(La Vie Financière) -
L'éventail des métiers de Hiolle Industries semble très étendu. Quels sont-ils exactement ?
A l'origine, le groupe s'est construit sur la base de métiers très concrets : la chaudronnerie, la tuyauterie, l'hydraulique, la construction métallique, etc. Ces compétences sont destinées à deux grands marchés : la production d'équipements et de services pour les secteurs de l'environnement et de l'énergie, d'une part (30 % du chiffre d'affaires), et de l'industrie, d'autre part (70 %). Sur les marchés de l'environnement et de l'énergie, nous sommes présents dans la conception et la réalisation de lignes de dépollution d'
automobiles, de systèmes de traitement des fumées pour les usines d'incinération, dans l'ingénierie des systèmes de traitement des eaux usées et des boues, la conception et l'installation d'usines de production électrique à base de biomasse (bois, déchets ménagers, etc.). Nous venons également, en 2007, de lancer deux activités qui représentaient déjà près de 7 % des facturations du groupe au premier semestre 2008 : la conception, l'installation, voire l'exploitation de centrales photovoltaïques, et l'installation et la maintenance de turbines de production d'électricité.
Sur les marchés des équipements et services destinés à l'industrie, nos principales activités sont les services d'usinage à façon de pièces en petites et moyennes séries, la remise en condition d'équipements de production, la vente et la location de matériels de coffrage, d'étaiement et de sécurité, mais aussi les transferts industriels (démontage et remontage d'outils de production) et la maintenance et la remise en condition d'équipements ferroviaires (près de 20 % des facturations).
Le solaire photovoltaïque, activité lancée en 2007 au travers de Hiolle Energies, semble prometteur. Quelles sont ses perspectives ?
La plupart de nos métiers connaîtront certes une belle croissance au cours des dix prochaines années, mais le photovoltaïque apparaît clairement comme l'une des locomotives du groupe. Pour dynamiser notre développement, nous avons d'ailleurs accueilli Finersol (groupe Gaz de France) dans le capital de Hiolle Energies à hauteur de 30 %. Concrètement, notre prestation consiste en la vente, l'installation et l'intégration de centrales électriques photovoltaïques, en toiture ou au sol, pour des clients industriels ou institutionnels. En outre, notre offre se décline selon deux modalités : la vente clés en main de la centrale - dans ce cas le client l'exploite et vend son électricité Ã
EDF - ou la location de la toiture du client et l'exploitation par Hiolle Energies de la centrale, notre filiale se positionnant alors en investisseur propriétaire de la centrale et producteur d'électricité.
Quelles sont les perspectives de rentabilité dans le photovoltaïque ?
Pour le propriétaire de la centrale (le client ou Hiolle Energies), cela dépend des conditions d'ensoleillement. Afin d'acquérir une expérience très concrète de la prestation que nous proposons, nous avons investi sur nos propres toitures, à Valenciennes (Nord), dans la construction d'une centrale photovoltaïque de 10 000 mètres carrés, d'une puissance nominale de 1,2 mégawatt. Pour un investissement de 6 millions d'euros réalisé par Hiolle Energies, le chiffre d'affaires électrique s'élèvera à 0,54 million. Dans le sud de la France, le chiffre d'affaires serait 30 % plus élevé. Pour Hiolle Industries, qui intervient en tant que prestataire installateur pour Hiolle Energies, les facturations représenteront environ 25 % du coût global d'une centrale. Et la marge d'exploitation dégagée sur ces prestations sera de l'ordre de 15 %.
On peut donc dire que chaque million d'euros d'installation photovoltaïque facturé induit pour nos filiales un supplément de 37 500 euros de résultat brut d'exploitation, auxquels viendront s'ajouter les résultats apportés par les centrales dont Hiolle Energies sera propriétaire. Actuellement, nous avons fait des propositions à des prospects pour des centrales photovoltaïques représentant une surface globale de 200 000 mètres carrés, soit potentiellement plus de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires. Et notamment, un projet en Corse en partenariat avec des collectivités locales pour une soixantaine de millions, qui pourrait aboutir d'ici au début de l'année prochaine.
