(La Vie Financière) - Dans des conditions de marché difficiles, vous avez préféré réduire votre levée de fonds plutôt que de reporter votre introduction en Bourse. Pourquoi ?
Tout d’abord, nul ne peut réellement parier sur le moment où les conditions de marché redeviendront plus favorables qu’actuellement. Ensuite, lors de nos discussions avec les investisseurs, ceux-ci nous ont fait remarquer que nos principaux besoins de financement interviendraient seulement à la mi-2009. D’où l’idée de réduire le nombre de titres proposés au marché, mais d’assortir ces actions de bons de souscription exerçables jusqu’au 20 juin 2009.
Combien l’introduction en Bourse vous a-t-elle permis de lever ?
Nous avons levé 6,2 millions d’euros, qui viennent s’ajouter aux 5,3 millions d’euros dont nous disposions à fin juin 2007. Et, chaque BSA permettant de souscrire à trois actions au prix de 10,50 euros, la levée de fonds correspondante représente potentiellement 22,3 millions d’euros supplémentaires d’ici à 2009.
En quoi l'année 2009 sera-t-elle cruciale dans votre développement ?
Nous avons racheté en 2005 les droits de l’inécalcitol, une molécule synthétique dérivée de la vitamine D sur laquelle nous travaillons pour développer un médicament améliorant la survie des patients atteints du cancer de la prostate. Cette maladie a représenté 620 000 nouveaux cas au niveau mondial en 2006 et augmente en corrélation avec l’espérance de vie. L’année 2009 marquera le début de la phase 3, qui incluera un millier de patients à traiter pendant environ deux ans.
A quelle échéance ce médicament est-il susceptible d’être commercialisé et quel est le potentiel de ce marché ?
Etant donnée la durée de l’étude nécessaire, la commercialisation pourrait se situer en 2012 ou 2013. Nous évaluons le potentiel de ce marché à environ 500 millions d’euros de vente maximale annuelle en ce qui concerne le cancer de la prostate, sur lequel nous sommes focalisés. Mais nous allons aussi chercher des partenaires capables d’exploiter cette molécule sous licence pour d’autres applications, comme le traitement du psoriasis ou l’hyperparathyroïdisme (une conséquence de l’insuffisante rénale).
Vous avez aussi une activité de services. Que représente-t-elle dans votre chiffre d’affaires ?
Pour l’instant, nos seuls revenus dans l’activité pharmaceutique proviennent d’un contrat de recherche avec les laboratoires Servier. Notre activité de services est donc largement prépondérante. Elle a représenté 65 % de nos revenus en 2006 et connaît une forte croissance (+41 % au premier semestre). Nous avons développé une plateforme qui nous permet, grâce à un processus entièrement automatisé, de proposer à nos clients des études sur les interactions entre protéines. Le complément de revenus aux activités Pharma et Services provient de l’hébergement de trois autres sociétés de biotechnologies.
Quel est le potentiel de développement d’Hybrigenics Services ?
Il est important. Ainsi, nous comptions 450 clients dans cette activité au moment de boucler notre dossier d’introduction en Bourse et nous en sommes déjà à 500 en cette fin d’année. Pour l’heure, les Etats-Unis ne représentent que 20 % du chiffre d’affaires, mais nous espérons porter cette proportion à 40 % d’ici deux ans. Pour ce faire, nous étudions actuellement l’implantation d’un bureau sur la côte est des Etats-Unis, soit à Boston, où sont concentrées les sociétés de biotechnologies, soit dans le New jersey, siège de nombreuses entreprises pharmaceutiques, soit entre les deux, ce qui ferait de New-York un bon compromis.
Dans cette activité de services, nous réalisons des marges comprises entre 10 et 20 %. Notre objectif premier est plutôt d’augmenter les volumes que d’améliorer cette rentabilité. En permettant d’amortir nos coûts fixes, la vente de services nous permet d’équilibrer notre modèle économique. En attendant la commercialisation de notre molécule…
Propos recueillis par Emmanuel Schafroth