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| nos Fondamentaux sont fantastiques |
| La Vie Financière N°3199 / Vendredi 29 Septembre 2006 / Catégorie : Bourse |
Safran. L'équipementier de défense, aéronautique et télécommunications, né de la fusion de Snecma et Sagem, a vécu un premier exercice très mouvementé. Son président dresse le diagnostic d'une fusion épique. |
Jean-Paul Béchat, président du directoire |
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Si l'opération de rapprochement entre Snecma et Sagem était à refaire, la referiez-vous ? J.-P. B. Oui. Les raisons industrielles pour lesquelles on l'a faite sont toujours là : développer ensemble nos activités dans le domaine des équipements aéronautiques. Nous avons des projets de recherche pour le futur, nous avons même la chance d'avoir dès aujourd'hui un produit complet, les freins électriques du nouveau Boeing 787, conçus en commun par nos équipes. Sagem est une magnifique base de technologie, avec des ingénieurs de premier plan, qui a crû grâce à la qualité de ses produits. Cela fonctionne bien pour la défense et l'aéronautique. Mais il ne nous avait pas échappé que nos activités étaient différentes les unes des autres. La téléphonie mobile, qui est un produit grand public, est très loin de l'aéronautique. C'est peut-être sur ce point que notre rapprochement se montrait vulnérable. La déception sur la téléphonie mobile est-elle néanmoins sévère ? A l'été 2004, quand nous avons étudié le dossier, les marges sur ce secteur étaient satisfaisantes. Un an plus tard, la situation s'était dégradée. Et à l'été 2006, nous enregistrons des pertes significatives. Quels enseignements tirez-vous de cette année passée, qui a été difficile ? Nous avions déjà réalisé une opération de cette taille avec le groupe Labinal. Désormais, les anciennes sociétés de Labinal et de Snecma sont bien intégrées. Avec celles de Sagem et de Snecma, nous sommes en train de travailler. Nous y arriverons. Le problème provient de la difficulté du marché des mobiles. Ce n'est pas de la faute des anciens Snecma ni des anciens Sagem si la compétition est féroce dans cette activité. On ne passe pas son temps, à l'intérieur du groupe Safran, à s'adresser des reproches. L'actionnaire peut-il être légitimement déçu ? Il y a deux catégories d'actionnaires. Ceux qui, en juin, ont acheté à 22 euros et qui, aujourd'hui, possèdent un titre qui en vaut 16 ne peuvent qu'être déçus. Mais les actionnaires de Snecma qui ont passé un ordre à un niveau équivalent à une valeur Safran de 13,52 euros au moment de l'ouverture du capital n'ont pas de raison de se sentir ruinés. Quant à ceux de Sagem, après une perte semestrielle de 111 millions d'euros, ils ont toutes les raisons d'être contents que cette opération ait eu lieu. Car sinon leur titre ne vaudrait pas 16 euros actuellement ! Tous ont encore devant eux les très belles perspectives de Safran, compte tenu de la solidité de son carnet de commandes et de ses bases de produits installées. Quel avenir allez-vous réserver à la téléphonie mobile ? On étudie un certain nombre de voies. Il est clair que la stratégie d'association avec le chinois Bird n'est pas suffisante. Sagem a vu ses ventes augmenter de 17 %, mais le prix de vente des mobiles a parallèlement chuté fortement. Il est encore trop tôt pour dire quelle sera la voie retenue. La présence de l'Etat à hauteur de 30 % dans votre capital est-elle une contrainte ? Il serait facile de mettre sur le dos du gouvernement notre incapacité à résoudre tel ou tel problème. Le gouvernement ne nous empêche pas de travailler sur la téléphonie. Bien sûr, il sera attentif à la solution retenue. Les deux établissements mandatés par Safran, UBS et Rothschild, vous donnent-ils satisfaction ? A aucun moment je n'ai confirmé une telle information. J'ai simplement dit qu'il était d'usage d'avoir des conseils et il est aussi d'usage que les conseils travaillent ! En dehors des problèmes de téléphonie, êtes-vous satisfait des résultats des autres divisions ? Les divisions de Snecma sont en ligne. De plus, on déborde de commandes. Ça va donc très, très bien. La division défense sécurité n'a pas donné totalement satisfaction. Je n'attendais pas de telles difficultés en ce début de l'année sur ces activités. Mais dès ce second semestre, nous serons positifs. On enchaîne sur des bases assainies. Notre préoccupation est la téléphonie mobile afin d'éviter de générer au second semestre les mêmes pertes. Les retards sur l'A380 sont-ils pénalisants ? Nous ne sommes pas insensibles aux ennuis de nos clients. Mais le groupe tire sa richesse de la multiplicité de ses programmes. Nous avons une large répartition de programmes et de produits. Notre problème aujourd'hui serait plutôt la difficulté qu'il peut y avoir à accroître nos livraisons à un rythme de plus de 20 % par an. Que diriez-vous aux actionnaires qui vous ont fait confiance ? Le monde idéal n'existe pas ! Mais les fondamentaux de cette entreprise sont fantastiques. Nous vendons des milliers de moteurs. Nous venons de recevoir de l'US Army une commande de 322 hélicoptères Eurocopter, équipés de nos turbines et de notre avionique. Le téléphone a vraiment tendance à assombrir ce que nous sommes réellement. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir été alertés par les analystes qui suggéraient sa cession ? Dans l'absolu, ils n'ont peut-être pas tort. Grégoire Olivier a proposé en 2005 une stratégie d'association plus étroite avec Bird. Un an après, elle se révèle insuffisante. Nous travaillons donc sur d'autres voies... Objectif 22 euros Safran, issu de la fusion de Snecma et de Sagem, a pensé pouvoir sauver sa division téléphonie mobile. Mais l'association avec le chinois Bird, présentée comme prometteuse, n'a pas donné les fruits escomptés. Au premier semestre, le groupe a vu son bénéfice opérationnel baisser de 35 %, à 231 millions d'euros. Les tensions créées par les difficultés rencontrées dans les mobiles ont conduit au départ précipité de Grégoire Olivier, ancien patron de Sagem. Désormais, le maintien de la division mobiles au sein du groupe est en suspens. Sa cession ferait plaisir aux investisseurs. On peut raisonnablement miser sur un objectif de 22 euros pour Safran M. B. Safran en chiffres Marge opérationnelle 4,2 % La rentabilité globale du groupe a beaucoup fléchi au premier semestre 2006, en raison des pertes importantes enregistrées dans la téléphonie mobile. Un an auparavant, la marge opérationnelle s'élevait à 7,1 %. Endettement net 657 MEuro(s) C'est le montant des dettes nettes à la fin du premier semestre 2006. Ce niveau est en hausse par rapport à celui de la fin 2005. Le ratio dettes sur fonds propres demeure néanmoins faible (14 %). Economies 700 MEuro(s) C'est le montant des réductions de coûts prévu d'ici à fin 2008. Une grande partie proviendra de la rationalisation industrielle. Pertes 111 MEuro(s) Tel est le déficit du secteur téléphonie mobile au premier semestre 2006. Resté seul, Sagem aurait sans doute souffert en Bourse de ce désastre. |
Propos recueillis par Michel Blanchot |
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