Comment comptez-vous financer les investissements de Hiolle Energies ?
Le métier n'est capitalistique que lorsque nous nous positionnons en tant qu'investisseur. Pour faire face aux besoins de capitaux, au-delà de la trésorerie dont nous disposons encore (7 millions d'euros, nets de dettes, au 30 juin), nous travaillons actuellement sur une émission, au niveau de Hiolle Industries, d'obligations à bons de souscription d'actions, pour 20 à 30 millions d'euros. En 2009 probablement, nous envisageons d'introduire Hiolle Energies en Bourse, et de lever à cette occasion des capitaux.
L'activité turbines semble également prometteuse...
L'installation et la maintenance des turbines de production électrique est un autre axe de développement fort du groupe. Nous sommes en train de terminer l'installation de la ligne d'arbre (Ndlr : le process de production de l'électricité) de la centrale électrique de
Poweo à Pont-sur-Sambre, dans le Nord (contrat de 2,5 millions d'euros). A part les constructeurs de turbines, et
Alstom en particulier en France, nous sommes à notre connaissance la seule société française à disposer de ce savoir-faire. Ce qui nous donne accès à un marché mondial qui va exploser au cours des prochaines années, du fait des importants besoins en énergie. Sans compter la maintenance des centrales déjà en fonctionnement en Occident !
A quel stade d'avancement en sont les contrats (64 millions d'euros l'unité) de construction d'usines de biométhanisation en Azerbaïdjan et en Ukraine ?
Le contrat avec l'Azerbaïdjan est prêt. L'Etat et les collectivités locales ont donné leur accord. Le client privé local a obtenu toutes les autorisations nécessaires. Les financements sont également montés par une grande banque française. Nous n'attendons plus que les garanties commerciales classiques entre Etats. Nous espérons un démarrage des travaux pour début 2009. Quant à l'Ukraine, le contrat est lui aussi quasi finalisé, mais nous ne pourrons pas engager les chantiers des deux projets en même temps, nos équipes n'étant pas en mesure, en l'état actuel, d'être davantage sollicitées.
Et les projets de transfert de centrales électriques thermiques en Afrique australe pour le compte d'un groupe britannique, ou d'une sucrerie entre l'Espagne et l'Egypte ?
Les discussions se poursuivent. Nous avons déjà perçu trois acomptes de 100 000 euros de la part de notre client britannique. Mais l'ampleur du projet est tellement importante, ainsi que notre seul contrat (150 millions d'euros), que ces négociations prennent nécessairement du temps. Nous restons optimistes mais rien ne sera achevé cette année. En revanche, le contrat de transfert (15 millions) d'une sucrerie d'Espagne en Egypte devrait être conclu en septembre, et les travaux pourraient débuter en octobre. Nous sommes confiants.
Avez-vous d'autres projets en cours ?
Nous sommes en pourpalers pour le projet de construction d'une partie d'une usine de production électrique à base de biomasse et d'un site de traitement des boues. Deux contrats pour lesquels les négociations pourraient aboutir au cours des prochains mois (25 millions de facturations potentielles).
Vous procédez régulièrement à des acquisitions. Après Graff et Mecatel au premier semestre, étudiez-vous de nouveaux dossiers ?
Nous regardons effectivement d'autres dossiers. Nous sommes particulièrement satisfaits de l'entrée dans le groupe de Graff (construction métallique complexe) et de Mecatel (ingénierie industrielle), qui travaillent en grande partie pour le marché de l'environnement, et avec qui de nombreuses synergies ont déjà été développées.
Comment se profile 2008 ?
Très bien. Nous confirmons l'objectif d'un chiffre d'affaires minimal de 110 millions d'euros, et d'un résultat net part du groupe entre 5 et 7 %.
Propos recueillis par Christophe Descamps
Interview parue dans la Vie Financière n°3299