(La Vie Financière) -
Comment expliquez-vous la déception à l'annonce des résultats du premier trimestre ?
P. R. Nos résultats étaient en ligne avec nos prévisions. Près de la moitié de nos ventes se font en dollar et la faiblesse de celui-ci nous a coûté 7 points de croissance. Cela dit, il ne s'agit pas de pertes de parts de marché. De plus, notre structure de coûts étant en grande partie libellée en dollar, nos marges ne sont pas affectées. Enfin, il faut tenir compte de l'effet Ericsson qui a battu le consensus, créant une surattente alors que nous prévoyions tous un marché atone.
La baisse des prix va-t-elle plus vite que les réductions de coûts ?
C'est une industrie où la compétition sur les prix est intensive. Mais il commence à y avoir une prise de conscience de la part des grands équipementiers (Ericsson, Alcatel-Lucent et Nokia-Siemens), qui ne cherchent plus à remporter des contrats à n'importe quel prix. Cela ne changera rien au fait que le marché devrait rester stable cette année, ce qui nous impose de poursuivre nos efforts sur les coûts pour améliorer notre rentabilité. Nous tablons donc sur une marge opérationnelle de 2 à 5 % en 2008, et espérons atteindre 10 % à plus long terme.
Pouvez-vous lutter contre la concurrence asiatique ?
Avec notre filiale Alcatel Shanghai Bell , troisième équipementier en Chine, nous avons un formidable avantage. Cette implantation, de près de 10 000
salariés, nous permet de réduire l'écart de coûts. Par ailleurs, les équipementiers chinois ne sont pas encore capables de proposer l'intégration de bout en bout de solutions complètes.
Alcatel-Lucent peut-il rester un acteur majeur dans les infrastructures mobiles ?
Nous sommes numéro trois mondial dans la téléphonie mobile. La question est de savoir comment faire passer la base installée à la prochaine génération, la 4G. Pour le moment, nous développons nos compétences dans les
technologies préparant à la 4G. Ce type de développements prend du temps : on a commencé à parler de la 3G en 1999 et il a fallu attendre 2008 pour entendre les consommateurs en vanter les mérites. Nous préparons l'avenir.
La fusion entre Alcatel et Lucent a-t-elle été une erreur ?
Nous ne sommes pas satisfaits de notre parcours boursier mais tout le secteur souffre. Le ratio valeur d'entreprise sur chiffre d'affaires était en effet en moyenne de 1,5 au moment de la fusion et il est tombé à 0,6. L'année 2007 a été très difficile pour nous. Mais il ne faut pas en tirer la conclusion que la fusion a échoué. Alcatel-Lucent est le deuxième acteur mondial dans les infrastructures de communication et nous sommes sans doute l'équipementier ayant le profil le plus équilibré, en termes d'activités (fixe et mobile) comme du point de vue géographique. Quant aux critiques relatives à l'exposition aux Etats-Unis, il ne faut pas oublier que ce marché est vaste et surtout très rentable.
L'assemblée générale doit à la fois avaliser 3,5 milliards d'euros de pertes, vos indemnités en cas de départ (6 millions d'euros) et une simplification des conditions de révocation du président et du directeur général...
La combinaison des résolutions crée une confusion, elles ne sont en effet pas liées les unes aux autres. Depuis 2002, j'avais une indemnité de départ chez Lucent, calculée sur la base de deux ans de salaire, ce qui est en ligne avec les pratiques en cours. Elle a été approuvée à l'assemblée générale l'an dernier à 89,5 %. La nouvelle réglementation française impose de définir des critères de performance avant février 2009. Nous proposons donc cette résolution maintenant plutôt que convoquer une AG extraordinaire à ce seul effet. Si les actionnaires votent contre, les indemnités resteront dues, mais sans précision des critères de performance. En ce qui concerne les conditions de la révocation du président et du directeur général, nous avions adopté, lors de la fusion, la majorité des deux tiers pour assurer une certaine stabilité pendant la phase d'intégration. Maintenant que celle-ci est bien engagée, il est temps de revenir aux pratiques standard de gouvernance. C'est pourquoi
Serge Tchuruk et moi-même avons recommandé le passage à une majorité simple.
Propos recueillis par Thierry Zakhia
Interview parue dans la Vie Financière n°3286