PARIS (Dow Jones)--Les actionnaires minoritaires de Saint-Gobain paient les pots cassés de l'absence de dialogue constructif entre le groupe de matériaux de construction et
Wendel, son principal actionnaire.
Les changements sont loin d'être acquis aussi longtemps que le conseil d'administration de Saint-Gobain assimile de manière caricaturale les intentions de
Wendel à une volonté de contrôle rampant.
Mais l'argument sur les votes est un écran de fumée. Le véritable problème est que
Wendel pense que Saint-Gobain est trop lent à mettre en oeuvre sa stratégie.
Bien que Saint-Gobain accuse
Wendel de vouloir prendre le contrôle, une offre de rachat ne serait pas dans l'intérêt de la société d'investissement. Même en supposant que
Wendel a les moyens de débourser 20 milliards d'euros dans une offre d'achat, la société d'investissement n'a pas à se plaindre de la stratégie de Saint-Gobain de se focaliser sur les marchés en forte croissance, les produits à forte valeur ajoutée et la vente des actifs non stratégiques.
Le problème est la vitesse d'exécution de cette stratégie. Saint-Gobain n'a pas de comité stratégique. Avec
Jean-Louis Beffa, l'ancien PDG, toujours au poste de Président du conseil d'administration et impliqué dans le processus de prise de décision, le groupe prend son temps pour saisir les opportunités de croissance dans les nouveaux marchés - ce qui explique la prudence des prévisions 2008 faites le mois dernier par l'actuel directeur général,
Pierre-André de Chalendar.
Cette situation contraste vivement avec celle de Lafarge. Son président-directeur général,
Bruno Lafont, à qui l'ancien président du conseil et ancien directeur général Bertrand Collomb a laissé la bride sur le cou, a relancé la compagnie, qui a présenté des perspectives très favorables en 2008.
Lafarge a rapidement accru son exposition aux marchés émergents après le rachat de l'égyptien Orascom Cement, détenu par la famille Sawiris.
Non seulement la famille Sawiris a pris 11% de son capital et obtenu 2 sièges au conseil d'administration de l'un des fleurons de l'industrie française, mais la restructuration de Lafarge illustre l'influence du financier belge Albert Frère. Sa montée au capital de Lafarge a été rapidement suivie d'une représentation au conseil d'administration, sans que l'homme d'affaires belge soit accusé de vouloir prendre le contrôle de la compagnie de manière détournée.
Le conseil d'administration de Saint-Gobain ne semble toujours pas s'être remis de l'audace de
Wendel, qui est entré à son capital sans y être invité, et en lui suggérant d'extraire plus rapidement de la valeur pour les actionnaires. Saint-Gobain doit néanmoins faire la preuve qu'il en est capable, car pour l'heure les investisseurs sont davantage impressionnés par la performance de Lafarge.
Lafarge affiche une prime de valorisation de 13% par rapport à Saint-Gobain, sur la base du PER 2009, et a surperformé de 30% son rival au cours des douze derniers mois.
Le conseil de Saint-Gobain devrait en prendre note et accepter l'idée qu'un débat sur le meilleur moyen d'améliorer la création de valeur du groupe devrait se tenir à huis clos plutôt que sur la place publique.
-Matthew Curtin, Dow Jones Newswires
(END) Dow Jones Newswires
February 18, 2008 06:45 ET (11:45 GMT)