Olivier Hensgen et Jethro Mullen
DOW JONES NEWSWIRES
PARIS (Dow Jones)--Les fonds Pardus et Centaurus doivent agir dans l'intérêt de tous les actionnaires d'Atos Origin (5173.FR) et ne pas se comporter comme s'il étaient propriétaires de l'entreprise, a estimé
Didier Cherpitel, le président démissionaire du conseil de surveillance du groupe, lors d'un entretien avec Dow Jones Newswires.
"Les fonds ont gagné, par la force, leur place au conseil et la possibilité de réviser la stratégie de l'entreprise. Que vont-il en faire désormais? C'est toute la question. Vont-ils maintenir le directoire ? Auront-il la hauteur de vue pour servir la société, ses
salariés, ses clients, ses actionnaires ?" interroge le dirigeant.
"Soyons vigilants à ce qu'ils ne servent pas leurs seuls intérêts mais celui de tous les actionnaires, et à ce que la société ne soit pas vendue avant qu'elle ne soit vendable. Les fonds ne sont pas les seuls propriétaires de l'entreprise, qu'ils se comportent comme des
administrateurs responsables pour l'ensemble des actionnaires" plaide-t-il.
A propos de l'engagement des fonds Pardus et Centaurus, qui ont assuré ne pas vouloir démanteler le groupe,
Didier Cherpitel, répond qu'il jugera "sur les actes, pas sur les paroles".
Revenant sur les raisons qui l'ont poussé à remettre sa démission,
Didier Cherpitel estime qu'il était un "point de contentieux" entre Atos et les fonds, pour des raisons restant un "mystère".
"Nous (D.Cherpitel et les
administrateurs D.Breipohl, J P.Oosterveld, D.Bazy) avons pensé que pour donner une forme de stabilité au conseil, qui sera élu pour cinq ans, nous devions démissionner. On sauve l'essentiel, c'est-à -dire l'intérêt social de l'entreprise", assure-t-il.
"Ce conseil a été caricaturé par les fonds et par la presse, mais il a fait un travail remarquable. La société, qui avait deux genoux à terre, remarche aujourd'hui", observe-t-il.
Le dirigeant reconnaît par ailleurs quelques maladresses dans le long conflit qui a opposé les
dirigeants d'Atos Origin aux fonds Pardus et Centaurus.
"Plutôt que de se parler par presse interposée, nous aurions pu nous parler de façon plus directe, plus constructive. Je regrette que nous n'ayons pas compris que nous avions intérêt à trouver un accord plus tôt pour le bien de l'entreprise", indique-t-il.
Plus largement,
Didier Cherpitel estime que le faible degré de réglementation des hedge funds soulève des questions importantes.
"Il y a une réflexion très importante à avoir sur la place de ces fonds dans le capitalisme français et la façon d'en modérer les excès. Le régulateur et la classe politique ont des choses à demander sur la transparence des fonds souverains ou privés. Les sociétés cotées montrent tout, eux ne montrent rien. Par exemple, qui sont leurs actionnaires? Donner des leçons de démocratie actionnariale et ne pas se les appliquer à soi-même est une forme d'hypocrisie", ajoute-t-il.
Le dirigeant a déploré la discrétion de l'Autorité des marchés financiers sur le dossier Atos, estimant que le régulateur aurait dû sommer les fonds de clarifier leur position compte tenu de "l'incohérence de leurs déclarations d'intention".
A propos de Claude Bébéar, qui avait pris le parti des fonds en jugeant à propos d'Atos Origin que "les
dirigeants ne sont pas les propriétaires de leur entreprise",
Didier Cherpitel estime que le président d'honneur d'
AXA (12062.FR) "était mal informé" et n'avait pas assez "pris la peine de se documenter".
"Nous étions d'accord avec ce qu'a dit Claude Bébéar, les
dirigeants ne sont pas les propriétaires de leur entreprise. Je trouve regrettable que ses propos aient été très ciblés sur Atos Origin, sans prendre en compte les exemples de
Valeo (13033.FR),
Carrefour (12017.FR), ou
Havas (12188.FR). Si on avait pris la peine de lui donner un contexte plus général, il aurait tenu des propos plus globaux, plus équilibrés".
-Olivier Hensgen et Jethro Mullen, Dow Jones Newswires
(END) Dow Jones Newswires
June 12, 2008 10:48 ET (14:48 GMT)