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| "L'Arabie saoudite ne veut pas d'un pétrole à 140 dollars" - Tim Guinness, président de Guinness Asset Management* | |
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Lundi 18 Aout 2008 à 09:13
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Interview du Jour
C'est l'un des meilleurs gérants de sa catégorie. Selon Tim Guinness, le pétrole pourrait redescendre vers 100, voire 80 dollars, d'ici deux mois. En tout cas de façon ponctuelle.
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(La Vie Financière) - Le pétrole a atteint un sommet à 140 dollars le baril le 27 juin : était-ce une aberration ?
Rien ne justifie aujourd'hui un tel prix, bien qu'il ne faille jamais perdre de vue que cette matière première est très sensible aux évolutions géopolitiques. Où en sont l'offre et la demande ? D'après l'AIE (Agence internationale de l'énergie), la demande américaine devrait reculer de 290 000 barils par jour en 2008 et la demande mondiale ne devrait croître que de 230 000 barils par jour, contre une prévision de 800 000 barils. La demande est élastique et diminue avec la hausse des prix et les difficultés économiques dans certaines régions. Il est logique de penser qu'un quasi-triplement du prix du baril, de 25 à 70 dollars a eu un effet moins négatif qu'un doublement de 70 à 140 dollars. Le gouvernement chinois a annoncé le 19 juin une hausse des prix domestiques de 17 %, et l'Inde, l'Indonésie et la Malaisie ont déclaré qu'elles pourraient réduire également leurs subventions. Les prix artificiellement bas entretenus par certains gouvernements pour des raisons politiques ont fortement contribué à une utilisation trop laxiste de cette denrée précieuse. Les stocks de l'OCDE représentent 52,7 jours de consommation, ce qui est en ligne avec la moyenne des dix dernières années. Mais où en est l'offre à court terme ? Pas de grosses inquiétudes en ce qui concerne l'offre à court terme : la production iraquienne a augmenté de 400 000 barils par jour par rapport à l'an dernier, et celle de l'Angola de 300 000. La très faible augmentation de la production des pays non membres de l'Opep est plutôt due au retard dans le développement de nouveaux champs qu'à une accélération non anticipée du déclin de certains puits. Mais le facteur le plus important me semble être que l'Arabie saoudite ne veut pas d'un pétrole à 140 dollars, car cela risquerait de déclencher une récession mondiale. Ce pays a d'ailleurs promis une augmentation de sa production de 200 000 barils par jour, pour atteindre 9,7 millions. En revanche, le royaume n'aimerait pas que l'or noir descende au-dessous de 70-80 dollars. L'Opep devrait augmenter sa production de 4 millions de barils par jour en 2009 et 2010. Et ses livraisons de gaz naturel liquide pourraient passer de 5,1 millions de barils par jour à 7,1 millions en 2012. Jusqu'où peut aller la correction actuelle ? Je n'oserais pas spéculer sur une baisse du pétrole en deçà de 110 dollars, même s'il me semble probable que l'or noir puisse atteindre 100, voire 80 dollars d'ici deux mois. Historiquement, le pétrole a souvent connu des dépréciations sévères mais courtes. Faut-il vendre ses valeurs pétrolières ? Curieusement, celles-ci se sont déjà fortement affaiblies. D'après mes modèles, leurs valorisations sont raisonnables, puisqu'elles anticipent un prix du baril compris entre 58 et 69 dollars. Et pourquoi seraient-elles moins chères que les autres actions américaines ? Votre fonds est investi à 47 % dans les grands groupes intégrés... J'aime ce secteur parce qu'il est particulièrement bon marché. Et le retour sur investissement s'améliore. J'ai trois valeurs favorites. La croissance de la production de Conoco Phillips (COP-83 dollars) est faible (1 à 2 % par an), mais la compagnie achète ses propres titres, la production devrait augmenter de 7 % par an et le PER se situe entre 8 et 9 fois. Marathon Oil Group (MRO-43 dollars) est à retenir pour ses succès d'exploration passés et ses perspectives de croissance de production comprises entre 5 et 8 %. Enfin, Petro-Canada (PCZ-48 dollars) se vend à des multiples comparables à ceux de Chevron et de Total, mais cette société a également d'immenses perspectives dans les sables bitumineux qui ne sont pas prises en compte. Et Total ? J'ai toujours ce groupe de qualité en portefeuille car il est encore très bon marché. Avez-vous d'autres idées ? Je continue d'apprécier Petrobras (PBR-54 dollars), qui est ma seule grande valeur des pays émergents, pour son extraordinaire potentiel de croissance à long terme (7 % par an). Au Brésil, les récentes découvertes offshore de Tupi, Jupiter et Carioca devraient permettre à long terme à cette valeur de s'apprécier fortement. Mais, aujourd'hui, cette action de qualité est plus chère (PER de 15). L'exploration gazière aux Etats-Unis connaît un boom sans précédent et Patterson-UTI Energy (PTEN-29,70 dollars) me semble particulièrement bien située sur ce secteur. Pour les valeurs plus spéculatives, j'ai investi sur Addax Petroleum (AXC-21 livres), dont l'évaluation tient compte de la production actuelle mais pas du potentiel de croissance sur l'offshore d'Afrique de l'Ouest et au Kurdistan Propos recueillis par Claude Bejet Interview parue dans la Vie Financière n° 3297 * Une lettre mensuelle sur le pétrole qui fait autorité est disponible sur le site www.guinnessfunds.com |
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