(La Vie Financière) - Comment légitimez-vous votre demande d'indemnisation de 96,3 millions d'euros au profit de Bricorama au sujet de la vente d'une société éolienne ?
J. G. Début 2007, Bricorama a vendu à une société du président du groupe sa filiale d'énergie éolienne Nouvergies pour 3,7 millions d'euros, 11,1 millions de dette étant repris par l'acheteur. Or nous avons fait appel à un expert indépendant qui a conclu que la cession aurait parfaitement pu se conclure à 100 millions d'euros. Et ce prix n'est pas incompréhensible. Un exemple : l'espagnol Iberdrola a acquis en juillet 2006 pour 52 millions d'euros (10,6 millions de dette étant aussi repris) une société française, Perfect Wind SAS, dont le chiffre d'affaires, la rentabilité et la puissance installée, seulement en phase de test, étaient inférieures de 15 à 35 % à celles de Nouvergies. Par ailleurs, la vente de Nouvergies a été réalisée sans appel d'offres : quelle urgence a donc empêché une mise en concurrence entre l'été 2006 et la vente en janvier 2007 ?
Un autre litige vous oppose à la direction à propos d'opérations immobilières...
Ce litige immobilier porte sur un manque à gagner de 7 millions d'euros. Il résulte de la cession de trois actifs - avec paiement de loyers en contrepartie -, là encore à des sociétés du président de Bricorama. Deux de ces actifs offrent un rendement locatif de plus de 10 % : était-ce donc un bon prix de vente pour Bricorama ? Non. Et il n'est pas dans l'intérêt d'un groupe de distribution de céder son immobilier sans garanties pour le futur. D'autres opérations immobilières réalisées entre 1998 et 2007 posent question. Et nous attendons des réponses car ces opérations génèrent plus de 15 millions d'euros de loyers pour les sociétés du président du groupe.
Quelle est pour vous la valeur de Bricorama ?
Bricorama intervient sur un marché pérenne, acyclique, bien que dépendant de la météo. Peu endetté, le groupe est économe et dégage des résultats corrects. Les parcs français, belge et néerlandais de magasins peuvent aussi intéresser des concurrents. Compte tenu de ces différents éléments, une valorisation de l'action Bricorama à 65 ou 70 euros aurait été raisonnable. C'est pourquoi nous avons surenchéri sur l'offre à 52 euros lancée en 2007 par le président de Bricorama pour acquérir 6,3 % du capital
Propos recueillis par Annie Courty
Interview parue dans la Vie Financière n°3293