ROME (AFP) - La compagnie Alitalia (AZA.MI), qui se retrouve au bord du gouffre après la rupture des négociations avec
Air France-KLM (3112.FR), est la victime des politiques, de droite comme de gauche, et des syndicats, estimaient jeudi éditorialistes et économistes. "Alitalia est le dernier exemple de l'irresponsabilité des politiques et des syndicats dans la situation de l'Italie. Les politiques portent la faute la plus lourde car ce sont les gouvernements passés et actuel qui sont les propriétaires d'Alitalia", déclare à l'AFP Franco Debenedetti, éditorialiste au quotidien économique Il Sole-24 Ore et ex-sénateur de gauche. Alitalia est détenue à 49,9 % par l'Etat italien, son premier actionnaire. Le Pdg d'
Air France-KLM
Jean-Cyril Spinetta a quitté la table des négociations mercredi soir après avoir rejeté une contre-proposition des syndicats d'Alitalia. Depuis Bucarest où il assiste au sommet de l'Otan, le chef du gouvernement italien Romano Prodi a condamné l'attitude des syndicats. Il leur a imputé "la rupture" des négociations et les a accusés d'avoir commis "une grave erreur" alors que la proposition de rachat du groupe franco-néerlandais, soutenu par son gouvernement, était "sérieuse et concrète". Les syndicats, qui ont notamment proposé l'entrée au capital d'Alitalia d'une holding publique, "ont rendu un accord impossible", souligne Stefano Folli, autre éditorialiste politique. "Ils sont plongés dans la plus grande confusion. Ils ne veulent pas de la faillite mais restent enfermés dans une logique corporatiste. Le gouvernement actuel a aussi eu le tort de faire traîner les négociations jusqu'à la campagne électorale, le pire moment pour prendre des décisions", ajoute-t-il. Le chef de la droite italienne Silvio Berlusconi, favori des sondages pour les élections des 13 et 14 avril, s'est emparé du dossier, affirmant qu'il était prêt à mettre sur pied un groupe d'investisseurs italiens pour conserver à la compagnie son caractère national. Tous les industriels et banquiers dont les noms ont été avancés par l'ex-chef de gouvernement (2001-2006) ont cependant démenti. Mardi soir, faute de candidats, Berlusconi avait fini par se rallier à demi-mot à la solution
Air France mais jeudi, après l'échec des négociations, il a répété que l'Italie "ne pouvait pas renoncer à une compagnie nationale". "S'il est élu, il devra montrer comme il l'a dit qu'il existe une autre solution, soit un groupe d'investisseurs, soit une autre société aérienne", avertit Stefano Folli. Pour Giacomo Vaciago, professeur d'économie à l'Université catholique de Milan, "Alitalia et
Air France étaient complémentaires et le seul avenir possible de la compagnie italienne est l'intégration avec
Air France". Lui aussi fait porter une lourde responsabilité aux neuf syndicats d'Alitalia "plus nombreux que les avions de la compagnie et qui sont en outre en concurrence". "Cette affaire est emblématique d'un pays qui n'a pas de gouvernement digne de ce nom depuis des années. Les problèmes sont discutés mais pas résolus. Le gouvernement italien ça se résume aux talk-show du soir à la télévision", conclut-il avec dureté.
(END) Dow Jones Newswires
April 03, 2008 10:32 ET (14:32 GMT)