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Garde à vue prolongée pour Kerviel, polémique sur la SocGen
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Dimanche 27 Janvier 2008 à 21:49
PARIS (Reuters) - La garde à vue de Jérôme Kerviel, trader accusé par la Société générale d'une mise hors du commun de 50 milliards d'euros ayant entrainé une perte de 4,9 milliards, a été prolongée dimanche, tandis qu'enflait la controverse politique sur cette déroute, historique pour la finance mondiale.

Le jeune homme nie tout délit et déclare n'avoir fait que son travail, a dit son avocat à Reuters.

Le ministre du Budget Eric Woerth a déclaré qu'il croyait à la thèse de la banque, qui présente son employé comme le seul responsable. L'opposition socialiste est sceptique et pense que la direction de la banque est responsable.

L'enquête est "fructueuse" et Jérôme Kerviel, 31 ans, qui s'était présenté spontanément aux policiers samedi, consent à répondre aux questions, a dit le parquet.

"Il s'explique de manière très intéressante. Ça progresse bien et dans de bonnes conditions", a déclaré aux journalistes Jean-Michel Aldebert, chef de la section financière du parquet.

Lundi matin, deux options sont ouvertes, sa remise en liberté si aucune charge n'est retenue ou, plus vraisemblablement, sa présentation à un juge d'instruction. Il pourrait être mis en examen, mesure qui peut être assortie d'un placement en détention ou sous contrôle judiciaire.

UN "LYNCHAGE" SELON SON AVOCAT

Son avocat Christian Charrière-Bournazel a déclaré dimanche soir à Reuters qu'il n'avait commis aucun délit. "Il n'a commis aucune malversation, n'a pris aucun centime pour lui-même, il n'a fait que son travail en essayant de le faire bien. Personne ne l'a désavoué", a-t-il dit.

"Il prenait quelques risques mais c'est pour ça qu'il était payé. La banque a liquidé ses positions dans des conditions atroces, c'est donc elle qui est responsable de la perte de 4,9 milliards d'euros", a-t-il ajouté.

Le fait de le mettre en cause publiquement est à ses yeux "un scandale" et constitue un "lynchage".

Les positions prises par Jérôme Kerviel avaient permis au 31 décembre 2007 de faire gagner potentiellement à la Société générale 1,5 milliard d'euros, et la responsabilité de la perte incombe à la banque, selon lui.

Les policiers ont saisi des documents et des ordinateurs vendredi au domicile du trader à Neuilly (Hauts-de-Seine) et au siège de la Société générale, à La Défense.

Le parquet de Paris travaille sur la base de deux plaintes : l'une contre "X" déposée par un petit porteur de la banque, l'autre émanant de la direction de la Société générale et visant nommément Jérôme Kerviel.

La première plainte concerne les faits d'"abus de confiance, escroquerie, faux, usage de faux". La seconde a été déposée pour "faux en écritures de banque, usage de faux en écritures de banque" et intrusion informatique.

50 MILLIARDS

Dans une note explicative envoyée à la presse dimanche, la Société générale indique que c'est une mise astronomique de l'ordre de 50 milliards d'euros - soit davantage que le PIB du Maroc - sur des produits liés à des indices boursiers qui a provoqué la perte.

La banque accable son trader en expliquant qu'il a dissimulé ses actions par des opérations fictives, usurpé des codes d'accès informatiques, falsifié des documents et déjoué les contrôles par des manoeuvres.

Le député socialiste Pierre Moscovici a demandé que les protagonistes s'expliquent devant les députés.

"J'avoue ne pas tout à fait croire à la thèse de l'homme isolé, du génie méconnu qui aurait fraudé tout le monde", a-t-il sur Radio J. La responsabilité de Daniel Bouton, P-DG de la Société générale, "est engagée", dit-il.

"Dans aucun autre pays au monde, on pourrait imaginer le président d'une banque qui connaît ce genre de problème gigantesque, (...) se contenter de dire 'je donne six mois de mon salaire'", a-t-il dit.

"Je pense que la Société générale a dû faire le tour du sujet et met en cause un de ses employés à juste titre (...). Visiblement, ce trader, il est au coeur du système de fraude qu'a subi la Société générale", a au contraire déclaré le ministre du Budget Eric Moerth sur France 5.

Un rapport a été demandé par François Fillon à la ministre de l'Economie Christine Lagarde. Le président Sarkozy, en voyage en Inde samedi, a dénoncé le fonctionnement des marchés financiers. Son conseiller Henri Guaino a parlé dimanche au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI de corriger les règles du système financier, selon lui devenu "fou".

Thierry Lévêque


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