabliront progressivement, bienque lentement. "Cela pourrait s'avérer trop optimiste si l'environnement économique se dégrade plus que prévu", ont-ils écrit.

Citigroup conseille pour sa part de "sous-pondérer" les banques françaises dans les portefeuilles, jugeant qu'elles sont plusexposées que les autres au risque d'une remontée des provisions, leur coût du risque ayant atteint ces dernières années desniveaux historiquement bas.

Un autre broker, KBW, s'attend pour sa part à ce que l'impact de la crise des marchés du crédit ne déborde sur des activitéscomme la gestion d'actifs, un des autres leviers de croissance des banques françaises ces dernières années.

La banque de détail en France est une autre source d'inquiétude car, déjà confrontées à une hausse de leurs coûts definancement, les banques le sont aussi à la perspective d'une forte remontée du taux du Livret A, ce qui ne ferait rien pourarranger des marges déjà très serrées.

Avec la remontée de l'inflation et les tensions récentes sur les taux interbancaires, ce taux devrait théoriquement passer,d'après la formule mise en place pour son calcul, de 3% à 4% à la date du 1er février.

Ce niveau est jugé aberrant par les concurrents des Caisses d'épargne et de la Banque postale, qui bénéficieront encorejusqu'à fin 2008 du monopole de distribution de ce produit d'épargne populaire.

"Cela reviendrait à intégrer l'impact de la crise de liquidité dans le coût des dépôts", soulignait récemment un grand banquierde la place, ajoutant : "2008 s'annonce plus difficile que 2007 en termes de commissions, il faudra donc que les revenusd'intermédiation tiennent".

Pour toutes ces raisons, les banques françaises n'échappent pas au sentiment de prudence, voire de méfiance chez les pluspessimistes.

"Malgré une sous-performance de l'ordre de 15% par rapport au marché dans son ensemble en 2007, nous pensons que lesecteur bancaire européen n'est pas encore assez bon marché pour permettre de redevenir vraiment positif", ont indiqué lesanalystes de Crédit Suisse, ajoutant que les risques de nouvelle baisse des cours l'emportent encore aujourd'hui sur ceux d'unrebond.

Yann Le Guernigou


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