PARIS (Dow Jones)--TeliaSonera AB (TLSN.SK) a rejeté jeudi la proposition de rachat de France Télécom (FTE.FR) valorisant le groupe nordique à environ 27 milliards d'euros, qui pourrait créer le premier groupe de télécommunications paneuropéen.
Dans un communiqué, le conseil d'administration de l'opérateur de télécommunications nordique a déclaré qu'il avait décidé de ne pas soutenir l'offre, estimant qu'elle "sous-valorise sensiblement le groupe". TeliaSonera a ajouté qu'il ne ferait pas d'autre commentaire avant que la situation évolue notablement et nécessite une nouvelle annonce. Le gouvernement suédois, le plus important actionnaire de TeliaSonera avec une participation de 37,3%, a également considéré que l'offre sous-valorisait le groupe. L'Etat suédois s'est dit ouvert à d'autres offres pour l'entreprise, mais en ajoutant qu'il n'avait pour l'instant pas reçu d'autres propositions de rachat de sa participation.
Le gouvernement finlandais a pour sa part annoncé jeudi être disposé à vendre sa participation de 13,7% dans TeliaSonera.
"Nous sommes prêts à étudier les options si la situation s'y prête", a déclaré Markky Tapio,conseiller financier du gouvernement finlandais, à Dow Jones Newswires. Markky Tapio n'a cependant pas souhaité faire de commentaire sur l'offre de France Télécom.
Le prix indicatif proposé par France Télécom, de 56,225 couronnes suédoises par action, valorise TeliaSonera à environ 252 milliards de couronnes suédoises, ou 27 milliards d'euros, selon les calculs de Dow Jones Newswires.
Ce rapprochement potentiel, ainsi que la possible offre de Verizon Wireless sur Alltel Corp (AT), conduisent les opérateurs à spéculer sur une nouvelle vague d'opérations d'envergure dans le secteur, alors que les opérateurs cherchent toujours plus à gagner en taille.
L'intérêt de France Télécom pour TeliaSonera, exprimé pour la première fois en avril dernier, avait inquiété les analystes et les actionnaires, la plupart d'entre eux n'étant pas convaincus par les avantages stratégiques et les synergies potentielles mis en avant par l'opérateur historique pour justifier ce rapprochement.
"L'offre de France Télécom pour TeliaSonera est un peu trop basse et n'est pas acceptable du point de vue des actionnaires", estime l'analyste Helena Nordman-Knutson d'Ohman. "Un prix de 65 à 66 couronnes suédoises serait plus approprié, par rapport au prix de 56 couronnes actuellement proposé sur la base du cours de clôture de France Télécom", ajoute-t-elle. "Utiliser l'objectif de cours des analystes [dans la fixation du prix par France Télécom] est troublant", observe-t-elle.
Cette opération ne serait pas très avantageuse, pour aucune des deux parties, estiment pour leur part les analystes de
Citigroup dans une note de recherche. Les analystes se disent également sceptiques sur les synergies qui seraient réalisées après ce rapprochement et suggèrent que France Télécom ferait mieux d'utiliser sa trésorerie pour racheter des actions ou pour chercher à acquérir directement des opérateurs sur les marchés émergents en forte croissance.
A 14h12, le titre TeliaSonera était en hausse de 7% à 57,50 couronnes suédoises, soit au-dessus du prix proposé par France Télécom, ce qui suggère que les investisseurs tablent sur une offre améliorée.
Le président-directeur général de France Télécom,
Didier Lombard, a cependant déclaré jeudi que le groupe n'avait aucune intention de modifier son offre sur TeliaSonera, après l'annonce du rejet de sa proposition par le conseil d'administration de l'opérateur nordique.
A la même heure, le titre France Télécom était en baisse de 3,9% à 18,48 euros.
L'opérateur historique français a annoncé jeudi, avant l'ouverture de la Bourse, qu'il avait soumis à TeliaSonera une offre indicative en numéraire et en actions.
Dans un communiqué, France Télécom a affirmé qu'aucune offre publique n'avait été faite, mais qu'il avait soumis une proposition au conseil d'administration de TeliaSonera et à ses deux plus importants actionnaires.
L'opération n'est envisagée que sur une base amicale, a indiqué France Télécom.
Un rapprochement de France Télécom et TeliaSonera créerait le plus grand groupe de télécommunications en Europe en termes de chiffre d'affaires.
Le projet d'offre se compose d'une part en numéraire de 52% et d'un échange d'actions à hauteur de 48%.
France Télécom propose 3 actions nouvelles pour 11 actions existantes TeliaSonera, avec une option de paiement total en numéraire pour les 500 premières actions.
France Télécom a précisé que son offre indicative valorisait l'opérateur nordique à 63 couronnes par action sur la base d'une valeur de 24,25 euros par action France Télécom correspondant à l'objectif de cours médian actuel des analystes. Ce montant de 63 couronnes par action représente une prime de 39% par rapport au cours de clôture de TeliaSonera le 15 avril.
L'offre valorise en revanche TeliaSonera 56,2 couronnes par action sur la base de la clôture du titre France Télécom le 4 juin, soit 19,23 euros. La prime ressort alors à 25% par rapport au cours de clôture de l'opérateur nordique le 15 avril.
L'opération serait relutive en termes de bénéfice par action dès 2009 et deviendrait relutive en 2011 en termes de free cash-flow par action, sur la base du consensus de marché.
Le nouvel ensemble, en cas de succès de l'offre, compterait près de 237 millions de clients du cercle Arctique à l'océan Indien.
Des opérateurs ont indiqué que l'offre de France Télécom était attendue et que le titre de l'opérateur historique français devrait rester sous pression.
Du côté des points positifs, certains analystes considèrent que le rachat de TeliaSonera permettrait à France Télécom d'avoir un accès facilité à certains marchés émergents en forte croissance en Europe de l'Est et en Asie centrale.
-Nicolas Parasie, Dow Jones Newswires
(END) Dow Jones Newswires
June 05, 2008 08:24 ET (12:24 GMT)