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La machine à faire les cours s'est cassée
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Vendredi 06 Juin 2008 à 16:45
Les boursiers sont confrontés à des situations inédites, en particulier à la persistance du choc pétrolier et à l'effet boomerang de la mondialisation. Ils croient toujours à la toute-puissance des banques centrales.
(La Vie Financière) - «Plus noir, c'est difficile, même votre photo tire au noir », pestait un lecteur lundi à propos de nos éditoriaux. Nous étions pourtant un ton au-dessous de la réalité la semaine dernière ! Nous écrivions en effet que la flambée du pétrole prenait le relais de la crise bancaire, « qui a un peu perdu de sa virulence ». Quelques jours plus tard, les difficultés de la banque britannique Bradford & Bingley et de l'américain Lehman Brothers ont rouvert la plaie. Précision utile : nous ne sommes pas noirs à propos des marchés au point de redouter une nouvelle forte correction. Le scénario le plus probable serait celui d'une Bourse stagnante, voire légèrement déclinante durant au moins un an, ce qui ouvre un bel espace d'intervention aux investisseurs pour le moyen ou le long terme, mais un terrain périlleux pour les apprentis spéculateurs. C'est la conclusion de notre analyse lucide du contexte économique, épurée des considérations idéologiques, commerciales ou passionnelles. Gare en effet aux illusions de toutes sortes, en particulier à la toute-puissance supposée des banques centrales, et de la première d'entre elles, la Réserve fédérale. Le mode d'emploi de ces machines à faire les cours est on ne peut plus simple. Il suffit de baisser les taux d'intérêt pour accélérer la croissance économique et, inversement, de relever les taux pour la freiner et prévenir ainsi les risques d'emballement et d'inflation. Bref, la croissance est assurée.

Trop beau pour être vrai ! Et pourtant, depuis des années, les milieux financiers n'ont pas vu l'inflation se déchaîner, à rebours des opinions publiques, accusées d'en avoir une « perception » déformée. C'est que les financiers ont omis d'inclure dans leurs sacro-saintes statistiques la flambée de la valeur des actifs, principalement celle des actions et de l'immobilier, dont ils sont pourtant les acteurs.

Des réveils bientôt difficiles

Ils ont poussé le bouchon encore plus loin, se prêtant à une autre omission. Pour eux, il n'y a d'inflation que sous-jacente, par opposition à l'inflation dite « apparente », c'est-à-dire celle qui touche les prix de l'énergie et des produits frais, jugés trop volatils à court terme et donc non significatifs. Tant que les matières premières étaient sous contrôle, ce qui a duré des décennies, cette vision des choses était recevable. Mais avec l'explosion du cours du pétrole et des matières premières, et alors que leur hausse semble durable, les financiers viennent brutalement de prendre conscience de la possible existence de l'inflation.

Ils risquent d'avoir à nouveau un train de retard, car les prix des actifs ont commencé à baisser, en particulier ceux des actions et de l'immobilier. Surtout aux Etats-Unis, où, contrairement à ce qui s'est passé lors du précédent choc pétrolier, les salaires ne sont pas orientés à la hausse. Le risque est donc grand d'entrer dans une période de faible croissance et de baisse des prix, comme au Japon, où la banque centrale se distingue par son impuissance.

Jean-Jacques Avédissian


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