Lycos Europe, qui coiffe un réseau européen de portails
Internet (en 11 langues dans 14 pays), vient d’avouer une perte nette abyssale de plus d’un milliard d’euros (1 002 millions) au titre de l’exercice clos fin juin 2001, tenant compte de 700 millions d’euros de provisions sur des sociétés rachetées. Ce déficit correspond à 7,2 fois le chiffre d’affaires (139 millions d’euros). Le directeur général et directeur financier, Jens Uwe Intat, nous indique viser le point mort pour décembre 2002, date à laquelle, selon lui, il resterait encore 100 millions d’euros de trésorerie (contre 353 millions fin juin dernier et 530 millions un an plus tôt). Rappelons que Lycos Europe a levé pas moins de 672 millions d’euros lors de son introduction au Neuer Markt en mars 2000, sur la base de 24 euros par action. Lors de l’inscription au Nouveau Marché, en février dernier, à la suite de l’offre d’échange sur Multimania (7 actions Lycos Europe contre 3 Multimania), le titre cotait encore 3,35 euros. Depuis, il a perdu les trois quarts de sa valeur. Le chiffre d’affaires se partage entre les recettes de e-commerce (redevances pour figurer sur les galeries marchandes virtuelles) à hauteur de 82,6 millions d’euros et la publicité pour le solde (56,4 millions). Selon Merrill Lynch, le marché de la publicité en ligne en Europe sera stagnant en 2001 (+5,6% à 629 millions de dollars) après avoir doublé en 2000 (+101,5% à 596 millions de dollars). Il pourrait repartir doucement en 2002 (+33,5% à 840 millions), et passer à 1,4% de l’ensemble des investissements publicitaires tous médias confondus d’ici 2005, soit le double de sa part l’an dernier. Jens Uwe Intat, de passage à Paris vendredi 28 septembre, indique que le géant allemand des médias
Bertelsmann a apporté sur l’exercice clos fin juin quelques 16% des recettes publicitaires (pour ses livres, ses disques, ses magazines,…). Comme il contribue aussi pour 28 millions d’euros par an aux recettes de e-commerce, le chiffre d’affaires dépend de lui à hauteur de 26,6%. C’est une sécurité, car
Bertelsmann est le second actionnaire de Lycos Europe (18,4% du capital) derrière Terra Lycos (29,6%). Ces deux partenaires, ainsi que la patron,
Christoph Mohn, bénéficient d’actions qui leur donnent un contrôle sur la nomination des
dirigeants. Jens Uwe Intat précise aussi que les recettes de publicité ne proviennent que pour moins de 20% d’annonceurs de la nouvelle économie (dotcom). Il cite la
Deutsche Bank et
Nestlé parmi les annonceurs solides (un millier au total). Et, pour mieux convaincre, il explique qu’en tant que leader des sites communautaires sur le Web (Multimania, Caramail), il est en mesure d’attirer de la publicité en faisant valoir un ciblage précis des internautes par affinités. De plus, il est envisagé de faire payer certains services à valeur ajoutée (référencement sur l’annuaire de sites, moteur de recherche plus rapide,…). Toutefois, bien que la capitalisation boursière, qui se monte à 264 millions d’euros (sur la base de 338 336 782 actions, y compris celles non cotées) au cours de 0,78 euro, soit très inférieure à la trésorerie en caisse, mieux vaut rester prudent. Un analyste du
Crédit Lyonnais explique que la baisse des effectifs (300 personnes sur 1 340) est une mesure nettement insuffisante pour redresser la barre et que la politique de coût est mal maîtrisée. Il prévoit pour l’exercice en cours un chiffre d’affaires de 241,7 millions d’euros, porté à 314,4 millions ensuite. Avec une perte de 321,4 puis 305,7 millions. De quoi absorber, et au-delà , la trésorerie encore disponible. Les actionnaires sortiront tant qu’il en est encore temps. Les autres resteront à l’écart. JLC