MADRID-PARIS (Reuters) - Le groupe de BTP espagnol
Sacyr Vallehermoso annonce la vente de sa participation de 33,32% dans Eiffage à des
investisseurs institutionnels français qu'il n'a pas identifiés.
Toutefois, selon deux sources proches des négociations à Paris, aucun accord ne serait conclu formellement à ce stade.
L'opération se fera au prix de 63 euros par action, a indiqué Sacyr, qui engrangera une petite plus-value d'environ 30 millions d'euros mais devra auparavant régler les conflits juridiques qui l'opposent encore au français.
Le quotidien El Pais a rapporté qu'environ dix acheteurs s'étaient associés, dont la Caisse des dépôts, qui détient déjà une part de 8,5%,
CNP Assurances,
AGF,
Axa,
BNP Paribas et
Groupama.
Cette cession devrait mettre un terme aux différentes péripéties qui ont culminé mercredi dernier avec l'invalidation par la cour d'appel de Paris d'une décision de l'Autorité des marchés financiers (AMF) obligeant Sacyr à lancer une offre sur la totalité d'Eiffage.
Sacyr déclare que la vente a l'accord d'Eiffage et sera réalisée le plus rapidement possible. Le groupe français s'est pour sa part refusé à tout commentaire et, selon une source proche de la société, ne communiquera pas sur le sujet tant que la vente ne sera pas effective.
Selon deux sources proches des négociations, il n'y aurait toutefois pour le moment aucun accord entre les parties.
"Il n'y a aucun accord à ce stade", a déclaré à Reuters l'une de ces sources.
Une porte-parole des
AGF, qui détient 0,4% d'Eiffage, a déclaré que le groupe "regardait le dossier avec attention" alors qu'un porte-parole de la CDC s'est refusé à tout commentaire, tout comme
Axa et
BNP Paribas. Personne n'était disponible chez
Groupama,
CNP et
AGF.
"L'exécution de cet accord comportera des mesures qui mettront fin à toutes les procédures judiciaires en cours", explique également Sacyr dans un communiqué adressé à la Bourse et publié mardi soir. Ce faisant, le groupe de BTP espagnol dit qu'il pourra se concentrer sur d'autres projets.
Selon la presse de mercredi, un juge d'instruction parisien a toutefois placé sous séquestre pour 1,8 milliard d'euros d'actions Eiffage détenues par Sacyr dans le cadre d'une enquête sur d'éventuelles informations erronées communiquées par le groupe espagnol. Cette enquête a été déclenchée à la suite d'une plainte du français.
Une vente de la participation de Sacyr impliquerait donc qu'Eiffage abandonne cette procédure et que le juge d'instruction mette fin à la mise sous séquestre.
Ces informations n'ont pas pu être confirmées dans l'immédiat auprès du parquet de Paris.
AUTRE VOLET JUDICIAIRE
Une autre procédure a par ailleurs été intentée auprès du tribunal de commerce de Nanterre, qui, saisi par Sacyr et d'autres groupes espagnols, doit se prononcer le 6 mai sur une demande d'annulation de l'assemblée générale d'Eiffage tenue le 18 avril dernier.
Sacyr était entré au capital d'Eiffage en espérant obtenir une représentation, ce qui a été refusé par les
administrateurs français.
En Bourse mercredi, l'action Eiffage cédait 1,14% à 59,12 euros en fin de séance, tandis que Sacyr cédait 3,99% à 21,68 euros à Madrid.
Le groupe espagnol de BTP souffre d'un endettement de 19,7 milliards d'euros, dont près de la moitié a été contractée pour acheter le tiers d'Eiffage et 20% de la compagnie pétrolière espagnole Repsol.
Sacyr met la dernière main à l'introduction en Bourse d'une nouvelle part de sa filiale d'ouvrages à péage Itinere afin de lever 2,5 milliards d'euros, dont une partie servira à rembourser la dette, alors que les taux d'intérêts remontent dans un contexte de crise du crédit et de fin de boom immobilier.
Le coût annuel de la dette est désormais aux alentours du niveau du bénéfice net de 2007, à 943 millions d'euros.
Joe Ortiz à Madrid, version française Wilfrid Exbrayat, Benjamin Mallet et Marcel Michelson à Paris