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| La crise met le Kremlin en position de force face aux oligarques | |||
| Lundi 13 Octobre 2008 à 23:33 Catégorie : Point de Marché | |||
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par Guy Faulconbridge MOSCOU (Reuters) - La crise financière mondiale est en passe d'entraîner une vaste redistribution de richesses en Russie, où certains oligarques ont beaucoup à perdre alors que d'autres en bénéficieront et que l'Etat déterminera dans une certaine mesure qui est appelé à surnager. Les oligarques qui ont beaucoup emprunté en période favorable pour développer leurs empires sont très fragilisés par la chute de leurs entreprises en Bourse. L'une des victimes de cette situation est Oleg Deripaska, 40 ans, que la revue Forbes présentait en mai comme l'homme le plus riche de Russie du fait de l'étendue de ses prises de participation. Il a promptement vendu ses parts dans deux entreprises étrangères pour se procurer des liquidités. Parmi les bénéficiaires de ce contexte figure Mikhaïl Prokhrov. Après avoir amassé près de 10 milliards de dollars en vendant des actifs avant la crise, ce magnat de la métallurgie âgé de 43 ans prend aujourd'hui des participations à bon compte, par exemple dans la banque d'investissement Renaissance Capital. Mais l'un des plus gros gagnants sera sans doute l'Etat. Le président Dmitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine piloteront les délibérations visant à décider qui aura droit aux fonds de secours puisés dans les coffres pleins à ras bord de l'Etat. Les oligarques forment déjà une file d'attente. TEST POLITIQUE "Une énorme bataille politique va se jouer pour déterminer qui sera renfloué au moyen des réserves gouvernementales", déclare Peter Boone, de la London School of Economics and Political Science. "Le gouvernement décidera qui doit survivre ou non, car tous les oligarques ont emprunté. (...) Cela pourrait devenir violent, c'est un test majeur pour la solidité du système politique russe." La crise financière a entamé la confiance des investisseurs en Russie, où la crainte d'ingérences gouvernementales dans l'économie et les inquiétudes suscitées par le récent conflit armé de Moscou avec la Géorgie ont provoqué le retrait de dizaines de milliards de dollars. Beaucoup d'hommes d'affaires parmi les plus riches du pays sont dans la quasi-impossibilité de refinancer leurs emprunts. Certains, ayant garanti leurs emprunts au moyen d'actions de leurs entreprises, doivent lever des fonds du fait que les marchés d'actions ont chuté de plus de 60% depuis mai et que les banques exigent des assurances supplémentaires pour garantir les prêts. Oleg Deripaska a vendu une participation de 9,9% dans le géant allemand du bâtiment Hochtief et a rendu à des créanciers une participation de 1,4 milliard de dollars dans l'équipementier automobile canadien Magna. Le fleuron de Deripaska est une participation de 66% dans le plus grand producteur mondial d'aluminium, United Company RUSAL. Mais RUSAL est endetté à hauteur de 14 milliards de dollars, dont 4,5 milliards de dollars d'emprunts contractés auprès de banques occidentales pour financer une prise de participation dans la firme concurrente Norilsk Nickel. "Deux ou trois oligarques sortiront grands vainqueurs de tout cela et deux ou trois autres seront les grands perdants", commente un investisseur qui opère en Russie depuis une dizaine d'années et souhaite conserver l'anonymat. "Les autres survivront probablement grâce à la très haute qualité de leurs actifs réels", ajoute-t-il. ARBITRAGE DU KREMLIN Dans un monde où l'argent liquide est roi, l'Etat russe - qui détient les troisièmes réserves de devises étrangères et de réserves d'or mondiales après celles de la Chine et du Japon - pèse beaucoup plus lourd que tous les oligarques réunis. Du fait de l'importance des actifs détenus par les principaux hommes d'affaires russes, le Kremlin devra intervenir pour empêcher un effondrement et veiller à ce que ces actifs ne tombent pas dans des mains étrangères, notent des investisseurs. L'Etat a promis de débloquer 50 milliards de dollars pour refinancer des remboursements de prêts contractés par des entreprises privées russes auprès de banques étrangères, renforçant ainsi son emprise sur les oligarques. Les firmes russes doivent rembourser 120 milliards de dettes avant la fin 2009, et 40 milliards de dollars dès la fin de l'année en cours. La situation actuelle est l'inverse de celle qui prévalait dans les années 1990, période où un Etat au bord de la faillite implorait les oligarques de lui accorder des prêts contre la garantie de participations décisives dans des sociétés actives dans des secteurs très rentables. L'Etat n'ayant pu rembourser les emprunts, les oligarques avaient pris le contrôle de ces sociétés. "Cette fois, les oligarques à court de liquidités demandent à l'Etat, qui en regorge, de les renflouer. Et nul ne doit se faire d'illusions, la lutte pour faire partie de la nouvelle élite sera rude", écrit Ivan Ivantchenko, analyste chez VTP Capital à Moscou, dans une note de recherche. Version française Philippe Bas-Rabérin |
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