Rex Crum,
DOW JONES NEWSWIRES
NEW-YORK (Dow Jones)--Apple Inc. (AAPL) maintient son objectif de vendre 10 millions d'iPhones cette année, même si certains analystes commencent à remettre en question le fait que la demande pour cet appareil emblématique soit suffisante pour atteindre ce chiffre. Les analystes s'interrogent par ailleurs sur les iPhones qui ont été débloqués afin d'être utilisés chez d'autres opérateurs que les partenaires exclusifs d'Apple, comme ATT&T aux Etats-Unis ou Orange en France. L'iPhone, qui a été lancé en juin 2007, représentera seulement une faible partie du chiffre d'affaires total de l'entreprise cette année. Mais l'analyste de Bernstein Research, Toni Sacconaghi, prédit, dans une étude publiée vendredi, qu'il pourrait dégager une marge brute de 55 à 60% par appareil - contre 30 à 33% pour le reste des produits d'Apple- et représenter près de 80% de la croissance des bénéfices d'Apple.
En prenant en compte cet élément, l'analyste avertit que le
défi auquel fait face l'Iphone pourrait avoir un impact important sur Apple.
"Alors que nous pensons que l'iPhone a le potentiel pour alimenter la croissance des bénéfices d'Apple, les données récentes montrent que cette activité fait face à deux défis importants: d'une part, la demande globale pour cet appareil apparaît plus faible que les attentes, d'autre part, l'incidence du déblocage des appareils a eu un impact plus élevé que prévu", écrit-il dans son étude.
Toni Sacconaghi souligne que les ventes moyennes d'iPhone ont atteint 180.000 unités par semaine au dernier trimestre 2007, une période qui est normalement la plus faste de l'année pour Apple.
En se fondant sur cette estimation, Toni Sacconaghi prévoit qu'Apple devrait vendre 7,9 millions d'iPhones en 2008.
"L'objectif d'Apple de vendre 10 millions d'iPhones cette année est donc optimiste, en particulier si Apple insiste sur le partage de revenus avec les opérateurs sans réduction de prix importantes ou introduction de nouveaux modèles", ajoute-t-il.
Le titre Apple a débuté l'année 2007 autour de 85 dollars et a fortement progressé après que son président Steve Jobs a annoncé le lancement de l'iPhone lors d'un salon au début janvier. Le titre a atteint 120 dollars au moment où débutait la commercialisation de l'appareil à la fin juin et a poursuivi sa hausse jusqu'à la fin de l'année , touchant un plafond à 200 dollars à Noël.
Le titre s'est depuis fortement replié, abandonnant plus de 40% de sa valeur. Si le sentiment négatif autour des titres technologiques a contribué à cette baisse, le titre Apple a cependant beaucoup plus souffert que la moyenne, le Nasdaq Composite perdant 14% sur la même période. Le titre Apple évolue désormais autour de 116,92 dollars.
"Nous considérons qu'Apple est désormais valorisée de façon raisonnable, eu égard à la forte génération de flux de trésorerie de l'entreprise", estime Toni Sacconaghi, qui a une recommandation neutre sur le titre. "Cependant nous restons inquiets car les nouvelles à court terme sur l'iPod et l'iPhone pourraient ne pas être favorables", avance-t-il.
La majeure partie de la rentabilité de l'iPhone provient des accords de partage des revenus qu'Apple a mis en place avec AT&T et d'autres opérateurs de téléphonie mobile européens.
Apple ne dévoile cependant pas quel part de revenus il tire de ses accords avec AT&T, O2 au Royaume-Uni, T-Mobile en Allemagne ou Orange en France. Ces opérateurs reversent à Apple une soulte pour chaque client qui utilise l'iPhone sur leur réseau. Cependant, le problème concernant les clients qui achètent un iPhone pour ensuite le débloquer et passer par un autre opérateur, s'est amplifié lors du dernier trimestre.
Des analystes ont ainsi noté l'écart important qui existe entre les chiffres de ventes fournis par Apple et ceux donnés par AT&T. Certains en ont conclu qu'au moins 1 million d'iPhone ont été débloqués depuis que l'appareil a été mis en vente.
Toni Sacconaghi estime qu'entre 25% et 30% des quatre million d'appareils déjà vendus, ont été débloqués. Selon lui chaque appareil débloqué représente un manque à gagner de 370 dollars sur le bénéfice d'Apple sur les deux ans de durée du contrat.
Si Apple n'atteignait pas son objectif de vendre 10 millions d'iPhones, l'entreprise devrait renoncer à un montant compris entre 1,1 et 1,3 milliard d'euros sur les appareils débloqués sur les deux années, affirme-t-il.
Selon lui, ces appareils débloqués constituent ainsi un problème stratégique d'envergure, en particulier concernant la capacité du groupe à baisser le prix des futurs appareils et à signer de nouveaux contrats de partage de revenus avec les opérateurs.
-Rex Crum, Dow Jones Newswires
(END) Dow Jones Newswires
February 25, 2008 06:57 ET (11:57 GMT)