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"Le marché pourrait encore toucher de nouveaux points bas" - Bruno Cavalier, chef économiste à Oddo Securities
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Mardi 02 Septembre 2008 à 09:02
La crise financière n'épargne rien ni personne. Le ralentissement de la croissance en Europe se confirme pour 2008, alors que des tensions inflationnistes subsistent.

©DR
(La Vie Financière) - Les derniers chiffres du PIB montrent une contraction de 0,2 % de l'activité au deuxième trimestre en Europe. Ces chiffres constituent-ils une surprise ?

Il s'agit plutôt d'une demi-surprise. Une correction en Allemagne était attendue après les chiffres exceptionnellement bons du premier trimestre. L'Espagne va mal, l'Italie aussi. La déception vient surtout de la France. Mais finalement, ce scénario était assez prévisible, dans le contexte actuel de freinage du commerce mondial et de poussée de l'inflation.

Croyez-vous à une reprise de l'activité au troisième trimestre ?

Non. Les facteurs d'un redressement font défaut. Le niveau de l'inflation reste préoccupant, l'emploi est pratiquement stagnant, la consommation va donc rester contrainte. L'immobilier, qui avait soutenu la croissance ces dernières années, est entré dans une phase d'ajustement, la demande solvable ne pouvant plus suivre. En France, par exemple, l'activité de construction a franchi son pic en 2007 et les prix de l'immobilier amorcent leur décrue. Plus généralement, le contexte financier est marqué par un resserrement des conditions de crédit et toujours par de grandes incertitudes sur le front des matières premières. Il n'y a pas de miracle à attendre. Une nouvelle contraction du PIB en Europe au troisième ou au quatrième trimestre est possible. Au mieux, la croissance devrait être nulle au second semestre.

L'Europe est donc entrée en récession ?

Nous ne pourrons parler de récession technique qu'après deux trimestres consécutifs de baisse. Nous en avons déjà eu un, et il est clair que le mouvement amorcé par la conjoncture économique européenne n'augure pas un rebond rapide. En France, les derniers chiffres du climat des affaires mesurés par les indices PMI ou par l'enquête de la Banque de France montrent un déclin supplémentaire durant l'été. Une récession technique en France me paraît assez probable. En Allemagne, l'indice IFO a fortement reculé depuis avril, et son nouveau repli en août confirme le tassement de la croissance. En Espagne, la crise immobilière met un terme à une décennie de forte croissance ; une récession profonde paraît inévitable. Ailleurs dans le monde, un ralentissement s'opère aussi. Les perspectives sont donc assez médiocres à court terme pour l'Europe.

Un nouveau ralentissement de la croissance au troisième trimestre pourrait-il entraîner un assouplissement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne ?

Même avec de très mauvais chiffres de croissance économique, la BCE tiendra le cap qu'elle s'est fixé. Les autorités monétaires entendent faire revenir le niveau de l'inflation en Europe de 4 % actuellement vers sa cible de 2 %. Et rien ne devrait infléchir cette politique tant qu'il n'y a pas de repli notable de l'inflation. La BCE est une institution qui se place dans la durée. La lutte contre l'inflation implique un coût à court terme, avec des avantages indéniables à moyen terme. Le maintien des taux d'intérêt en Europe est à mon sens l'option privilégiée d'ici à la fin de l'année. Mais ce statu quo n'est pas synonyme d'inaction de la part de la BCE : ne pas modifier les taux, c'est actuellement la meilleure, ou la moins mauvaise, gestion des risques de croissance et d'inflation.

Et à l'horizon 2009 ?

On peut espérer que l'économie américaine aille un peu mieux, les purges des crises immobilière et financière devant approcher de leur terme. Cela rejaillira sur le continent européen, surtout si les marchés se stabilisent. Sur le front des matières premières, même si un rebond ne peut être exclu à court terme, le pétrole devrait continuer à reculer un peu en réponse au tassement de la demande mondiale. Le contrecoup mécanique de ce scénario sur l'inflation sera positif, mais avec un décalage dans le temps. Les premiers effets significatifs interviendront en novembre, mais c'est plutôt au printemps que la désinflation devrait être la plus forte, un an après l'envolée des prix du brut. L'inflation a assommé les consommateurs en 2008, son repli sera un soutien en 2009.

Panne de croissance, tensions inflationnistes... comment les marchés devraient-ils évoluer dans les prochains mois ?

La crise financière n'est pas terminée, comme en témoigne la récente rechute des marchés après une courte période d'accalmie. Cette crise, les problèmes immobiliers, la poussée de l'inflation et maintenant la récession ou la stagnation vont pénaliser la consommation des ménages. Les débouchés de certaines entreprises en seront affectés, ce qui obligera celles-ci à revoir à la baisse leurs estimations de bénéfices pour l'année prochaine. Il reste à revoir à la baisse des anticipations de résultats pour 2009 et, dans ce contexte, il ne serait pas étonnant que les marchés reviennent toucher, voire casser, leurs points bas récents. Le temps qui passe nous fait avancer dans la purge des excès, mais la cure n'est pas finie.

Propos recueillis par Perrine Delfortrie
Interview parue dans la Vie Financière n°3299
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