(La Vie Financière) -
Georges Pauget, le directeur général suivi par
René Carron, président, aurait menacé de démissionner s'il n'obtenait pas la confiance de son conseil d'administration. A l'occasion d'une conférence téléphonique qui se tenait à l'issue du conseil du 15 juillet, les deux hommes ont refusé de confirmer cette information publiée par le journal Le Monde. Ils ont néanmoins tenu à préciser qu'ils s'étaient vu renouveler à l'unanimité la confiance du conseil de
Crédit Agricole SA pour mener à bien le plan 2008/2010 présenté lors de l'augmentation de capital et ceci malgré la baisse du cours de l'action de moitié depuis le début mai. Ils ont également répété qu'au 30 juin, la levée de fonds de 5,9 milliards d'euros permettrait d¹atteindre un ratio Tier One de 8,5%. Ceci laisserait entendre, une fois de plus que de nouvelles dépréciations inattendues ne sont pas envisagées à la clôture des comptes semestriels.
Néanmoins des changements subtils sont intervenus dans la gouvernance du groupe.
Georges Pauget va se consacrer davantage à la stratégie mais prendre du recul au plan opérationnel en se déchargeant d'une partie de ses tâches sur ses deux directeurs généraux délégués, Jean Frédéric De Leusse et Jacques Lenormand. On a aussi compris que CA SA partagera à l¹avenir plus largement l'information stratégique sur ses filiales avec ses caisses régionales. Ce qui était l'une de leurs prérogatives.
Les patrons des 39 caisses viennent de mettre sur la table plus de 3 milliards d'euros pour renflouer CA SA et ils veulent maintenant une feuille de route claire et à laquelle ils adhèrent de la part des
dirigeants. Avec ensemble 54% du capital détenus par le holding La Boétie, certains estiment avoir leur mot à dire sur la stratégie à tenir pour sortir la banque de l'ornière. Les quelque 5 milliards d'euros de dépréciations constatées du fait de la crise des subprimes, les fondent à penser qu'ils ne peuvent jouer un rôle passif. Au vu des meilleures performances de
BNP Paribas par exemple, les mésaventures de CA SA n'étaient certainement pas une fatalité.
Or pour l'instant, certains directeurs généraux de caisses ont l'impression d'en être réduits au rang de vassaux. «
Crédit Agricole SA avalise la nomination des
dirigeants de Caisses Régionales et peut les révoquer pendant une période probatoire de deux ans » explique l'un d'eux, une situation malsaine qui peut les empêcher de s'exprimer librement. « Les
dirigeants des caisses ont aussi mal vécu ces deux dernières années, l'arrivée à des postes clés de nombreuses personnalités extérieures à la Banque verte » explique un ancien dirigeant qui a quitté le groupe l'an dernier. Lutte de pouvoir pour les uns, lutte de succession pour les autres. Le
Crédit Agricole ne pourra sans doute pas faire l'économie d¹une réforme en termes de gouvernance.
Marie-Jeanne Pasquette