(La Vie Financière) - Rien ne me prédestinait à la Bourse... Etudiant, je voulais devenir diplomate. Après une école de commerce, j'ai fait Sciences-Po et, en février 1996, juste avant de finir ce cursus, j'ai créé Hi-Media avec deux associés. Nous voulions commercialiser de la publicité sur CD-ROM auprès d'éditeurs comme Montparnasse Multimédia, mais les annonceurs n'ont pas suivi.
Dès 1997, nous nous attaquons à la publicité sur le Web. Les autres activités de la société (presse, radio) sont séparées d'
Internet en 1998, et je me retrouve à la tête de Hi-Media Multimedia. La société connaît alors une augmentation de capital à laquelle souscrit le fournisseur d'accès Infonie. L'année suivante, nouvelle levée de fonds : Dassault entre dans le capital. Début 2000, des acteurs
Internet comme Integra ou NetValue arrivent sur le marché à des prix particulièrement généreux, et Christophe Sapet, PDG d'Infonie, suggère notre entrée en Bourse. Le 7 juin 2000, le titre est introduit au nouveau marché au prix de 11 euros, soit une valorisation de 120 millions d'euros, et Hi-Media lève ainsi 20 millions. C'est le début de l'éclatement de la bulle
Internet. Fin 2000, le titre ne vaut déjà plus que 6 euros ! Pour ne rien arranger, nous perdons peu après trois clients majeurs : Caramail, racheté par Spray, Infonie, racheté par Belgacom, et
Boursorama, racheté par Fimatex. En six mois, 40 % de notre activité se sont envolés en fumée ! Notre chiffre d'affaires, de 18,7 millions d'euros en 2001, passe à 9,5 millions en 2002 et nous sommes contraints de diviser nos effectifs par 4. Cette année-là , je me rappelle avoir tenu la réunion de présentation des comptes semestriels devant... trois personnes. Sans être convaincu qu'il y en aurait une suivante ! A cette époque, les investisseurs ne veulent plus de nous, et le cours tombe jusqu'à 16 centimes.
Sauvés par la Bourse !
Mais notre principal souci était ailleurs : survivre ! Etre une société cotée nous a sans doute sauvés. Cela nous a permis, début 2003, de racheter par échange de titres la société Mobiquid (logos et sonneries pour téléphone) dont la trésorerie - environ 1,5 million d'euros - nous a permis de franchir ce cap difficile. Et nous avons ainsi constitué le socle de notre activité de micropaiement. Dès 2003, nous avons eu des motifs raisonnables d'espérer, et 2004 a marqué le retour à la rentabilité.
De cette crise nous avons appris qu'il nous fallait élargir notre clientèle et avoir un modèle qui ne repose pas que sur la publicité. D'où une industrialisation de notre activité de régie
Internet, qui agrège aujourd'hui l'audience de 17 000 sites, et l'accent mis sur le développement du micropaiement. Sans la Bourse, Hi-Media n'aurait pas non plus connu une telle croissance. Depuis l'introduction, sept augmentations de capital ont ramené ma participation dans le capital de 14 à moins de 2 % mais ont permis le financement de notre croissance externe. La Bourse a aussi ses défauts. Il ne suffit pas d'avoir raison sur cinq ou dix ans : il faut démontrer les résultats d'une stratégie sur des cycles plus courts. Si la Bourse demeure sceptique quant au rachat de Fotolog réalisé fin 2007, nous comptons en démontrer pleinement l'intérêt dès cette année et surtout en 2009.
Propos recueillis par Frédéric Cazenave et Emmanuel Schafroth
Article paru dans la Vie Financière n°3297