Olivier Hensgen,
DOW JONES NEWSWIRES
PARIS (Dow Jones)--Le contrôle d'Atos Origin (5173.FR) se jouera jeudi en assemblée générale, et avec lui, son futur en tant qu'entité indépendante. En conflit ouvert avec
Philippe Germond et
Didier Cherpitel, respectivement présidents du directoire et du conseil de surveillance, les deux fonds Centaurus et Pardus, qui détiennent de concert 23% du capital et des droits de vote de l'entreprise, ont des chances non négligeables de renverser ses
dirigeants, dont ils critiquent la gestion depuis leur entrée au capital, intervenue en 2006 pour Centaurus et en 2007 pour Pardus.
En 2007, seuls 45,9% des actionnaires s'étaient exprimés lors de l'assemblée générale, mais la participation sera cette année plus importante, l'enjeu de l'AG et la campagne menée par les deux camps entraînant une mobilisation accrue. L'irruption récente de
Deutsche Bank AG (DBK.XE) au capital d'Atos Origin, dont elle détient 6,2%, brouille encore un peu plus les cartes, car la banque allemande n'a pas dévoilé ses intentions de vote.
Hormis les fonds et
Deutsche Bank, le capital du groupe, très dispersé, ne comptait pas d'actionnaire significatif détenant plus de 3,5% le 6 mai dernier, selon un document de la société anglo-saxonne de conseil aux actionnaires ISS.
Si l'ensemble des résolutions des fonds sont acceptées, Centaurus et Pardus auront fait élire cinq membres - dont trois indépendants - sur neuf au conseil de surveillance.
Centaurus et Pardus ont déposé des résolutions réclamant la révocation du président du conseil de surveillance du groupe,
Didier Cherpitel, et le non-renouvellement du mandat de trois des
administrateurs actuels. Ils demandent également la nomination de cinq candidats - Benoît d'Angelin, représentant de Centaurus, Behdad Alizadeh, représentant de Pardus, ainsi que trois indépendants, Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires, Michel Combes, président du diffuseur
TDF, et Bernard Bourigeaud, ancien président du directoire d'Atos, remplacé en 2007 par
Philippe Germond.
L'objectif des fonds de céder l'entreprise semble assez clair, même si ces derniers se sont récemment défendus de vouloir la "démanteler". Dans un entretien publié par Les Echos en janvier dernier, Bernard Oppetit, le PDG de Centaurus, déclarait ainsi qu"'il serait dans l'intérêt de la société de s'adosser à un grand groupe du secteur". En avril, une étude de
Société Générale, la banque-conseil des deux fonds, détaillée dans la presse, affirmait qu'"un rapprochement avec un ou plusieurs partenaires stratégiques" permettrait de valoriser l'entreprise entre 55 et 75 euros par action, contre une valeur de 41 et 48 euros par action en tant qu'entité indépendante.
Atos Origin a reproché aux deux fonds leur comportement "déloyal" et leur stratégie "court-termiste", de "dénigrer publiquement" l'entreprise et de viser une "prise de contrôle rampante" du groupe sans en payer le prix. En termes de stratégie, le management d'Atos Origin s'en tient à son plan 3O3, lancé après des avertissements sur résultats en 2006, qui a pour objectif de doubler la marge opérationnelle du groupe à l'horizon 2009. En substance, ce plan vise à mieux intégrer les opérations d'Atos Origin, un groupe bâti par acquisitions successives et qui fonctionnait à l'époque de Bernard Bourigeaud comme un agrégat d'entités géographiques. Pour la direction, la croissance organique supérieure à celle du marché enregistrée par le groupe au premier trimestre 2008 et le retour aux bénéfices en 2007, avec un résultat opérationnel légèrement supérieur aux attentes, en prouvent la pertinence.
Pour se prononcer jeudi, les actionnaires d'Atos Origin peuvent en tout cas piocher parmi les nombreux avis émis par diverses sociétés de conseil aux actionnaires. ISS recommande ainsi aux actionnaires d'Atos de voter pour la nomination des cinq candidats au conseil de surveillance proposés par les
dirigeants du groupe, et contre la révocation du président du conseil,
Didier Cherpitel. ISS se prononce également contre la nomination du candidat de Pardus, Behdad Alizadeh, et contre celle de Bernard Bourigeaud, l'ancien président du directoire d'Atos, mais pour les trois autres candidats proposés par les fonds, dont le représentant de Centaurus.
Dans une apparente volonté de conciliation de dernière minute,
Philippe Germond a jugé, dans un entretien publié mercredi par La Tribune, cette recommandation "équilibrée" et à même de "créer les conditions d'un dialogue pacifié".
Avant l'échéance de jeudi, chacun des camps affiche en tout cas son optimisme. Du côté d'Atos Origin, on fait part de sa "sérénité". Côté fonds, la "confiance" est de mise.
-Olivier Hensgen, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 40; olivier.hensgen@dowjones.com
(END) Dow Jones Newswires
May 21, 2008 05:51 ET (09:51 GMT)