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"2009, année de tous les dangers" - Georges Dieng, analyste chez Natixis Securities
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Vendredi 03 Octobre 2008 à 09:03

©dr
(La Vie Financière) - Quelle est la situation du secteur automobile ?

Mauvaise, très mauvaise. Tous les continents sont affectés. Avec des nuances pour chacun d’entre eux. Les Etats-Unis, où le marché automobile était sous perfusion depuis 2001 -conséquence d’une politique commerciale agressive faite de rabais et de prêts à taux zéro- sont pris de plein fouet par une crise financière sans précédent. On s’attend, en 2008, à un repli annuel du marché d’au moins 10%, ce qui fera descendre les ventes à 14,5 millions de véhicules. A la baisse des volumes, s’ajoute celle du mix-produit, moins favorable pour les constructeurs. La hausse du pétrole et la prise de conscience écologique ont en effet éloigné les consommateurs américains des traditionnels light truck et des SUV, spécialité des constructeurs de Détroit, au profit de voitures plus compactes. Les véhicules haut de gamme très puissants (berlines allemandes) sont également pénalisés.

Quid de la zone européenne dans tout cela ?

L’Europe, où l’achat d’automobiles est lié à l’évolution du PIB, souffre bien évidemment du rapide retournement conjoncturel et de la frilosité engendrée par la déstabilisation du système bancaire. L’automobile est, après l’immobilier, le poste de dépense des ménages le plus important dont l’acquisition peut être différée aisément. L’Espagne et la Grande-Bretagne sont les pays les plus touchés, car l’éclatement de la bulle immobilière y est plus précoce qu’ailleurs, plombant le moral des consommateurs. La fragilisation des banques et des organismes de financement rend par ailleurs plus difficile l’accès au crédit. Il n’est pas exclu qu’un pays comme l’Allemagne dont le marché résistait bien jusqu’à maintenant soit aussi affecté. Je revois donc à la baisse mes perspectives de ventes en Europe et table sur un repli de 5,5% en 2008 et de 3% en 2009. Mais ce ne sera pas l’effondrement (-17%) qu’avait connu le marché automobile européen en 1993, suite à la récession qui avait touché la zone euro (-1% de PIB). Par ailleurs, les constructeurs européens comme leurs homologues américains voient leur « mix produit » tiré vers le bas. Ce phénomène a surtout été amplifié en France par la mise en place du système bonus – malus, mais qui avantage les petites voitures.

Qu'en est-il des autres grandes zones économiques ?

L’Amérique latine est très hétérogène. Le principal marché, celui du Brésil se porte bien, mais il faut s’en méfier car il est extrêmement volatile. La Chine et la Russie, deux marchés à fort potentiel, devraient conserver une bonne partie de leur dynamisme, même si leur croissance ne sera plus à deux chiffres.

Que peut-on attendre des valeurs de ce secteur particulièrement éprouvé ?

L’évolution du secteur ne va pas inciter les investisseurs à revenir sur ces valeurs à court terme. La visibilité, notamment sur les résultats, est vraiment trop faible. Je pense que l’on aurait tout à gagner d’une opération vérité de la part du management des entreprises. Aujourd’hui, plus personne ne croit réellement aux perspectives de volumes et de résultats annoncés par les constructeurs. Il faudrait pouvoir désormais quantifier l’étendue des dégâts. Et, réajuster les valorisations en conséquence.. même si le marché a pris une avance certaine sur les analystes.
Concernant les constructeurs français, Peugeot a un petit avantage par rapport à Renault : son plan étant plus récent, il dispose d’un gisement plus important de réduction de coûts et son échéance est à l’horizon 2010 alors que pour Renault, le couperet va tomber dès 2009, année de tous les dangers pour l’industrie automobile.

Vous êtes donc vraiment pessimiste ?

On peut en effet penser que le flot de nouvelles à venir ne sera pas bon. La seule note positive pour le moment, c’est l’évolution du dollar et le repli relatif du prix du baril de pétrole.

Propos recueillis par Michel Blanchot
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