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"L'intervention des activistes profite à tous les actionnaires" - Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam)
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Mardi 05 Aout 2008 à 09:00
Le rôle de l'Adam a évolué. L'indemnisation des victimes de la Bourse est très difficile à obtenir. Mieux vaut donc prévenir, c'est pourquoi l'association agit aux côtés des activistes.
(La Vie Financière) - Le rôle de l'Adam a évolué au point que certains se demandent si vous défendez toujours l'intérêt des petits porteurs...

C. N. L'Adam, comme son nom l'indique, défend les minoritaires, c'est-à-dire les actionnaires dont l'objectif n'est pas de prendre le pouvoir, mais simplement de valoriser leur investissement. Les petits porteurs en font bien entendu partie, mais aussi tous les organismes de placements collectifs, français ou étrangers. Sans ces derniers, on n'a ni les moyens ni le poids nécessaires pour mener des actions efficaces. Cela dit, le mode d'intervention de l'association a dû évoluer. L'expérience montre que fédérer les victimes d'un sinistre pour demander réparation est une démarche souvent inefficace. La législation et la jurisprudence françaises n'encouragent pas les épargnants à mettre en cause les responsables. Qu'un actionnaire se plaigne de l'effondrement d'une action, on lui rétorque que c'est irrecevable car son préjudice est indirect. Même cas de figure s'il se plaint d'un délit d'initié : là, c'est d'abord le marché qui est lésé. En cas d'abus de bien social, le préjudice de l'actionnaire n'étant pas distinct de celui de l'entreprise, il est recalé. A supposer qu'il invoque un motif recevable, encore faut-il qu'il prouve que la faute du dirigeant est détachable de sa fonction, sinon c'est l'entreprise qui sera condamnée à payer, et donc l'actionnaire lui-même. Aussi, pour éviter l'impunité, il est souvent préférable de saisir l'Autorité des marchés financiers (AMF). C'est ce que fait généralement l'Adam.

Est-ce pour cette raison que l'on vous retrouve aux côtés des activistes ?

Effectivement. Il existe aujourd'hui des fonds dits activistes dont les responsables se sont rendu compte que, en investissant dans des sociétés mal gérées et à condition de s'impliquer, ils peuvent obtenir de bien meilleures performances. Et les actions menées pour changer la gouvernance et améliorer la gestion - y compris en assumant la responsabilité d'entrer dans les conseils d'administration - profitent à tous les actionnaires. C'est pourquoi l'Adam agit souvent à leurs côtés, mais en prenant garde de ne pas soutenir des prises de contrôle rampantes.

Pourquoi siéger au conseil d'Atos Origin et d'Eurotunnel ?

Il n'y a pas assez d'actionnaires ou de gens qui les représentent et les défendent dans les conseils. Un administrateur doit surveiller la gestion de la société par les dirigeants. Quand il est choisi par le dirigeant lui-même, comme c'est souvent le cas en France, il a du mal à remplir cette mission. De ce fait, la véritable indépendance d'un administrateur est celle dont il fait preuve par rapport aux dirigeants et non par rapport aux actionnaires, n'hésitant pas à s'opposer aux premiers quand il le juge nécessaire. Tout le contraire d'un courtisan.

Quelle a été, selon vous, l'avancée la plus significative dans le domaine de la défense des minoritaires ces dernières années ?

Dans un domaine bien particulier - celui de l'action de concert -, je citerai l'arrêt du 2 avril 2008 de la cour d'appel de Paris validant une décision de l'AMF aux termes de laquelle un actionnaire (en l'occurrence Sacyr) a été réputé agir de concert avec d'autres à partir d'indices. L'Adam est intervenue aux côtés de l'AMF, car il était très important pour les minoritaires de faire évoluer la question de la preuve en matière d'action de concert. Voilà qui est fait. Cette avancée est malheureusement restée sans suite car, après avoir vendu sa participation à des actionnaires « agréés » par Eiffage, Sacyr a été dispensé par l'AMF de déposer une offre. Décision que l'Adam a immédiatement attaquée devant la cour d'appel.

Quelles leçons peut-on tirer de la crise financière ?

Ce qui s'est passé pour les fonds monétaires d'Oddo, mais aussi pour les Sicav actions dans beaucoup d'autres maisons, montre qu'il faut réformer la réglementation des OPCVM. S'agissant des placements monétaires, ce qui est primordial pour l'épargnant, c'est de pouvoir sortir à tout moment : on doit donc s'intéresser à la liquidité tout autant qu'à la solvabilité. Il faut aussi que les fonds sans risque ou à risque minimal soient clairement distingués des autres et, enfin, il faut être très sévère avec les vendeurs ou conseillers qui ne délivrent pas la bonne information. Pour les OPCVM actions, on pourrait au contraire envisager de restreindre ou d'organiser la liquidité. Cela éviterait, en cas de crise boursière, que l'afflux de rachats ne contraigne les Sicav actions à liquider des positions à perte. Cela éviterait aussi à des sociétés dont les fondamentaux sont bons, mais dont les cours s'effondrent sous l'effet de ventes massives des OPCVM, d'être exposées à des risques d'OPA à vil prix.

Propos recueillis par Marie-Jeanne Pasquette
Interview parue dans la Vie Financière n°3295
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