(La Vie Financière) - Vous venez de terminer un exercice de bonne facture, avec un chiffre d'affaires en hausse de 10,5 %, à 4,12 milliards d'euros. Comment s'annonce 2008 ?
G. S. Il est trop tôt pour le dire. Dans notre métier, il faut en général attendre la fin du premier trimestre pour commencer à se faire une idée de l'exercice. Nous anticipons un ralentissement, estimant que notre chiffre d'affaires, hors effet de change, ne devrait progresser que de 7 à 9 %, contre 12,5 % en 2007, mais, pour l'instant, notre croissance reste vive dans bon nombre de pays.
Quel est l'impact de la crise immobilière aux Etats-Unis sur votre activité ?
Je tiens d'abord à souligner que les Etats-Unis représentent 15 % du chiffre d'affaires du groupe et que le marché résidentiel américain est limité à 5 % de nos facturations totales. Surtout, cela fait déjà vingt mois que la dégradation sévit dans ce secteur, et le repli attendu en 2008 devrait être moins important que celui enregistré en 2007. Enfin, malgré la chute de 25 % du marché résidentiel américain en 2007, nous sommes parvenus à obtenir une légère croissance de notre activité. Legrand a même augmenté sa rentabilité durant cette période. Quant à la propagation de la crise sur le secteur commercial il faut en relativiser les effets car nous sommes aussi présents sur des segments dynamiques comme le contrôle d'éclairage et les chemins de câbles.
Pour 2008, vous tablez sur un maintien de votre marge opérationnelle. En cas de récession, quelle rentabilité Legrand doit-il être capable de dégager ?
Legrand est encore plus résistant que par le passé. Notre structure de coûts est plus flexible, notre recherche-développement plus efficace et nous avons renforcé notre présence dans des pays en forte croissance. Nous réalisons un quart de notre chiffre d'affaires dans les pays émergents. Legrand s'est aussi positionné sur des secteurs très porteurs, comme l'efficacité énergétique ou les produits voix-données-images (11 à 12 % du chiffre d'affaires), c'est-à -dire tout ce qui permet de communiquer. Du coup, si, lors du dernier bas de cycle, notre marge d'exploitation a baissé de près de 3 points, nous ne devrions plus désormais enregistrer un tel recul.
Pourtant, depuis quinze ans, Legrand n'a jamais été aussi mal valorisé en Bourse...
Aujourd'hui, le marché ne fait pas de nuances et vend sans discernement. Mais, lorsqu'il reviendra aux fondamentaux, il se rendra compte que Legrand n'a en rien perdu ses qualités défensives et a même fait évoluer avantageusement son profil au cours des dernières années.
Quelles sont les retombées de votre stratégie visant des produits plus chics, plus modernes, avec plus de fonctionnalités ?
C'est l'un de nos axes majeurs d'investissement. En montant en gamme, Legrand devient moins sensible aux volumes. Surtout, la demande de produits à plus haute valeur esthétique et fonctionnelle augmente dans tous les pays. A titre d'exemple, près d'un quart de la croissance réalisée en France et en Italie provient de cette montée en gamme.
En trois ans, Legrand a acheté une quinzaine de sociétés. Allez-vous poursuivre au même rythme ?
La moitié de notre marché, que nous évaluons entre 50 et 60 milliards d'euros, est détenue par de petits acteurs locaux. Cette fragmentation nous offre de nombreuses opportunités d'acquisition. Nous allons essayer d'aller le plus vite possible pour consolider notre marché. Nos actionnaires nous soutiennent dans cette stratégie, car nous acquérons des sociétés de taille moyenne, qui s'intègrent facilement et sont rentables. Nous avons les moyens de mener cette stratégie. Au cours des trois derniers exercices, nous avons utilisé en moyenne chaque année l'équivalent de la moitié de notre capacité d'autofinancement pour réaliser des opérations, et nous pourrions le cas échéant utiliser la totalité du cash généré, soit plus de 552 millions d'euros en 2007. Par ailleurs, 800 millions d'euros sont immédiatement mobilisables. Autant dire que nous avons les moyens de nos ambitions
Propos recueillis par Frédéric Cazenave
Interview publiée dans La Vie Financière N° 3271 du 15 février 2008