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| sidérurgie européenne Nouvelle phase de concentrations |
| La Vie Financière N°2818 / Samedi 12 Juin 1999 / Catégorie : |
L'annonce de la fusion entre British Steel et Hoogovens relance l'attrait spéculatif du secteur. Mieux vaut toutefois être sélectif en raison des fortes hausses de cours déjà enregistrées. |
VALEURS ÉTRANGERES |
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La sidérurgie européenne est en ébullition. Restructurations et concentrations se succèdent à un rythme effréné depuis deux ans. Ce fut d'abord la prise de participation de 35 % par Arbed (Luxembourg) dans le producteur espagnol Aceralia, puis la fusion des divisions acier des groupes allemands Krupp et Thyssen, et la récente prise de contrôle de Cockerill Sambre (Belgique) par Usinor. C'est maintenant au tour de British Steel et de Hoogovens (Pays-Bas) de se rapprocher. Ce nouveau major, baptisé pour l'heure BSKH, ravira la première place à Usinor en Europe et se hissera, grâce à une production de 23 millions de tonnes d'acier brut environ, au troisième rang sur l'échiquier mondial. Juste derrière le sud-coréen Posco, leader encore incontesté, avec près de 26 millions de tonnes produites, et le japonais Nippon Steel (24 millions). A l'issue de la fusion, qui devrait être entérinée à l'automne prochain, BSKH sera détenue à 61,7 % par les actionnaires de British Steel et à 38,3 % par ceux de Hoogovens. Une parité avantageuse pour les actionnaires de Hoogovens, malgré le versement préalable par British Steel d'un dividende exceptionnel de 35 pence par action. Nul doute que ce prix intègre la caractéristique, unique, du groupe néerlandais d'être à la fois producteur d'acier et producteur d'aluminium (30 % environ de ses ventes). Davantage présent dans la transformation que dans la production d'aluminium primaire, Hoogovens reste rentable sur ce métier en dépit de la chute des prix. Surtout, cette activité sert l'ambition de BSKH de s'affirmer comme un groupe multimétaux et d'asseoir sa croissance future sur sa capacité d'offrir aux clients des secteurs de l'automobile, de l'emballage et de la construction des solutions dans l'acier au carbone, l'acier inoxydable ou l'aluminium. Pourtant, à terme, « BSKH devrait chercher à revendre sa branche aluminium pour des raisons évidentes de taille critique. Cet actif vaut 800 millions d'euros et Pechiney pourrait s'y intéresser », estime Julien Onillon, analyste chez BNP Equities. Mais, avant tout, la fusion de British Steel et de Hoogovens répond à deux objectifs stratégiques prioritaires. Réduire, d'une part, la forte dépendance de British Steel par rapport à la conjoncture britannique (44 % de ses ventes), et plus encore à l'évolution de la livre sterling (80 % de sa production) dont l'envolée va anéantir les efforts pourtant considérables de productivité : Hoogovens intervient principalement en Europe continentale (plus de 70 %) et les coûts de production de son site maritime d'Ijmuiden y sont parmi les plus faibles. Atténuer, d'autre part, la sensibilité des résultats de Hoogovens aux variations des prix spot (deux tiers de ses ventes en commodités) et résoudre ses problèmes de taille critique dans les aciers plats au carbone et, surtout, dans les aciers longs : British Steel réalise 30 % de son activité sous contrats annuels (50 % dans les produits plats revêtus) et joue un rôle de premier plan dans les aciers longs. Ce double objectif sera probablement atteint. Le montant des synergies annoncées est, en revanche, limité. A 300 millions d'euros avant impôt sur trois ans, il sera moitié moindre que celui attendu du rapprochement entre Usinor et Cockerill Sambre et ne représente que 2 % environ du chiffre d'affaires de BSKH. De plus, les effets de la fusion ne seront probablement pas tangibles avant un à deux ans. Or, sur ces bases, les deux groupes semblent désormais correctement valorisés. En raison du fort rebond enregistré depuis le début de l'année par les cours de British Steel (+ 84,5 % en euros) et de Hoogovens (+ 93,7 %), il ne nous paraît donc pas opportun d'intervenir dans l'immédiat sur l'une de ces actions. Sauf peut-être à titre spéculatif sur Hoogovens dans l'espoir du règlement, avant fusion, des difficultés que rencontre sa filiale belge dans l'exploitation de l'usine de La Louvière. Prochaine étape : le marché américain La fusion programmée de British Steel et de Hoogovens induit avant tout des signaux encourageants pour le secteur. Chaque étape de concentration de la sidérurgie européenne favorise en effet une réduction de la pression concurrentielle. Et de nouveaux rapprochements sont à prévoir. Car, « à moins de 20 millions de tonnes d'acier brut produites par an, les chances de développement, voire simplement de survie en Europe, deviendront de plus en plus aléatoires », estime un spécialiste. Arbed devrait ainsi acquérir 75 % de l'allemand Salzgitter à l'occasion d'une OPE. Cette perspective est toutefois déjà en bonne partie intégrée dans leurs cours. L'indépendance du finlandais Rautaruukki, qui bénéficie d'une forte part du marché scandinave, se posera aussi probablement à terme, compte tenu de sa forte exposition aux variations des prix de l'acier (10 % seulement de son activité sous contrats annuels). Comme celle du suédois SSAB (tôles à haute résistance et plaques en acier trempé), dont, fait rare pour le secteur, le retour sur capitaux employés couvre pourtant le coût du capital. Des rumeurs ont par ailleurs prêté un intérêt d'Usinor à Avesta Sheffield, la filiale suédoise de British Steel. Presque arrivé à son terme au niveau européen, le processus de concentrations devrait désormais se déplacer au plan mondial. Car, après avoir réagi à la crise asiatique, qui a lourdement pesé sur les prix spot (la demande asiatique conditionne plus de 40 % de la demande mondiale), les sidérurgistes européens devront relever un nouveau défi. Celui de la globalisation et de la concentration de leurs clients. Dans cette perspective, Usinor pourrait notamment s'intéresser au marché américain où les quatre leaders (US Steel, Bethlehem, Nucor et LTV) ne contrôlent que 35 % de la production, contre déjà plus de 50 % en Europe. Dans ce contexte, il convient néanmoins de privilégier les acteurs européens les plus pondérés sur les aciers à forte valeur ajoutée vendus sous contrats annuels ou pluriannuels (50 % pour Aceralia et VA Stahl, près de 45 % pour Usinor). Bien que la reprise des prix spot puisse s'accélérer au second semestre avec la poursuite du redressement attendu des économies asiatiques, de tels contrats se révéleront encore cette année de puissants soutiens des résultats Graphique : L es petits producteurs distancés Les quatre premiers acteurs européens contrôlant désormais plus de 50 % de la production, l'indépendance des plus petits sera difficile à défendre. Graphique : LA BAISSE EST ENRAYEE Le rebond des prix de l'acier pourrait se poursuivre. Mais il dépendra du redressement des économies asiatiques. Graphique : UN RETARD DE PRES DE 20 % SUR L'INDICE Indice Dow Jones Stoxx et cours de British Steel depuis 1998 |
Pascal Chevolot |
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