Olivier Hensgen,
DOW JONES NEWSWIRES
PARIS (Dow Jones)--Iliad SA (403591.FR) s'est finalement décidé à réaliser une acquisition d'envergure, rompant avec une stratégie jusqu'ici axée sur la croissance organique.
Alors qu'elle s'était fait souffler Club-Internet et AOL par Neuf Cegetel (416607.FR), la maison-mère de Free a cette fois-ci consenti à s'endetter pour un montant maximum de 800 millions d'euros afin de mettre la main sur Alice et profiter de la dernière opportunité d'acquisition dans un marché français désormais largement consolidé, et dont la croissance ralentit.
Iliad récupère ainsi la première place des opérateurs Internet alternatifs français. En ajoutant les 800.000 à 950.000 abonnés de la filiale française de Telecom Italia Spa (TIT.MI) - les interprétations divergent sur le nombre exact d'abonnés actifs de l'opérateur -,
Iliad compte dorénavant un minimum de 3,85 millions d'abonnés (sur la base des derniers chiffres disponibles, au 31 mars), contre 3,73 millions pour l'ensemble
SFR-Neuf Cegetel en cours de constitution.
Iliad a manifestement bénéficié de conditions avantageuses pour cette acquisition. Le calendrier n'était pas favorable à Neuf Cegetel, en cours de rachat par
SFR, dont les équipes dirigeantes ont été renouvelées. Véritable consolidateur du marché sous la houlette de son ancien président
Jacques Veyrat, Neuf Cegetel a semble-t-il rapidement été hors-jeu pour Alice, avec une offre trop basse. Le câblo-opérateur Numéricable, qui porte une dette importante, aurait quant à lui pâti de conditions de financement difficiles liées à la crise du crédit, selon des articles de presse.
D'un point de vue financier, Alice n'est en revanche pas particulièrement attrayante. L'opérateur a enregistré en 2007 des pertes opérationnelles de 191 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 394 millions d'euros. Mais
Iliad a estimé, par la voix de Maxime Lombaridni, son directeur général, que l'opération devrait être "rapidement relutive".
La maison-mère de Free mise notamment sur de nombreuses synergies de coûts, parmi lesquelles l'amélioration du taux de dégroupage des abonnés d'Alice, de seulement 50% aujourd'hui, selon des sources proches du dossier, contre plus de 80% pour Free. Les abonnés dégroupés, qui ont coupé tout lien avec France Télécom (FTE.FR), sont nettement plus rentables.
Iliad compte également sur des dépenses marketing réduites et sur les synergies fiscales de l'opération.
Selon des sources proches du dossier, du fait de ses pertes récurrentes, les pertes reportables d'Alice s'élevaient à 1,2 milliard d'euros avant la clôture de son exercice 2007, ouvrant droit à environ 400 millions d'économies d'impôt, soit plus de la moitié de la dette qu'
Iliad devra lever pour financer l'opération.
D'un point de vue opérationnel, l'intégration d'Alice ne semble pas non plus intimider les
dirigeants d'
Iliad. "Les problématiques de l'intégration opérationnelle d'Alice sont identifiées. Chaque jour nous raccordons des abonnés conquis auprès d'autres opérateurs, ce sont des choses que l'on fait quotidiennement au sein de Free", a ainsi observé Thomas Reynaud, directeur financier du groupe.
En termes de ressources humaines, l'intégration semble en revanche assez peu prometteuse pour les employés d'Alice. En excluant les effectifs de sa hotline,
Iliad ne comptait en effet que 137 employés fin 2007, selon les données de son rapport annuel. Alice compte pour sa part 1.450 employés, dont un peu moins de 1.000 pour son centre d'appels, selon des sources proches du dossier.
Maxime Lombardini, le directeur général d'
Iliad, a pudiquement concédé lundi matin sur BFM que l'intégration des
salariés d'Alice entraînerait "probablement des doublons".
-Olivier Hensgen, Dow Jones Newswires, + 33 (0)1 40 17 17 40, olivier.hensgen@dowjones.com
(END) Dow Jones Newswires
June 09, 2008 09:36 ET (13:36 GMT)