(La Vie Financière) -
Vos trois domaines thérapeutiques sont-ils toujours la clé de voûte de votre stratégie ?
J.-L. B. L'une des forces d'Ipsen, c'est la constance dans l'exécution de sa stratégie. Nous sommes focalisés sur plusieurs plates-formes technologiques : l'ingénierie des peptides et des protéines ainsi que la galénique de pointe. Deux de nos produits, qui utilisent ces
technologies, sont leaders sur leur marché : Somatuline Autogel (traitement de l'acromégalie) et Décapeptyl (anticancéreux). Nous sommes également spécialisés dans trois domaines ciblés : l'oncologie, l'endocrinologie (dysfonctionnements hypophysaires) et les désordres neuromusculaires. Nous y investissons une part importante de notre budget recherche-développement, près de 21 % de notre chiffre d'affaires (à comparer à 14-15 % pour l'ensemble de l'industrie). Quant à l'activité historique de médecine générale, elle est génératrice de cash-flow, tandis que son poids relatif dans le chiffre d'affaires se réduit.
Quels seront vos prochains lancements ?
Nous avons pris, l'an dernier, une participation de 25 % (qui pourrait être portée à 40 % après conversion d'obligations et exercice de warrants) dans le capital de l'entreprise de
biotechnologie californienne Tercica. Nous utilisons cette société comme véhicule de commercialisation sur le marché américain pour notre médicament Somatuline Autogel. Nous avons d'ailleurs obtenu une licence de la part de Tercica pour commercialiser dans le reste du monde son IGF-1, Increlex, traitement de certains troubles de la croissance. Le lancement est en cours en Grande-Bretagne et en Allemagne. En outre, nous avons obtenu en août 2007 l'approbation par la FDA (Food and Drug Administration) pour Somatuline Autogel aux Etats-Unis. Notre partenaire Tercica l'a déjà lancé au Canada et en commence la commercialisation aux Etats-Unis dans de bonnes conditions. Tercica prévoit plus de 200 millions de dollars pour les ventes conjointes de Somatuline et d'Increlex, à l'horizon 2011.
La mise sur le marché du Dysport est-elle un succès ?
La commercialisation de ce produit dans ses indications de médecine esthétique va être assurée par nos deux partenaires, Medicis aux Etats-Unis (sous le nom de Reloxin) et Galderma, notamment en Europe. La médecine esthétique ne fait pas partie de nos métiers, mais ce même produit, le Dysport, utilisé comme traitement des dystonies cervicales, est au coeur de notre stratégie. Nous le commercialisons d'ores et déjà dans le monde entier (hors Etats-Unis et Japon) et il enregistre une croissance à deux chiffres. Nous avons déposé en décembre un dossier aux Etats-Unis pour cette indication thérapeutique.
Comptez-vous vous désengager de la médecine générale ?
Depuis le 1er janvier, les veinotoniques ne sont plus remboursés en France. C'est pourquoi nous avons vendu en août nos droits sur Ginkor Fort. En revanche, nous développons nos autres médicaments de médecine générale, en gastroentérologie et dans le domaine cognitif (une importante étude est en cours avec Tanakan dans le domaine de la prévention secondaire de la maladie d'Alzheimer). Alors que l'expansion de cette activité de médecine générale reste modérée, les produits de spécialité et l'international connaissent une croissance à deux chiffres.
Comment se présente 2008 ?
L'environnement mondial de l'industrie pharmaceutique restera tendu. D'une part, les prix baissent partout dans le monde, d'où la nécessité d'innover, et d'autre part, sur le plan réglementaire, les exigences des autorités vont croissant. Dans ce contexte, cependant, Ipsen devrait pouvoir bénéficier d'un important flux d'annonces.
Ainsi, les résultats de phase II de notre antidiabétique, un peptide à libération prolongée codéveloppé avec Roche, devraient être dévoilés prochainement. Nous attendons aussi l'avis des autorités européennes sur le produit de rhumatologie Febuxostat, issu du partenariat avec le groupe japonais Teijin. Enfin, nous espérons lancer Reloxin/Dysport en 2008 ou en 2009 aux Etats-Unis. Sans compter les annonces sur l'avancement de notre portefeuille en développement, qui compte aujourd'hui vingt et un projets.
Propos recueillis par Christine Colmont