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| "L’année 2009 va être particulièrement terrible" - Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de haute finance (IFI) et professeur à Paris-X | |
| Mardi 23 Septembre 2008 à 09:26 Catégorie : Interview du Jour | |
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(La Vie Financière) - La décision des autorités publiques américaines de ne pas soutenir Lehman Brothers vous a-t-elle surpris ?
Ma première surprise fut la semaine dernière quand le gouvernement américain, après avoir accordé une première ligne de crédit à Bear Stearns, est une nouvelle fois venu à la rescousse des deux géants du prêts hypothécaires, Fannie Mac et Freddie Mae. Une troisième opération de ce type me paraissait peu probable à la fois pour des raisons idéologiques, avec une pression importante de la part de l’aile la plus conservatrice du parti Républicain, mais aussi pour des raisons budgétaires. A moins de relever les impôts, ce qui apparaîtrait comme une démarche suicidaire en période électorale, le déficit public américain ne permet pas de renflouer l’ensemble des établissements financiers défaillants. Quelles sont les conséquences prévisibles de cette décision ? Personne n’est capable de le dire aujourd’hui. On est incapable de mesurer les implications de cette faillite. Des conséquences non maîtrisées, imprévisibles, ne sont pas à exclure. Le principal risque tournant autour des dérivés de crédits. Qu’est ce que vont devenir les contreparties à des titres CDS, ces produits dérivés, défaillants. Il n’y a plus de contrepartie puisque la banque a été mise en faillite. Donc on peut assister à des réactions en chaîne sur des montants importants d’actifs qui sont complètement dévalorisés. L’exposition au risque de certains établissements peut être exponentielle. Peut-on craindre la faillite d’autres établissements financiers ? Oui, bien évidemment. Il y en a déjà deux qui sont en très mauvaise posture et qui pourraient se retrouver en situation délicate rapidement à savoir l’assureur AIG et Washington Mutuel. Le sauvetage par le Trésor public américain de Fannie Mac et Freddie Mae leur a évité la faillite, mais il ne garantit pas les contreparties qui sont exposées à leurs dérivés. Craignez-vous un tsunami financier ? Ce n’est pas une vague qui approche. Elle se propage déjà depuis un moment. Elle ne fait que continuer. On assiste progressivement à la contamination de l’économie réelle. D’autres obligations que celles du marché des dérivés pourraient être touchées. Une grande crainte est la faillite de General Motor. C’est un scénario probable. Les conséquences seraient énormes. Quand Alan Greenspan dit « je n’ai jamais rien vu de pareil », il pense à cela. Doit-on redouter la faillite d’établissements bancaires en France ou en Europe ? En France, non. Mais certaines banques peuvent être fragilisées. Je pense notamment à Natixis. Si le titre continuait à être maltraité en Bourse, elle ne serait pas dans la mesure de lever des capitaux sur le marché. Le comble serait qu’elle soit obligée de faire appel à la CDC pour se refinancer, les Caisses d’Epargne étant incapable de le faire. Il n’est pas impossible d’envisager un retrait de la cote, ce qui conduirait à une quasi-nationalisation. Dans d’autres pays européens, notamment l’Espagne, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, il pourrait y avoir de vives pressions exercées sur certains établissements. Un crédit crunch est-il à craindre ? Pour le moment, non. Mais nous assistons à une réduction drastique de la distribution de crédit, que ce soit aux particuliers ou aux entreprises. Cela se traduit par le ralentissement économique que l’on observe actuellement. Quelles précautions doivent prendre les épargnants ? Il faut bien évidemment demeurer extrêmement prudent à l’égard du marché action, qui va rester baissier à moyen et long terme, hormis quelques valeurs contra cycliques. Pour le reste, les épargnants doivent être vigilants. Ils faut regarder attentivement la composition des produits financiers concernés et les instruments de couverture qui y sont associés. Les produits obligataires ne sont pas à l’abri de la crise. Les seuls recours peu risqués actuellement sont les métaux précieux et aurifères. Combien de temps cette crise peut-elle durer ? L’année 2009 va être particulièrement terrible. S’en suivra une longue période de difficultés à la croissance molle. La stabilisation ne viendra pas avant la fin de l’année 2010, d’autant que nous sommes en période électorale aux Etats-Unis. Il faudra bien attendre une dizaine de mois avant d’avoir une nouvelle administration en ordre de marche. Propos recueillis par Michel Blanchot Pour retrouver l'avis de Christian de Boissieu, président du conseil d'analyse économique cliquez ici |
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