(La Vie Financière) -
Quelle est votre stratégie d'investissement ?
B.O. Un hedge fund a pour objectif de créer de la performance absolue, par opposition à la performance relative. Notre objectif est de protéger le capital de nos clients (caisses de retraite, compagnies d'assurance,
banques, etc.), même dans les périodes très difficiles comme actuellement, et de leur faire gagner de l'argent. Le style d'investissement de Centaurus peut être qualifié de « fondamentaliste », c'est-à -dire très analytique, et centré sur l'Europe. Cela implique un gros travail d'analyse en amont de l'investissement. Nous réalisons des études approfondies et faisons appel à des consultants, des
banques et des cabinets de conseil. Par tempérament, nous sommes plus value que growth. Nous essayons d'identifier des actions très fortement sous-évaluées et achetons dans une visée de plusieurs mois ou plusieurs années avec un objectif de plus-value importante, souvent plus de 50 %.
Que répondez-vous à ceux qui vous taxent d'investisseurs activistes et court-termistes ?
Il faut des investisseurs à court terme. Nous n'en faisons pas partie, mais on ne peut pas à la fois vouloir un marché profond et liquide et pas d'investisseurs à court terme. En ce qui concerne l'activisme, c'est une question de définition. Quand nous investissons dans une société, c'est toujours après avoir parlé au management et nous sommes généralement en phase avec lui. C'était d'ailleurs le cas avec Atos Origin et ses
dirigeants de l'époque, mais le conseil de surveillance a changé l'équipe de direction en 2007. Nous étions déjà le premier actionnaire, il aurait été normal de nous en parler. Il ne s'agit pas d'une question de personnes mais d'une critique de la gouvernance et en particulier de la méthode retenue pour la transition.
Que reprochez-vous à la stratégie du management actuel ?
Notre problème essentiel est que le conseil de surveillance n'a pas fait son travail. Son rôle est d'exercer un contrôle permanent de la gestion du directoire, de le « surveiller », comme son nom l'indique, de poser les questions importantes et de ne pas se cantonner au rôle de chambre d'enregistrement. En particulier, le conseil n'a pas voulu envisager toutes les options stratégiques qui se présentent à la société. Nous lui reprochons également d'avoir saboté le processus de vente lancé l'an dernier.
Nous estimons que la stratégie actuelle ne crée pas assez de valeur. Les marges sont bien inférieures à ce qu'elles devraient être et le plan 303 ne nous paraît pas assez ambitieux. Sur la problématique de l'offshore, on constate que la société a raté le virage. Elle dispose de moins de ressources offshore que beaucoup de sociétés comparables. Cela explique en partie pourquoi elle enregistre des marges moins élevées. En revanche, nous pensons qu'Atos dispose de ressources de très grande qualité : des ingénieurs de très grand talent et un portefeuille de clientèle remarquable. Ce qui nous fait penser que, avec de tels atouts, on doit pouvoir arriver à mieux en termes de marge et de valorisation boursière.
On vous accuse de ne pas être loyal et de tenter une prise de contrôle rampante.
Une chose doit être très claire : nous ne cherchons pas à prendre le contrôle de la société. Nous sommes minoritaires et nous le resterons. Même après l'assemblée générale, les fonds n'auront que deux membres, sur un total possible de neuf. Bernard Bourigeaud ne souhaite pas revenir à la présidence du groupe et ne désire qu'apporter sa contribution au développement de la société qu'il a créée. Michel Combes est une personnalité incontestée dans le domaine des
technologies de l'information et des télécoms. Colette Neuville, présidente de l'Adam (Association de
défense des actionnaires minoritaires) incarne la bonne gouvernance d'entreprise.
Une remarque sur la prétendue « loyauté » : c'est aux membres du conseil de rendre des comptes aux actionnaires qui les ont élus, et non l'inverse. On nous reproche de vouloir prendre le contrôle, démanteler, etc. On nous a accusés d'avoir approché des concurrents. C'est faux, mais certains groupes de
services informatiques nous ont appelés. Concernant les orientations stratégiques du groupe et les hypothèses de rapprochement, ce sera au futur conseil de surveillance de décider de ce qui a du sens et de ce qui n'en a pas. Un rapprochement avec HP a été évoqué. Pourquoi pas ? Mais nous souhaitons que toutes les options soient mises sur la table
Propos recueillis par Yannick Hardy
Interview parue dans la Vie Financière n°3284