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| pétrole Elf Aquitaine passe enfin à l'offensive |
| La Vie Financière N°2817 / Samedi 05 Juin 1999 / Catégorie : |
Le groupe français reprend la main en lançant une OPA sur la compagnie norvégienne Saga Petroleum. Mais la bataille boursière ne fait sans doute que commencer... |
VALEURS FRANÇAISES |
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Pendant la grève, les affaires continuent. Si Philippe Jaffré, président d'Elf Aquitaine, a été violemment conspué par ses salariés actionnaires lors de l'assemblée générale, il est en revanche le bienvenu en Norvège. Confrontée à une offre publique d'achat inamicale du conglomérat norvégien Norsk Hydro (voir La VF du 15 mai), la direction de Saga Petroleum a sollicité, et reçu, l'aide d'Elf pour lancer une contre-offre. Le groupe français propose d'acquérir au moins 67 % du capital de Saga en payant 115 couronnes norvégiennes par action (13,94 euros). Pour un montant de 17 milliards de couronnes (2,06 milliards d'euros). Mais l'opération pourrait coûter au total 31 milliards de couronnes (3,76 milliards d'euros), compte tenu du fort endettement du groupe norvégien. Si l'OPA réussit, la compagnie norvégienne fusionnerait avec la filiale locale d'Elf Aquitaine, qui conserverait le nom de Saga et une certaine autonomie. La Bourse a plutôt bien réagi à cette contre-attaque surprise : entre le 27 mai et le 1er juin, l'action Elf restait quasi stable (- 1,9 %), tandis que le titre Saga Petroleum s'envolait de 12,7 % à Oslo, clôturant à 119,5 couronnes. Par rapport aux 82 milliards d'euros de la fusion Mobil-Exxon, cette acquisition apparaît comme relativement mineure. D'autant qu'il y a une grande différence de taille entre les deux groupes (voir organigramme ci-contre). La capitalisation boursière et les ventes du groupe présidé par Philippe Jaffré sont plus de 20 fois supérieures à celles du plus petit des trois producteurs de pétrole de Norvège. Mais l'OPA amicale sur Saga constitue un tournant psychologique : elle est en effet la première opération de croissance externe de la branche amont (exploration et production d'hydrocarbures) de la compagnie française depuis 1994. Critiqué depuis plusieurs mois pour son immobilisme, Elf Aquitaine montre qu'il ne reste pas les bras croisés dans un secteur pétrolier agité depuis un an par de nombreuses fusions, comme Total-Fina, Exxon-Mobil, BP Amoco-Arco. La prise de contrôle du groupe privé norvégien aurait un impact très important sur la branche amont d'Elf Aquitaine. Elle accroîtrait ses réserves - prouvées - d'hydrocarbures de 24 % et sa production de 20 % (d'ici un an). Celle-ci passerait alors à 1,5 million de barils en 2003, un niveau que Total-Fina ne devrait pas atteindre avant 2005. En outre, le coût d'acquisition moyen des réserves de Saga (4,5 dollars par baril) ne semble pas exorbitant. D'autant qu'Elf pense pouvoir développer ces gisements à un faible coût (inférieur à 3 dollars par baril). Un objectif qui paraît cependant très ambitieux. Les conditions d'exploitation des gisements norvégiens sont très difficiles car ils sont fréquemment situés en offshore profond et les fluides sortent à des températures élevées et sous forte pression. D'un point de vue géographique, la fusion avec Saga rééquilibrerait les réserves du nouveau groupe en faveur de l'Europe, un des deux pôles d'extraction pétrolière. La part de l'Afrique, qui recèle actuellement 61 % des gisements d'Elf, passerait ainsi à 49 %. Enfin, le premier pétrolier français renforcerait sa présence sur le marché gazier en Europe, appelé à une belle croissance, en accédant à d'importantes réserves ainsi qu'à des infrastructures de transport (réseaux de gazoducs). Sur le plan financier, l'opération devrait entraîner un recul de 7 à 8 % du bénéfice net d'Elf cette année et être quasi neutre en 2000 et en 2001. Elle ferait bondir son cash-flow de 11 % l'année prochaine. La fusion entre Elf Norvège et Saga Petroleum permettrait d'économiser 650 millions de couronnes (avant impôt), grâce aux synergies tirées de l'exploitation en commun d'une vingtaine de champs, à la baisse du budget d'exploration et à l'amplification des réductions de postes déjà décidées par le groupe norvégien. Sur ce dernier point, Philippe Jaffré s'est refusé à évoquer un chiffre. Mais le mariage franco-norvégien coûtera la première année, selon lui, 500 millions de couronnes (60 millions d'euros). Frappé de plein fouet par la chute en 1998 des prix du pétrole, Saga est en effet dans une très mauvaise passe financière : son résultat avant impôt est en perte de 400 millions de couronnes (48,5 millions d'euros) sur les quatre premiers mois de l'année. Surtout, ses dettes financières nettes représentent deux fois le montant de ses capitaux propres ! Un problème de financement que le groupe français ne connaît pas. Si l'acquisition de Saga était entièrement financée par endettement, le ratio d'endettement financier net d'Elf remonterait à 0,58. Philippe Jaffré n'a cependant pas exclu de réduire un peu la participation dans le capital de Sanofi-Synthélabo, qui vaut 4,3 milliards d'euros. Reste que la compagnie française est très loin d'avoir gagné la partie. Certes, son offre paraît plus intéressante que celle de Norsk Hydro. Elf propose un paiement libellé intégralement en espèces, alors que son concurrent norvégien n'offre que du papier. Ce que les actionnaires étrangers de Saga, qui contrôlent 34 % de son capital, devraient apprécier. L'OPA d'Elf accorde les mêmes conditions à tous les actionnaires de Saga, alors que Statoil bénéficie d'un traitement particulier, puisqu'un accord sur des cessions d'actifs de Saga par Norsk Hydro a déjà été signé. Enfin, le prix de 115 couronnes est supérieur de 8 % à l'OPE en cours de Norsk Hydro qui commence début juin. Surenchère possible de Norsk Hydro Mais le gouvernement norvégien risque de rester sourd à ces arguments. Et tout va dépendre de lui. D'abord, les transferts d'actifs miniers inhérents à ce rapprochement doivent recevoir son aval. Surtout, avec la compagnie publique Statoil, le fonds d'investissement des revenus pétroliers et Norsk Hydro, l'Etat norvégien contrôle près de 26,5 % du capital de Saga. Malgré des déclarations contradictoires, ses responsables politiques semblent bel et bien privilégier un arrangement entre les trois producteurs d'hydrocarbures nationaux. Elf est donc quasi sûr de voir 26,5 % du capital lui échapper. Or son offre est conditionnée par l'obtention d'au moins 67 % de Saga, ce qui lui permettrait d'en avoir le contrôle total. Tout dépendra donc de la décision des autres grands actionnaires norvégiens (voir répartition ci-dessus), qui pourraient ne pas rester insensibles aux pressions d'Oslo. Enfin, la faiblesse de la prime offerte par Elf pourrait augurer d'une surenchère de Norsk Hydro. Le marché parie d'ailleurs sur une bataille boursière, puisque le titre Saga a clôturé le 1er juin à 119,5 couronnes, 3,9 % au-dessus du prix proposé par le groupe français ! Celui-ci est habitué aux difficultés dans le royaume scandinave. En 1986, Elf Aquitaine avait déjà signé une lettre d'intention pour acquérir Saga. Mais il avait dû renoncer devant la farouche opposition du gouvernement norvégien. Treize ans après, l'histoire se répétera-t-elle... ? Réponse dans les prochaines semaines Graphique : Evolution des cours de Elf Aquitaine et de Saga Petroleum depuis 1996 CA 98 : 32,25 Mds E (211,55 MdsF) BNPA 99/2000 (e) : 4,81/6,25 E (31,55/41 F) Résultat net 98 : 540 M E (3,54 MdsF) PER 99/2000 (e) : 28,1/21,6 Capit. (au 2.6) : 37,25 Mds E (244,3 MdsF) Dividende 98 : 2,29 E (15 F) Capitalisation/Chiffre d'affaires 98 : 1,15 Rendement global : 2,54 % Nombre de titres échangés : 921 530 titres par jour, en moyenne. Taux de change indicatif : 100 couronnes norvégiennes = 8,25 euros. Graphique : Elf 20 fois plus gros que Saga Les ventes et la capitalisation boursière de Saga Petroleum, pur explorateur-producteur, ont beaucoup plus souffert, l'an dernier, du contre-choc pétrolier que celles d'Elf. Le groupe norvétgien dispose de réserves alléchantes. Graphique : Saga - Un capital très éclaté. Les actionnaires norvégiens détiennent 66% du capital Saga. L'Etat contrôle Statoil et le fonds d'investissement des revenus pétroliers. les positions de la compagnie énergétique privée Hafslund et du fonds privé Avanse seront déterminantes. Elf : acheter sur repli jusqu'à 125 euros (819,95 francs) Saga Petroleum (action A) : acheter à titre spéculatif vers 117 couronnes |
Philippe Hufschmitt |
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